Mohammed V et la révolution algérienne

Par Fateh Adli
Publié le 11 déc 2017
Beaucoup d’acteurs et d’historiens algériens et marocains témoignent du soutien «indéfectible» que le roi du Maroc, Mohammed V, a apporté à la lutte du peuple algérien pour son indépendance, avant et après son exil, même si ce soutien n’était pas toujours désintéressé, comme c’est le cas en réalité partout où les révolutionnaires algériens s’étaient réfugiés.
1- Colonel Lotfi . 2- Houari Boumediene. 3- Abdelhafid Boussouf. 4- Salah Nehari
Abdelkrim el-Khettabi
Les chefs F.L.N.-A.L.N. en 1962  Ferhat Abbas-Boudiaf- Bitat-Ben Bella - Aït Ahmed, aux frontières Algéro-Marocaines

Ainsi, pour le souverain alaouite, la cause algérienne était quasi sacrée. Qu’on en juge ! Dans ses Mémoires, on peut lire ce passage où il explique cette position : «Nous sommes déterminés à poursuivre notre soutien à son djihad (parlant de l’Algérie, Ndlr) et à défendre partout sa cause, quand bien même cela devrait nous valoir les plus grands sacrifices, parce que la question de la libération de l’Algérie est, pour nous, une question de vie ou de mort. » (In Résurrection d’une nation. Tome V. 1959-1960, Rabat, 1960).
Mohammed V a réitéré son soutien à la cause algérien, dès le lendemain de la proclamation de l’indépendance du Maroc, lors de son entretien avec le commandant de l’Armée de libération du Maroc, Abdelkrim El-Khattabi, le 22 mars 1956. Dans son témoignage, ce dernier raconte : « Lors de notre entretien, je lui ai expliqué notre position et lui ai dit notamment : Durant votre absence (pendant son exil au Madagascar, Ndlr), nous avons paraphé avec nos frères algériens et tunisiens une charte de la lutte pour la libération de l’Afrique du Nord ; or, aujourd’hui, notre pays a recouvré son indépendance. Alors, il m’a dit, poursuit El-Khettabi dans son témoignage : Je te fais le serment de rester fidèle à la charte, et de m’y appliquer avec le plus grand soin… ».
En effet, le roi a, immédiatement après cette rencontre, donné des ordres pour faciliter la venue des combattant et réfugiés algériens au Maroc, et surtout l’installation près des frontières des premières structures d’instruction qui constitueront rapidement une véritable base-arrière de la révolution, dont le centre était la ville d’Oujda. Dans le même sillage, des volontaires étrangers étaient autorisés, sur son ordre, à traverser la frontière, avec leurs armes et équipements, pour rejoindre les maquis algériens. C’est aussi sur son instigation, qu’environ 500 volontaires marocains ont été mis au service de l’organisation algérienne au Maroc. Sans compter les quantités d’armes et de munitions qui ont été offertes, par succession, aux combattants algériens. L’ex-officier de l’ALN, Mansour Boudaoud, témoigne avoir, à lui seul, reçu, dans un bois près de Rabat, 5 000 armes de guerre, dont des fusils-mitrailleurs, et 5 millions de cartouches.
Dans son ouvrage, Vérités sur la révolution algérienne (paru en 1971), l’ancien conseiller juridique du FLN, puis du GPRA, Mohamed Bedjaoui, énumère une série de gestes témoignant du dévouement du roi Mohammed V pour la cause algérienne. Il cite, par exemple, sa réaction au lendemain du détournement de l’avion marocain transportant cinq dirigeants politiques algériens, le 22 octobre 1956. Pour laver cet affront que lui a infligé le gouvernement français, il décide d’intensifier son aide à l’insurrection algérienne et, dès novembre 1956, il donna, selon Bedjaoui, une somme de 250 millions de francs à ses deux collaborateurs, Dr. El-Khatib et Dr. Hafedh Brahim, pour acheter 2750 fusils de type Mauser, avec leurs munitions. Ce lot sera livré dès février 1957 aux mains du colonel Boussouf, à Tanger. D’après toujours le même témoignage, Mohammed V a ordonné à toutes les autorités de son royaume, y compris certaines ambassades à l’étranger, dont notamment celle dirigée par Abdelkhaleq Torres (en Égypte, puis en Espagne), de se mettre au service des combattants algériens. C’est, certainement, grâce à cette mobilisation marocaine que le réseau algérien, conduit par M’hammed Youssefi, a réussi à faire parvenir des armes d’Espagne.
Lors de son premier entretien, en 1956 à Madrid, avec les responsables de la révolution algérienne, représentés ce jour-là par Ahmed Ben Bella, le roi du Maroc s’est engagé à ne dresser aucune entrave à l’activité des hommes du FLN/ALN, et à maintenir les frontières ouvertes aux Algériens pour tout transit d’hommes ou d’armes. Selon certains historiens marocains, le roi a, un moment, exigé de ses interlocuteurs algériens, sur cette question sensible d’achat des armes, davantage de discrétion et de précaution, craignant des débordements qui pouvaient menacer une paix civile encore si fragile. C’est ainsi que le chef de la Wilaya V, et principal interlocuteur politique de la révolution algérienne au Maroc, le colonel Abdelhafidh Boussouf, consentit de déléguer deux de ses collaborateurs, à savoir : Mansour Boudaoud et Abbasi Azzouz, pour toute transaction. Ce denier, cité par M’hammed Youssefi dans un témoignage, affirme que le roi Mohammed V leur avait promis de leur donner tout ce dont ils avaient besoin, « à condition de ne laisser aucune cartouche sur le territoire du Maroc ! »  
Dans un autre témoignage, Mohammed V a rencontré deux personnalités politiques algériennes, Lamine Debbaghine et Tewfik El-Madani, dans son palais à Rabat en février 1957, pour leur réitérer le même engagement et qu’il souhaitait, pour finaliser une opération d’achat d’une cargaison d’armes qui attendait au port de Tanger, avoir contact avec « El-Mabrouk » (Si Mabrouk était le nom de guerre de Boussouf), par la voie habituelle, afin de lui compléter la somme nécessaire, «en signe de solidarité avec le djihad», a insisté le roi. C’est dire à quel point Mohammed V était consciencieux et soucieux de la discrétion dans ses rapports avec les représentants de la révolution algérienne, nonobstant tout son dévouement et le sens d’abnégation dont il a fait preuve durant ses années de règne.

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