Un Yougoslave à l’avant-garde de la révolution algérienne
Stevan Labudovic

Par Hassina AMROUNI
Publié le 11 déc 2017
Stevan Labudovic, photographe yougoslave (aujourd’hui serbe) et caméraman des maquis de la Révolution algérienne, est décédé samedi 25 novembre 2017 à l’âge de 91 ans à Belgrade. Né en 1926, Stevan Labudovic est considéré, en Algérie, parmi ceux ayant contribué le plus activement à la lutte de libération algérienne, par l’arme qu’il savait manier à merveille, à savoir la caméra ou l’appareil à photo avec lesquels il a pu immortaliser des moments historiques dans une Algérie en pleine guerre.
Photographie célèbre de Stevan Labudovic La représentante de la Croix-Rouge internationale, entourée d'officiers de l’ALN et de moudjahidine. Parmi eux feu Chadli Bendjedid (à droite de la femme), aux funérailles  de Frantz Fanon, le 6 décembre 1961.
Photographie de Stevan Labudovic
 Stevan Labudovic honoré par l'Algérie au 50e anniversaire de son indépendance

Photographe de guerre, Stevan Labudovic était également le photographe personnel du leader yougoslave Josip Broz Tito. En 1959, il décide d’entrer en Algérie, par la Tunisie, pour aller filmer et photographier la guerre dans son premier bastion, les Aurès. C’est là-bas qu’il fit connaissance avec de nombreux moudjahidine qui sont restés, plus tard, ses amis, à l’image du colonel Slimane Hoffman, Salim Saadi ou encore Ahmed Aggoune. A l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, alors qu’il était invité à Alger pour assister aux cérémonies et pour y être honoré, il évoquera le souvenir de ses hommes avec une grande émotion, en disant : « Ils se sont battus avec des armes, moi avec une caméra car notre objectif était le même, la lutte pour la liberté. » Il se souvient plus précisément de ce que valait pour les combattants algériens sa présence à leurs côtés et surtout ce que valait le témoignage que représenteront ses clichés une fois diffusés dans le monde. «A chaque bombardement, racontait-il, pour me protéger, mes camarades me couvraient de leur corps » Des dizaines de photographies de Stevan Labudovic ont été exposées à Alger, même, une première fois en 2007, à l’occasion d’un hommage officiel qui lui a été rendu, puis en mai 2013 à l’exposition  intitulée « les photographes de guerre : les djounouds du noir et blanc »,  abritée par le Musée des arts modernes et contemporains,  dans le cadre de la célébration  du 50e anniversaire de l’indépendance d’Algérie. Selon les chercheurs, Stevan Labudovic aura filmé quatre-vingt-trois kilomètres de pellicules, ce qui constitue un trésor inestimable, mais qui n’est pas totalement divulgué. On sait néanmoins que l’institution des Archives nationales dispose de 27 films (clichés) et de 274 photographies qui sont l’œuvre de Stevan Labudovic durant la guerre de Libération nationale.
En tant que membre de l’Organisation civile du FLN (OCFLN), Stevan Labudovic a été honoré par l’Etat algérien pour tous les services qu’il a rendus à la révolution, en recevant notamment la médaille du Mérite national des mains du président de la république, Abdelaziz Bouteflika, à l’occasion du 50e anniversaire  du recouvrement par l’Algérie de sa souveraineté nationale.
Parmi les photographies qui ont fait la célébrité de Stevan Labudovic, on souligne souvent celle qui montre des officiers de l’ALN, parmi lesquels on peut reconnaitre l’ancien président feu Chadli Bendjedid, près de la frontière tunisienne, entouré de la représentante de la Croix-Rouge internationale et d’autres moudjahidine, au moment de l’enterrement du militant anticolonialiste martiniquais Frantz Fanon, le 6 décembre 1961. Stevan Labudovic a assisté à tous les moments forts de la révolution algérienne à travers toutes les zones de la Wilaya I historique (Aurès-Némamchas) et le long de ce tronçon de la mort, doublement fermé par les lignes Challe et Morice. Il les immortalisa dans des photos qui constituent aujourd’hui un vivier pour les chercheurs et les historiens. Sauf que parfois, l’accès à ces archives est assez compliqué, du fait que l’Institut algérien des archives ou l’autorité serbe compétente n’ont pas encore déclassifié toutes ces photographies. Beaucoup d’auteurs s’en plaignent, d’ailleurs.           
D’autres photographes, reporters ex-yougoslaves, aujourd’hui citoyens de Serbie, sont investis dans la guerre de Libération algérienne, dont le plus célèbre est Zdravko Pecar qui a, plus tard, préparé une thèse de doctorat sur la lutte de libération algérienne. Il faut dire que l’ex-Yougoslavie figure, avec la Chine et les pays d’Afrique du Nord, parmi les pays qui ont beaucoup aidé l’Algérie dans sa lutte contre le colonialisme. A ce titre, elle a été, le 12 juin 1959, le premier Etat européen à reconnaître le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA), ce qui a amené la France à rompre immédiatement ses relations diplomatiquez avec Belgrade.
Cela n’a pas empêché le gouvernement socialiste yougoslave de continuer à apporter son aide multiforme à l’Algérie combattante, au GPRA et à tous les militants anticolonialistes qui partaient combattre, photographier ou soigner les Algériens, comme l’ont fait de nombreux médecins yougoslaves qui se sont mobilisés durant ces années de guerre pour secourir les nombreux Algériens blessés au cours des combats, et les hôpitaux yougoslaves recevaient régulièrement des blessés ou de grands malades algériens. De nombreux témoignages historiques algériens ont mis en relief ce soutien indéfectible et, à certains égards inégalé, de l’ex-Yougoslavie pour l’Algéri.

Adel Fathi

MOUVEMENT NATIONAL

L'émouvant récit d'un combattant

Le moudjahid Miraoui Mohamed dit Abdellah Chafaï

FIGURES HISTORIQUES

Un officier au courage incomparable

Le chahid, commandant de l'ALN, Mahmoud Bachène

GRANDES DATES

L’HISTOIRE DE LA TRAGEDIE NUCLEAIRE COLONIALE EN ALGERIE

58e Anniversaire des essais nucléaires coloniaux

UNE VILLE, UNE HISTOIRE

La « capitale du Djebel Amour »

Histoire de la ville d’Aflou