Le charnier de Cheria
Guerre d’Algérie

Par Hassina AMROUNI
Publié le 10 déc 2017
Le 20 mars 2001, un immense charnier remontant à la période de la guerre d’Algérie a été découvert à Cheria, dans la wilaya de Tébessa.
 Siège de la section administrative spécialisée (SAS) de l’armée française
Tébessa et son patrimoine

Ce sont des ouvriers effectuant des travaux de terrassement qui ont fait cette macabre découverte, le lieu ayant abrité par le passé le siège de la section administrative spécialisée (SAS) de l’armée française durant la guerre de libération. Tombés fortuitement sur des squelettes, les ouvriers en informent les services de sécurité qui mettent immédiatement le chantier à l’arrêt pour procéder à des fouilles plus approfondies. Toute la population est en émoi, elle vient de replonger dans le souvenir de la guerre d’Algérie dans toute son horreur.
De cette fosse commune d’environ 1000 m2, seront déterrés les restes de plus de 600 corps, tous morts exécutés par l’armée coloniale. Hommes, femmes, enfants, tous ont connu une mort brutale, une mort atroce, avant d’être jetés dans un immense trou les uns sur les autres puis recouverts de terre à la pelleteuse. Certains ont été retrouvés les mains et les pieds liés avec du fil de fer, d’autres portent des traces de torture. Selon certains témoignages de moudjahidine, rapportés dans la presse, les victimes n’appartenaient pas au village de Cheria, elles étaient ramenées des villages environnants dans des camions avant d’être interrogées sur leurs supposés soutiens aux moudjahidine, torturées puis exécutées. Les témoins se souviennent de deux officiers, un certain capitaine Connor, commandant de la SAS et son second, le lieutenant Carrera. Ces derniers recouraient à tous les moyens de torture, même les plus abjects pour faire parler leurs suppliciés. Ils ont fini par faire exécuter plus de 600 civils  entre 1956 et 1962.
Quelques années plus tard, un autre charnier a également été mis à jour, à El-Ma Labiadh, à une trentaine de kilomètres du chef-lieu de wilaya. C’est dans une grotte se trouvant dans la carrière d’agrégats de la localité que des squelettes de chouhada ont été découverts. Les services de sécurité, accompagnés de nombreux moudjahidine, se sont déplacés sur les lieux pour récupérer les ossements de ces martyrs de la révolution dont le nombre n’a pas été indiqué. Un témoin, ancien moudjahid, révèlera qu’il s’agirait sans doute de moudjahidine, abattus durant la guerre de libération nationale par un officier de l’armée coloniale, un dénommé « Faice », connu dans toute la région pour sa cruauté et sa haine envers la population autochtone.
En 2010, à Ras El Aïn, dans la commune de Morsott, à quelque 30 km de Tébessa, une dizaine de squelettes ont également été retrouvés, dans une fosse, lors de travaux d’assainissement effectués par une entreprise locale. Selon des témoignages d’habitants de la région, qui ont vécu la période coloniale, il s’agirait d’un lieu où ont été enterrés des chouhada, passeurs d’armes pour le compte de l’Armée de libération nationale.
Il semble que la région n’a pas encore livré tous ces secrets puisque des découvertes fortuites ont permis également, ces dernières années la découverte de munitions datant de l’époque coloniale.
Une chose est certaine, les habitants de Cheria veulent que le lieu du charnier où ont été découverts les 600 corps soit transformé en musée afin que la mémoire collective autour de ce triste événement soit sauvegardée pour être transmise aux générations futures.

Hassina Amrouni

Sources :
http://www1.rfi.fr/actufr/articles/017/article_7792.asp
*Divers articles de la presse nationale

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