Ambassadeur de la chanson algérienne
Dahmane El-Harrachi

Par Hassina AMROUNI
Publié le 07 avr 2019
Son titre Ya Rayah, repris par plusieurs chanteurs dont le regretté Rachid Taha, a fait de lui l’un des ambassadeurs de la chanson algérienne.

Originaire du village Djellal, dans la wilaya de Khenchela et né à El Biar le 7 juillet 1926, Abderrahmane Amrani a néanmoins grandi à El-Harrach d’où son surnom Dahmane El-Harrachi.
Arrivé à Alger en 1920, son père devient muezzin de la grande mosquée. Après la naissance de Dahmane, son onzième enfant, la famille déménage dans le quartier de Belcourt, avant de s’installer définitivement à El-Harrach.
Passionné de musique, le petit Dahmane s’initie très jeune au banjo, influencé par le chanteur chaâbi Khelifa Belkacem et, dès l’âge de 16 ans, lui qui connaît tout son répertoire par cœur, pousse souvent la chansonnette, reprenant les chansons de son idole.
Alors qu’il obtient son certificat d’études, le jeune homme ne poursuit pas ses études, préférant travailler pour aider à subvenir aux besoins de la famille. D’abord cordonnier puis receveur de tramway sur la ligne reliant El-Harrach à Bab-el-Oued, il consacre son temps libre à la musique, devenant très vite un virtuose du banjo. Sa réputation étant bien assise, de nombreux chanteurs chaâbi des années 1940 s’offrent ses services, à l’image de Cheikh El-Hasnaoui avec qui il se produit pour la toute première fois au Café des artistes à Paris en 1952 mais aussi Hadj Menaouar, Cheikh Bourahla, Cheikh Larbi El Annabi ou Abdelkader Ouchala.
En 1949, il s’installe un certain temps à Lille, puis à Marseille avant de poser ses malles plus durablement à Paris. Là, il multiplie les qaâdate notamment dans les cafés fréquentés par la communauté maghrébine ; cette dernière apprécie plus particulièrement ses chansons qui traduisent avec une telle justesse la dure vie de l’exil.
En 1956, il enregistre chez Pathé Marconi son premier disque et sa chanson El Bahdja beida ma thoul (Alger la blanche ne perdra jamais de son éclat) est un hymne à la ville d’Alger.
Virtuose mais aussi artiste au talent avéré, Dahmane El-Harrachi accompagne ses poésies de musiques aux touches modernes, que l’on reconnaît aisément dans sa façon de jouer du banjo ou du mandole. Son répertoire sera constitué d’environ 500 chansons dont il est l’auteur. Des chansons interprétées de sa voix éraillée et qui ne laissent pas indifférent son très large auditoire.
S’inspirant de son vécu et de celui de ses concitoyens, ses textes apportent une sorte de baume au cœur quand ils ne poussent pas à la méditation. La souffrance, l’exil, l’amitié, la famille, la rigueur morale, la malhonnêteté, l’hypocrisie, la trahison sont autant de thèmes évoqués et qui trouvent une oreille attentive.
Alors qu’il mène une carrière à succès en France, en Algérie, il reste peu connu jusqu’à cette année 1974, où il se produit à la salle Atlas de Bab-el-oued face à une salle archi-comble. C’est le triomphe.
Malheureusement, il meurt tragiquement dans un accident de voiture survenu à Aïn-Benian le 31 août 1980. Il avait 54 ans.

Hassina Amrouni

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