La révolution sans frontières
L’aide du Maroc à la Révolution algérienne

Par Fateh Adli
Publié le 12 déc 2017
C’est au Maroc que les hommes de l’ALN ont pu constituer leurs premières unités combattantes hors des frontières du pays. Dès 1956, tout le Maroc oriental est devenu, pour la Révolution, un prolongement naturel de la Wilaya V (l’Oranie), dont l’état-major, à l’époque de Abdelhafid Boussouf, va très rapidement s’établir à Oujda, la plus algérienne des villes marocaines. C’est dans cette même ville que le successeur de Larbi Ben M’hidi va, peu à peu, créer les premières promotions des transmissions et la première école des cadres qui joueront, plus tard, des rôles-clés dans l’organisation du GPRA et dans l’Algérie indépendante.
Camp d’entrainement des Moudjahidine au Maroc
Photo prise en 1959, au nord des frontières marocaines (à 30Km d'Oujda) De dr. à g. : 1- Berreouane Abderahmane dit Saphar, 2- Abdelaziz Bouteflika dit Abdelkader Mali, 3- Houari Boumediene, 4-Nacer Bouiezem,  5- Commendant Mohamed Rouaï, 6- Abdelmadjid Benkedadra, 7- Rachid Mosteghanemi, 8- Laâla (ex ambassadeur), 9- Si Boulfouateh.
Le colonel Houari Boumediene, à sa droite commandant El Hadj Tewfik Rouaï, à sa gauche le colonel Benmostefa, colonel Boussouf, Abderrahmène Berrouane dit Hadj Saphar,  Dahou Ould Kablia, Mohamed Boudaoud, Laâla (ex-ambassadeur)
12 juillet 1959 la radio « Voix de l’Algérie combattante » émet à partir de Nador (Maroc)

Les Marocains ont fait montre d’une fraternité sans faille envers les révolutionnaires algériens, au moment où eux-mêmes étaient en quête d’une solution « pacifique et négociée » à l’occupation française. Le roi Mohammed V a maintes fois plaidé devant ses partenaires et sur les tribunes internationales, pour la justesse de la cause algérienne. Le parti nationaliste marocain, l’Istiqlal, s’est aussi engagé activement aux côtés du FLN pour un Maghreb uni et libéré du joug colonial. Et c’est sur son instigation qu’eut lieu, en avril 1958, la fameuse conférence de Tanger qui regroupa les trois principaux partis nationalistes maghrébins (avec le Néo-Destour tunisien) et qui redonna vie à l’idéal de l’unité maghrébine, porté entre autres par l’Etoile nord-africaine dès sa création en 1926.   
Le soutien multiforme qu’apporta le Maroc à l’insurrection algérienne aura été décisif à plus d’un titre. En plus d’être une terre d’accueil et de refuge pour des centaines de combattants et de cadres de l’ALN, fuyant les exactions et les grandes opérations de ratissage lancées contre les maquis, dès 1958, dans le cadre du «plan Challe» de sinistre mémoire, le Maroc servit de précieux relais diplomatique ayant permis aux chefs politique de la Révolution (de Ben Bella à Ben Khedda, de Boudiaf à Ferhat Abbas) de porter haut la voix de l’Algérie combattante.
Autre aspect de cette solidarité exemplaire : l’acheminement des armes vers les maquis de l’intérieur qui, comme en Tunisie, ne se faisait guère sans risques pour un royaume encore sous protectorat et soumis souvent au chantage impitoyable du gouvernement français qui cherchait à couper, à tout prix, l’Algérie de ses deux bases-arrière qu’étaient le Maroc et la Tunisie.  
Plusieurs anciens cadres de la Wilaya V et des premières structures qui constituèrent l’ossature de ce qui va devenir plus tard le MALG, ayant fait leur première classe à Oujda, témoignent de cet accueil exceptionnel qu’ils trouvèrent au Maroc qu’ils considéraient comme leur deuxième patrie. A telle enseigne que beaucoup d’Algériens se sont facilement intégrés dans la société marocaine, et y exerçaient des activités diverses (fonctions libérales, commerce, enseignement, administration, justice, etc.).  
Il y a lieu de signaler également que les cadres de l’ALN installés essentiellement à Oujda et à Nador utilisaient souvent, pour leurs déplacements, des passeports marocains. Sans oublier tous les moyens logistiques et notamment de transport, y compris des avions, mis à la disposition des dirigeants du FLN. Il faut rappeler, à ce propos, que l’avion détourné par l’armée française, et qui transportait les cinq chefs historique, le 22 octobre 1956, était un appareil marocain de l’Air Atlas qui a été mis à leur disposition par le sultan Mohammed V pour leur permettre d’assister à une importante réunion à Tunis. D’aucuns spéculent aujourd’hui sur les raisons qui auraient amené les autorités marocaines à imposer aux dirigeants algériens un changement d’avion à la dernière minute, alors qu’il était prévu qu’ils voyagent dans le même avion que le roi. Mais faut-il trop s’attarder sur un détail qui risque de nous faire oublier l’engagement initial des frères marocains ?   
L’administration marocaine a également beaucoup aidé la forte communauté algérienne vivant au Maroc, à s’organiser et à former des réseaux de soutien à leur révolution. Ce qui a permis non seulement de renflouer les caisses du FLN/ALN, mais aussi de renforcer les structures en place de nouveaux éléments.
A cela il faut ajouter l’aide consentie par les citoyens marocains de divers horizons et dans différentes régions du pays, que ce soit à Nador, Oujda, Moulouya, Meknès, Berkane, Tétouan…  
Cela dit, les relations entre le royaume du Maroc et la révolution algérienne n’étaient pas toujours un long fleuve tranquille. Il se trouve que, parfois, des malentendus se transforment en méfiance entre les deux parties, où il fallait user d’un sens du compromis et de la souplesse pour surmonter certains différends. Plusieurs récits ont rapporté cette histoire de cinq soldats capturés par l’ALN et ramenés sur le sol marocain. Les Français ont alors aussitôt menacé le roi Mohammed V des pires représailles si les cinq détenus devaient être jugés sur le territoire marocain. Immédiatement, le Palais royal est entré en contact avec les dirigeants du FLN et les pria d’annuler le procès. Mais, globalement, avec tous les aléas rencontrés en terre marocaine, les dirigeants de la Révolution eurent moins de couacs avec Rabat qu’avec Tunis ou Le Caire. Les problèmes entre les deux pays commenceront, malheureusement, après l’indépendance de l’Algérie.   
 
Fateh Adli

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