Il était l’un des compagnons du Colonel Amirouche
Décès du général-major Hocine Benmaâlem

Par Hassina AMROUNI
Publié le 13 déc 2016
Il était l’un des derniers compagnons du colonel Amirouche, encore vivant. Le général-major à la retraite Hocine Benmaâlem n’est plus. Il nous a quittés, le 10 novembre dernier, deux mois à peine, après le décès de Rachid Adjaoud, un autre proche du chef historique de la Wilaya III.
De dr. à g. un Djoundi de l'Aurès, Tayeb Mauri, Hocine Benmaâlem, Ammar Ben Thabet, Abdelhamid Mehri et un autre Djoundi de l'Aurès
Hocine Benmaâlem, jeune officier
Hocine Benmaâlem, debout à gauche
Hocine Benmaâlem
Vente dédicace du livre de Hocine Benmaâlem

Après l’annonce de ce décès survenu à l’hôpital militaire d’Aïn-Naâdja, des suites d’une longues maladie, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika a adressé un message de condoléances à la famille du défunt, dans lequel il a salué l’engagement du
« moudjahid et frère Hocine Benmaâlem » tant durant la guerre de libération nationale que durant la bataille pour l’édification du pays. « Le défunt comptait parmi cette élite d'étudiants qui, à l'appel du Front de libération nationale le 19 mai 1956, ont rejoint leurs frères combattants et ont lutté farouchement contre l'injustice et la tyrannie, confiants qu'ils étaient que la justice triompherait de la machine de guerre dévastatrice mise en marche par l'occupant et de ces procédés criminels et terroristes », écrit le chef de l'Etat avant d’ajouter : « Une fois l'assaillant vaincu et la liberté recouvrée sur l'ensemble du territoire national, le défunt a poursuivi son combat en contribuant à l'édification du jeune Etat au sein de l'Armée nationale populaire où il a fait montre d'une haute compétence qui lui a valu d'être promu aux plus hauts grades et de se voir confier de grandes missions militaires et civiles ».
Pour le président Abdelaziz Bouteflika, «les grades dont il a été décorés et les postes qu'il a occupés ne l'ont pas empêché de demeurer un homme modeste et affable, pourvu d'une volonté de fer et d'une intégrité parfaite», ajoutant que le défunt était «de ces hommes pétris de loyauté et de probité, un militant entier et un moudjahid sincère et franc. Ses Mémoires, une œuvre valeureuse intitulée  « Un jeune homme dans la guerre qui restitue aux générations les étapes importantes de l'histoire de notre glorieuse révolution, témoignent de son illustre parcours ».

De la Kelaâ Nath Abbas aux maquis de l’ALN

Natif de la Kalaâ des Ath Abbas, village rattaché à la commune d’Ighil Ali, dans la wilaya de Bejaïa, Hocine Benmaâlem y voit le jour en 1939. Scolarisé à l’école du village puis au lycée Eugène-Albertini de Sétif, le jeune lycéen, nourri au discours nationaliste de ses aînés, veut en suivre les traces. Il a 15 ans lorsqu’éclate la guerre de libération nationale mais son jeune âge n’est pas un frein à son désir de porter les armes pour se battre contre l’occupant colonial. Cependant Amirouche qu’il rencontre un jour, par le biais d’une connaissance commune, n’accède pas à sa demande et lui conseille de poursuivre d’abord ses études. Dans une interview datant de 2010, Hocine Benmaâlem se souvient de cet épisode : « Ma première rencontre avec Amirouche remonte au printemps 1956 dans mon village natal : Kalaâ des Beni Abbès. C’était pendant les vacances de Pâques ; j’étais, à ce moment-là lycéen. Je me trouvais dans un magasin avec un ami également lycéen, Benmeni Mahdi, qui est tombé par la suite au champ d’honneur. Amirouche, qui était responsable de la Petite Kabylie, passa accompagné de Krim Belkacem. Ils étaient venus rencontrer la délégation des Aurès conduite par Omar Ben Boulaïd. Le commerçant, qui les a invités à prendre un thé, était au courant de notre intention de rejoindre l’ALN, il dit alors aux deux responsables : « Ces jeunes veulent rejoindre l’ALN. » Ils répondirent tous les deux qu’il n’en était pas question, qu’il fallait que nous continuions nos études, car l’Algérie indépendante aura besoin de nous. Nous étions déçus et nous rejoignîmes notre établissement. Ce n’est qu’après la grève des étudiants, qui a eu lieu quelque temps après, que nous sommes venus le revoir. Il accepta à ce moment-là de nous recruter. Il m’a dit de suivre le chef de secteur. Il a ajouté : « Nous nous reverrons bientôt ». Lors de la grève de mai 1956, et à l’instar des lycéens et étudiants algériens, il rejoint le Front de libération nationale.  « En m’engageant dans l’ALN, je m’étais préparé à tout ; je n’ignorais pas que ce serait difficile : la vie au maquis était effectivement très dure, mais je n’ai à aucun moment et malgré mon jeune âge, 17 ans et demi, regretté de m’être engagé dans cette voie ».
Placé sous l’autorité du commissaire politique régional, le jeune Hocine Benmaâlem affiche dévouement et engagement total à la cause. Deux mois et demi plus tard, il rejoint le staff de Amirouche, alors capitaine. Il passe une année à ses côtés, durant laquelle il l’accompagne dans les Aurès et en Tunisie. Cette proximité lui permet de mieux connaître l’homme, ses valeurs, ses principes et sa rigueur, tant morale que militaire.
En 1957, Hocine Benmaâlem se voit ordonner par Amirouche d’aller faire des études au Moyen-Orient. Il quitte alors le front à contrecœur et s’en va rejoindre l’Ecole des officiers de réserve d’Alep, puis l’Académie militaire de Homs et enfin celle du Caire. A la fin de sa formation en avril 1959, il retourne au maquis et là, il apprend que le colonel Amirouche est tombé au champ d’honneur quelques jours auparavant, le 28 mars. « Cela a été un grand choc pour moi et une grande perte pour l’Algérie », confie-t-il.
A partir de cette date et jusqu’à l’indépendance, il intègre les troupes des frontières au sein d’un bataillon stationné à Ghardimaou. En avril 1961, il part pour la Tchécoslovaquie où il effectue un court stage d’artilleur, avant de revenir en Tunisie pour être formateur de jeunes recrues puis responsable de la première école de cadets créée pour les enfants des refugiés algériens.
Au lendemain de l’indépendance, Hocine Benmaâlem retrouve ses proches à Sétif. Il décide alors de servir dans cette wilaya où il sera nommé officier de liaison régionale. C’est le début d’une longue et riche carrière au sein de l’Armée nationale populaire (ANP) dont il assurera notamment, le commandement de la 4e Région militaire et plus tard la direction de cabinet de la présidence de la République.

Eclairages sur la Révolution

En 2014, le général-major Hocine Benmaâlem publiait aux éditions Casbah, le premier ome de ses Mémoires intitulé Mémoires du général-major Hocine Benmaâlem. Tome I : La guerre de Libération nationale. A travers cet ouvrage, il dit avoir voulu témoigner « d'un moment de notre histoire par des éclairages focalisés sur les personnes connues ou anonymes que j'ai côtoyées, sur des faits d'armes ou de simple bravoure ; sur mes pérégrinations pédestres dans les maquis d'Algérie, qui m'ont mené à palper de très près le cœur frémissant de la Révolution, à appréhender ses fragilités aussi ». Revenant sur les motivations qui l’ont amené à l’écriture, il indiquera qu’il y a deux raisons essentielles « tout d’abord, parce que j’estime que tous ceux et celles qui ont participé à la révolution ont le devoir de témoigner. Leurs écrits serviront les historiens et pourront éclairer le lectorat algérien sur la période. La deuxième raison de ma contribution, c’est de combler certaines lacunes, d’apporter quelques correctifs, de faire en sorte que mon témoignage se rapproche le plus possible de la vérité historique. Pour cela, j’ai voulu être le plus objectif  possible ».

Hassina Amraoui

DOSSIER

Tunis, capitale de l’Algérie combattante

L’aide de la Tunisie à la Révolution algérienne

FIGURES HISTORIQUES

L’homme qui livra des armes au FLN

Le Capitaine Vassil Valtchanov

GRANDES DATES
GUERRE DE LIBERATION
MOUVEMENT NATIONAL

PROCÈS-VERBAL DE LA REUNION ET EXTRAITS DE LA PLATE-FORME

Documents du Congrès de la SOUMMAM du 20 AOÛT 1956