Un riche passé révolutionnaire
El-Harrach

Par Hassina AMROUNI
Publié le 07 avr 2019
Depuis la fin des années 1930, El-Harrach fut l’un des berceaux du nationalisme dans l’Algérois.
Rabie Bouchama
Rachid Kourifa

Plusieurs militants, certains natifs de la localité et d’autres, Harrachis d’adoption, joueront un rôle prépondérant au sein du Parti du peuple algérien (PPA), du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) puis du Front de libération nationale (FLN).
Abdelkader Guenfoud, Cherif Slimani, Ahmed Mokrane, Ali Bennanoune ou Mokrane Bourmache militeront tous au sein du PPA. Abdelkader Guenfoud fera triompher Messali Hadj à El-Harrach, tandis qu’Ahmed Mokrane devient vice-président de la section locale du parti en 1938. Ali Bennanoune côtoie de près Messali Hadj et devient même chef de la section lyonnaise et ce, jusqu’à sa dissolution par les autorités françaises. Etabli à El-Harrach en 1937, il est d’abord secrétaire de la section de sa localité. Un an plus tard, il se fait remarquer en initiant une grande manifestation en faveur du militant Mohamed Douar, il organise des réunions pour proposer la création d’autres sections du parti dans sa localité et finit par se faire arrêter par les autorités coloniales et condamner à six mois avec sursis. Persistant dans ses activités partisanes, il est à nouveau arrêté en 1939 et condamné en 1941 à neuf ans de travaux forcés et vingt ans d’interdiction de séjour avec la perte de ses droits civiques.
Mokrane Bourmache connaîtra pratiquement le même sort. Adhérent à l’Etoile Nord-Africaine en 1936, il est responsable de la section de Belcourt du PPA en 1937 puis à El-Harrach. Devenu membre du comité directeur du parti en 1938, il finit par être arrêté et condamné en 1941 à neuf ans de travaux forcés, 20 ans d’interdiction de séjour avec la perte de ses droits civiques. Malheureusement, les nombreuses séances de torture auxquelles il sera soumis et son placement en cellule d’isolement à la prison de Miliana lui feront perdre la tête. Interné à l’hôpital de Blida, en 1944, il y meurt en 1965, à l’âge de 52 ans.

Rabie Bouchama et Rachid Kourifa, deux martyrs de la révolution

A El-Harrach, Rabie Bouchama est considéré comme une icône de la Révolution. Natif de Guenzet à Ath Yaâla (Petite-Kabylie), il y a vu le jour en 1916. Militant précoce au sein du mouvement réformiste, il décide de rejoindre l’Association des oulémas musulmans algériens en 1937 afin de se consacrer pleinement à son idéal patriotique. Face à son engagement entier et sans faille pour l’association et pour la cause nationaliste, les responsables décident de l’envoyer en France où il assiste Cheikh El Ouartilani dans son travail auprès de la communauté algérienne de l’Hexagone. Un an plus tard, il est de retour au pays pour travailler aux côtés de Cheikh Abdelhamid Ibn Badis à Constantine. En 1938, on lui propose un poste d’enseignant à Kherrata au sein de l’une des écoles de l’association, mission dont il s’acquitte avec beaucoup d’abnégation, tout en continuant en parallèle à militer. Au lendemain des massacres du 8 mai 1945, il est arrêté et condamné à mort par le tribunal de première instance. Faisant appel à cette condamnation, il est libéré l’année d’après. L’association décide alors de le transférer vers la capitale où il est d’abord enseignant avant d’être nommé en 1948 directeur de l’école Ethabat à El-Harrach. Quatre années plus tard, Rabie Bouchama est à nouveau envoyé en France. Là-bas, il fait la connaissance du futur colonel Amirouche. Les deux hommes se découvriront beaucoup d’affinités et garderont des liens très étroits. Au lendemain du 1er novembre 1954, Rabie Bouchama soutient clandestinement la révolution depuis son poste à El-Harrach. Le jour de l’enterrement du chahid Rachid Kourifa, chef de la section FLN d’El-Harrach, il fera son éloge funèbre ce qui, pour les autorités coloniales, ne laisse aucun doute quant à ses opinions et à ses idées nationalistes, voire révolutionnaires. Le 17 janvier 1959, il est arrêté au motif d’avoir profané le drapeau français. Conduit secrètement dans une ferme du côté de Larbaâtache, dans la Mitidja, Rabie Bouchama y subit d’atroces séances de torture avant d’être exécuté en mai 1959.
Rachid Kourifa est lui aussi une figure emblématique, lui, dont le sacrifice a conduit à la libération du pays du joug colonial.
Natif du quartier l’Engrais, sur la rive gauche d’El-Harrach, il y voit le jour en 1931. Dès les premiers balbutiements des mouvements nationalistes, il s’y engage et joue les premiers rôles. Après le déclenchement de la guerre de libération nationale, il rejoint le FLN et devient responsable du secteur FLN-ALN d’El-Harrach.
Le 26 septembre 1956, il est chargé d’exécuter un certain Zinet, connu dans la région comme un traître à la Révolution et un suppôt du pouvoir colonial. Une fois son acte perpétré, il tombe par hasard sur une patrouille française. Un échange de tirs s’en suit et c’est là qu’il est mortellement atteint. Il sera le premier Harrachi à tomber en martyr et son enterrement donnera lieu à un grand rassemblement populaire.
Quant au chahid Abdelhamid Tata, bien qu’il soit originaire de Zeralda, c’est dans le quartier Sainte-Corinne (Saincouri, en arabe dialectal) qu’il grandit. En 1956, alors âgé d’une trentaine d’années, il rallie les rangs de l’ALN dans la région de Tablat (fief de la Wilaya IV). Au maquis, Tata qui est soudeur de métier, est chargé de la fabrication de bombes artisanales. En 1959, le capitaine Abdelhamid Tata est nommé responsable politico-militaire de la Zone 1. C’est au cours d’une embuscade tendue par les forces coloniales au niveau de Oued Isser qu’il meurt en chahid, le 22 février 1962, quelques jours seulement avant la proclamation du cessez-le-feu marquant la fin de la guerre d’Algérie.

Hassina Amrouni

DOSSIER

Un rôle précurseur à redécouvrir

La délégation extérieure du FLN

GUERRE DE LIBERATION
MOUVEMENT NATIONAL
FIGURES HISTORIQUES

Il était l’un des conseillers du colonel Amirouche

Il y a 60 ans, Tahar Amirouchen tombait en martyr

MEMOIRE