La cité aux cent portes
Histoire de la ville de Tébessa

Par Hassina AMROUNI
Publié le 10 déc 2017
Située à l’Est du pays, à quelque 40 kilomètres de la frontière algéro-tunisienne, Tébessa culmine à près de 1000 mètres d’altitude.
Marché arabe devant la porte Salomon de l’époque Byzantine 1860-1890
Place du marché

Cette ville que l’on désigne parfois encore sous le nom de Theveste garde toujours visibles les traces de ses premiers bâtisseurs. Un riche legs patrimonial qui raconte le passé millénaire de cette cité romaine antique.
Mais bien avant les Romains, la région a connu la présence des Carthaginois qui s’y sont installés entre 880 et 820 av J.-C. Selon l’historien Gsell, à cette époque déjà, les Grecs de l’Antiquité la dénommaient Theveste ou Hekatompyle (la ville aux cent portes).
La grande histoire de la région sera, ensuite assez confuse, les historiens rapportant que durant les IIe (218-202 av. J.-C.) et IIIe (149 av. J.-C. – 146 av. J.-C.) guerres puniques, elle aura vu défiler toutes les armées en conflit. Les rois berbères qui s’y succéderont ne feront pas mieux, apportant eux aussi leurs lots de conflits et ce, jusqu’à la soumission du roi Jugurtha qui placera la région sous domination romaine.
Theveste sert dans un premier temps de lieu de garnison pour la IIIe légion Auguste mais au fil du temps, une véritable ville prend forme avec la construction en 77 de l’amphithéâtre, ensuite de l’huilerie, puis de maisons et d’autres édifices d’utilité publique. On rapporte qu’à l’époque de Trajan, Theveste comptait environ 30 000 habitants. Vers le IIe siècle, elle devient une colonie de Septime Sévère, ensuite le siège d’un évêché et enfin un centre donatiste, à partir de 350 de notre ère.
Le règne des Romains prendra fin avec l’arrivée des Vandales en 435, ces derniers prendront entièrement le pouvoir de la région à partir 443. Les tribus berbères tentent de s’y opposer, la ville sera mise à feu et à ruine, avant de retomber entre les mains du roi vandale Thrasamund.
Les Vandales seront à leur tour démis du pouvoir en 530 par le général byzantin Salomon qui fera de Theveste une province byzantine. Après l’avoir restaurée, les Byzantins y vivent dans une certaine harmonie avec la population locale mais les alliances et mésalliances conduiront le chef berbère Antalas, jadis allié de Salomon, à se retourner contre ce dernier. Salomon meurt tué mais les luttes de pouvoir intestines continueront.
L’arrivée des Arabes en 647 entraînera une nouvelle fois la chute de Theveste qui sera entièrement islamisée dès 705. Quelques siècles plus tard, elle verra l’arrivée des Hilaliens, lesquels s’y installeront durablement. Une présence qui ne se fera pas sans heurts.

Occupations Turque puis Française

Alors qu’Alger se retrouve sous domination turque à partir de 1516, suivie d’autres grandes villes d’Algérie, Tébessa ne sera conquise qu’à partir de 1573 par les Ottomans qui en feront une petite garnison de janissaires. Toutefois, ces derniers ne parviendront pas à asseoir leur autorité ni leur hégémonie dans la région, en raison des assauts belliqueux des Nememcha, grande tribu de la région qui ne compte pas céder son autorité facilement. Se sentant fragilisés au lendemain de la prise de Constantine, les Turcs finiront par fuir vers la Tunisie.
Après cet épisode, Tébessa continuera à couler des jours tranquilles jusqu’à sa conquête militaire par le général français Louis Randon en 1842, puis l’occupation définitive par les troupes du général Négrier en 1851.
Ils font construire la ville sur les ruines de l’antique Theveste, tout en annexant la citadelle de Salomon qui, une fois restaurée par les hommes du Génie militaire, permettra aux troupes de l’armée française de s’y retrancher et d’y être à l’abri des assauts armés des populations autochtones. Longue de 320 mètres au nord et au sud et de 280 mètres à l’est et à l’ouest, avec une épaisseur de 2m, la muraille d’enceinte possède quatre portes : Bab-el-Kedima (la Vieille porte) ou arc de triomphe de Caracalla au nord, la porte de Constantine à l’ouest, la porte de Salomon à l’est et une porte bâtarde au sud. Elle est également flanquée de treize tours de guet, par lesquelles les militaires avaient une vue panoramique sur toute la région.
Très vite, la ville prend forme avec des maisons, des routes, une église, une ligne de chemin de fer et autres bâtiments municipaux.
Au lendemain du déclenchement de la guerre de libération nationale, la région, qui fera partie de la Wilaya I, connaîtra une intense activité armée de la part des moudjahidine de l’Armée de libération nationale. Ces derniers mèneront plusieurs attaques sanglantes contre des objectifs français. En représailles à l’une d’elles, les troupes coloniales détruiront une partie de la ville dont le souk le 4 mars 1956. Mais la population se relèvera de cette énième abjection coloniale, en réitérant son adhésion et son soutien au Serment de Novembre et en continuant à lutter, sinon à soutenir toutes les actions menées par l’ALN-FLN et ce, jusqu’à la proclamation de l’indépendance de l’Algérie.

Hassina Amrouni

Sources :
http://encyclopedie-afn.org/Historique_T%C3%A9bessa_-_Ville
Divers articles de la presse nationale