La fraternité des armes

Par Fateh Adli
Publié le 12 déc 2017
Les Marocains ont, dès le début du transfert vers Oujda de l’état-major de la Wilaya V, sous le règne du colonel Abdelhafid Boussouf, aidé à l’installation des structures d’accueil, puis des écoles de formation pour laquelle le futur chef du MALG a mobilisé tous les moyens pour doter la Révolution d’un véritable encadrement en matière des transmissions et d’instruction notamment. C’est ce que révèle, du moins pour les Français, une lettre découverte parmi les documents trouvés chez Ahmed Ben Bella lors de son arrestation, avec quatre autres dirigeants du FLN, dans le fameux avion détourné par l’armée française, le 22 octobre 1956. Selon des témoignages, cette lettre contenait les noms des officiers marocains qui auraient participé activement à la création de ces centres dédiés aux cadres de l’ALN sur le territoire marocain.
De dr à g. Debout : Chengueriha Abdelkader, Si Boulfouateh, Tebal Hadjadj Mahfoudh, Abdelmadjid Benkedadra, Abdelhafid Boussouf dit si Mabrouk, Si Hocine Gadiri, le colonel si Amar Benaouda, Rachid Mosteghanemi, le capitaine si Zoubir, Berreouane Abderrahmne dit Saphar, Mohamed Boudaoud dit Mansour, le colonel Abdelhamid Latrèche, si Salah Ouled Nehari. Accroupis : Abdelaziz Bouteflika, dit Abdelkader El Mali, le colonel Ali Kafi, Nacer Bouiezem, Houari Boumediene, le commandant Mohamed Rouaï dit El-Hadj Te
Abdelaziz Bouteflika debout la main sur la bouche, à sa droite Mohamed Boudaoud.  A sa gauche Mohamed Rouai et  Abdelhafid Boussouf en kachabia

Dans son témoignage, l’ex-officier de l’ALN, Mansour Boudaoud, reconnait que l’Armée de libération marocaine a offert aux combattants algériens, en plus des armes et des munitions, plusieurs structures destinées à l’hébergement et à l’instruction des éléments de l’ALN regroupés au Maroc, citant les noms des colonels Ben Miloudi, Benhammou et Benachik. Cette armée de, la résistance marocaine a aussi fourni des combattants qui avaient déserté l’armée française, avant de rejoindre l’armée marocaine. Selon Boudaoud, toutes les armes envoyées aux maquis algériens par la frontière ouest provenaient de l’armée de libération et de la résistance marocaine.
Grâce à ces flux d’armes qui parvenaient aux maquisards, l’activité de l’ALN dans la Wilaya V s’est nettement revigorée. Ainsi, selon un témoignage d’Abdelghani Okbi, ancien cadre de l’ALN, de juin 1957 à mars 1957, la Wilaya V a enregistré plus de 1460 actions armées menées par des unités de l’ALN contre des positions de l’armée coloniale à travers différentes zone de cette vaste wilaya. La multiplication des actions de harcèlement a amené l’armée française à user d’armes prohibées, dont le napalm, qui ont causé beaucoup de pertes dans les rangs de l’ALN, et surtout empêché toute exfiltration des moudjahidine vers le territoire marocain, comme cela se faisait jusque-là. Aussi, les exploits de l’ALN dans cette région ont-ils inspiré aux autorités coloniales un nouveau découpage de l’Igamie d’Oran, avec la création d’une multitude de nouveaux postes militaires, de police et de gendarmerie pour repérer tout mouvement suspect des « rebelles ». De son côté, le commandement de l’ALN procédait, au même moment, à un redéploiement de ses forces établies au Maroc, en créant de nouvelles zones et de nouvelles régions adaptées à la nouvelle configuration en vigueur en Algérie.
Des statistiques rapportées par des historiens affirment que l’effectif de l’ALN sur les frontières ouest était, au milieu de l’année1961, établi à 6 100 combattants disposant de 6 850 armes. Quant aux unités stationnées au nord-est, elles étaient composées de 2490 combattants répartis sur plusieurs centres, dont celui d’Oujda. La région sud-est abritait 1060 moudjahidine, dont plus de la moitié (660) constituait le bataillon de la Wilaya V.
De 1958 à 1962, l’ALN disposait au Maroc d’une vingtaine de centres opérationnels, dont les plus importants sont : le centre d’instruction de Boussafi, près de la ville de Laraiche. Cette structure, relevant de la Direction général d’instruction marocaine, abritait en 1958 environs 600 moudjahidine algériens, dont 300 blessés ou grands malades. Dirigé par le capitaine Moussa, secondé par les lieutenants Bouchakour et Hamidou, ce centre est réputé pour sa rigueur et sa discipline. Il y a aussi le centre Zguenguen, inauguré en 1960, celui de Bouanane, inauguré en 1961 et spécialisé dans la réception et la répartition des armes provenant de l’extérieur. Ce centre s’est spécialisé dans la préparation des groupes de djounoud affectés en Algérie. Sans compter de nombreux centres utilisés comme dépôts d’armes et de munitions, notamment à Nador, Oujda, Figuig, Berkane, Kenitra, Rabat, Casablanca, Tanger et Tétouane.
Il faut signaler que, contrairement à ce que vont endurer les combattants algériens en Tunisie par exemple, les autorités marocaines, à leur tête le roi Mohammed V, n’auraient à aucun moment émis des réserves ou essayer d’entraver l’activité révolutionnaire des Algériens au Maroc. Celles-ci auraient même autorisé, selon certains  témoignages, des officiers soviétiques à initier, sur le sol marocain, les combattants algériens au maniement de certains types d’armes de guerre.  Mais, quand les pressions françaises commençaient à peser sur le gouvernement maghrébin, celui-ci fut contraint de corser la surveillance des côtes nord, d’où étaient récupérées les armes en provenance surtout d’Egypte.
C’est alors que le commandement de l’ALN à Oujda décida de fabriquer ses propres armes. Comme disait Boussouf : «Une révolution qui ne fabrique pas ses propres armes est vouée à l’échec !» Et c’est ainsi que furent mis en place les premiers ateliers de fabrication de mitraillettes 60 allemandes, de mortiers 50 m et 60 m et de grenades. Puis, les ateliers se multiplièrent à mesure qu’arrivaient de nouveaux techniciens envoyés essentiellement par la Fédération de France du FLN. Selon certaines sources, des techniciens et des ingénieurs étrangers (marocains, argentins, russes, grecs et allemands) auraient pris part au lancement de certains ateliers et prêté mainforte aux techniciens et artificiers algériens. On dénombre au moins cinq ateliers : celui de Tétouane, lancé en 1958, spécialisé dans la fabrication de grenades et d’explosifs ; celui de Bouznika, opérationnel depuis 1959, spécialisé dans la fabrication d’armes de modèles américains ; celui de Skhiret, lancé en 1960, spécialisé notamment dans la fabrication de mortiers 45 m ; celui de Mohammdia (1960), spécialisé dans la fabrication des Bangalores et des mines, et enfin celui de Casablanca (1960), spécialisé dans la fabrication des bazookas et des Mat 49.

Adel Fathi  

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