Comment s’est installée la Révolution algérienne au Maroc ?

Par Fateh Adli
Publié le 12 déc 2017
Le Roi Mohammed VI avait toujours eu une place particulière dans le cœur des Algériens, qui ont choisi un jour d’anniversaire de sa déportation au Madagascar, le 20 août, pour lancer la première grande offensive armée contre l’armée d’occupation, qui est l’offensive du 20 août 1955 menée par Zighoud Youcef dans le Nord-Constantinois.
Retour du Roi Mohamed V de son exil à Madagascar
Le yacht «Athos»
Munitions destinées à l’ALN
De multiples armes destinées à l’ALN

Reconnaissant envers l’Algérie et ses vaillants combattants, le souverain marocain s’est tout de suite après son retour d’exil mis à la disposition de la révolution algérienne, en acceptant d’accueillir sur le sol marocain les réfugiés et combattants de l’ALN, et en leur permettant d’y installer plus tard leurs unités et écoles de formation. Chose qui va ouvrir des perspectives inouïes à l’insurrection algérienne, qui était encore en quête d’appuis et de soutiens internationaux. Sans oublier sa contribution « personnelle » pour l’acquisition du célèbre navire
« Athos » et tout l’armement qui a été transporté depuis l’Egypte.
Après l’accès du Maroc à l’indépendance, le 7 avril 1956, les dirigeants de la révolution algérienne s’étaient tournés vers ce pays voisin et frère pour espérer un soutien plus large au combat libérateur du peuple algérien, qui était jusque-là le seul pays du Maghreb à ployer encore sous le joug colonial. C’est pourquoi le commandement de la révolution a chargé l’état-major de la Wilaya V (l’Oranie), frontalière avec le royaume du Maroc,  d’élaborer une stratégie d’acheminement d’armes depuis ce pays, en s’appuyant sur les réseaux de soutien algériens qui étaient déjà installés dans le Maroc espagnol, puis dans le Maroc oriental, et notamment à Oujda où résidait depuis longtemps une forte communauté algérienne.
C’est Mohamed Boudiaf qui, en coordination étroite avec le chef de la Wilaya V de l’époque, Larbi Ben M’hidi, fut chargé de contacter les résistants marocains, parmi lesquels Abdallah Sanhadji et Hocine Berrada, pour essayer d’organiser les opérations d’acheminement des armes dans des conditions hautement risquées. La première tentative, menée par Hocine Gadiri, fut un échec.  
Dès 1955, une rencontre au Caire entre la délégation extérieure du FLN et les représentants du parti nationaliste marocain, l’Istiqlal, avait permis de relancer les discussions sur les moyens à mettre en œuvre pour concrétiser cet élan de solidarité avec la lutte algérienne. Les Egyptiens avaient exigé une entraide entre les résistants des deux pays pour envoyer des aides et des armes comme prévu dans une rencontre officielle qui a abouti à la mise en place d’un Haut commandement militaire d’Afrique du Nord. C’est dans ce contexte qu’un comité de coordination algéro-marocain a été créé à Nador pour mettre en place des dépôts d’armes et des centre d’instruction pour les combattants algériens dans les régions de Nador et de Tétouane. Et c’est au cours de la même année que Ben Bella a réussi à obtenir le soutien égyptien pour une première livraison d’armes vers le front de l’Ouest, qui sera acheminée par le fameux yacht « Dina». On sait que ce bateau, appartenant à la reine jordanienne Dina, a été arraisonné par les forces espagnoles au large de la Méditerranée, avant de reprendre son chemin vers la côte algérienne, près de la frontière marocaine, où il a réussi à déposer ses précieuses cargaisons d’armes, estimées à 16,5 tonnes de diverses pièces et de munitions.  
D’autres opérations suivront, notamment par le yacht « Victoire», parti le 21 septembre 1955 du port de Barcelone en Espagne, pour rallier la côte marocaine. C’est ainsi que l’Oranie, qui n’avait pas suivi le mot d’ordre de la lutte dès le premier jour, est devenu le théâtre de batailles de plus en plus intenses, grâce à l’afflux des armes venant des côtes frontalières.
Le commandement mixte algéro-marocain se chargeait à chaque fois de réceptionner les lots d’armes et de les partager comme entendu au préalable : deux tiers pour les Algériens, et un tiers pour les Marocains. Au début, d’après les témoignages, c’étaient les résistants marocains qui se chargeaient eux-mêmes d’acheminer les armes destinées aux moudjahidine algériens jusqu’aux maquis de l’intérieur.
   Ce qui est peu connu du grand public, c’est que le commandement mixte algéro-marocain a planifié et mené des actions armées sur le sol marocain même contre des positions de l’armée coloniale française, notamment à Fez et nord de Taza. Une date du déclenchement a été même fixée, ce fut le 2 octobre 1955. Ces opérations ont fait au total 71 morts, dont la plupart étaient européens, et près de 400 armes ont été récupérées. Une «Armée de libération du Maghreb» a même vu le jour et fut annoncée dans une déclaration officielle. Cette armée s’est assigné comme objectif principal de poursuivre la lutte jusqu’à «la libération totale des pays du Maghreb ».
Les succès engrangés par ces efforts de lutte communs ont rapidement amené le gouvernement français à précipiter ses négociations d’indépendance avec le Maroc et le Tunisie, dès mars 1956, pour tenter d’isoler la révolution algérienne de son environnement naturel et de concentrer tous ses efforts de guerre en Algérie. Après la signature des accords d’indépendance entre le Maroc et la France, le roi Mohammed V a demandé à rencontrer Ahmed Ben Bella à Madrid. Au cours de la discussion, le souverain alaouite a expliqué à son interlocuteur les raisons qui l’avaient poussé à accepter l’offre française, et s’est engagé solennellement, pour se racheter, à continuer à être aux côtés des Algériens « pour le meilleur et pour le pire ». A-t-il tenu son engagement ? La question mérite d’être posée.

Adel Fathi

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