Plus de 1000 martyrs tombent à Miliana
Octobre 1957

Par Hassina AMROUNI
Publié le 08 avr 2019
Année charnière de la guerre de libération nationale, l’année 1957 a été marquée par une intensification des hostilités. Approvisionnés en armes à partir de la Tunisie et du Maroc, les moudjahidine vont multiplier les attaques à l’intérieur du pays.
Bigeard et Massu
La bataille de Miliana en Octobre 1957
Moudjahid du Commando  de Si Abdelaziz entre les mains de paras
Massacre du 11 Octobre 1957. Corps de chouhada exposés sur la place « Ain el Fouara » à Miliana

A Miliana, l’atmosphère est délétère et le quotidien des Européens et du e Régiment est de plus en plus difficile. Les moudjahidine qui attaquent presque tous les jours la région, ne leur laissent aucun répit. Les bars et le cinéma Les Variétés, situés dans le centre-ville, sont bombardés en plein jour et les soldats français sont souvent pris en embuscades. Face à cette insécurité, les gros propriétaires européens et les anciens combattants se réunissent le 23 septembre 1957 avec le maire de la ville, M. Bonnet, exigeant de lui d’envoyer une pétition pour le renforcement de la sécurité dans la région. Ce qu’il fit. Sitôt l’appel reçu, Bigeard et Massu font débarquer leurs hommes dans la région.
Le premier contingent de paras et de bérets noirs de la légion étrangère arrive dans la soirée pour préparer « le nettoyage de la ville ».
Loin d’être dupes, les moudjahidine qui ont vent de ce qui se trame les attendent de pied ferme. Ils se réunissent du côté de Anasseur-Zougala-Korkah supérieur et inférieur et mettent en place un plan d’attaque.
Les troupes de Bigeard, renforcées de la police locale et de la DST ne tardent pas à se déployer sur un terrain qu’ils pensent conquis. Mais les membres de l’ALN s’engagent dans l’affrontement avec un avantage de taille : une parfaite connaissance des lieux.
Toute la ville est sur le qui-vive. Si les Européens se réjouissent de ce déploiement de force, les Algériens, eux, craignent les représailles des forces coloniales et elles ne tarderont pas. Toutes ceux qui sont suspectés d’appartenir ou d’aider l’ALN sont tirés de leur sommeil et embarqués manu-militari. Ils sont entassés, tel du bétail, dans des camions et dirigés vers la caserne où, rassemblés dans la cour, ils sont triés de façon « brutale » et « systématique ». Parmi les personnes embarquées, figure la sœur de Ali la Pointe, Oum Echeikh Zitouni. Elle dont le frère va mourir en martyr en ce jour, à la Casbah d’Alger, avec ses trois autres compagnons, Hassiba Benbouali, Omar Yacef dit P’tit Omar et Mahmoud Bouhamidi, lors de la bataille d’Alger.
Dans la matinée du 8 octobre, donc, seuls les bérets noirs circulent dans une ville quasi déserte. Ils ratissent toutes les rues et ruelles de la ville, à la recherche des « fellagas » ou d’éventuels soutiens à l’ALN.
Dans ses Mémoires, le sinistre Bigeard écrit : « En fin de matinée, au pied du mur d’enceinte de la caserne, plus précisément à Guergour un groupe de moudjahidine est repéré par un soldat, assis sur les remparts, une radio sur le dos, il donne l’alerte. Les premières rafales crépitent. Il est environ 14 heures. La bataille de Miliana vient de commencer. Le soldat hurle dans la radio et commence à compter : « Deux, quatre, huit, mon Dieu ! Dix des nôtres sont tombés ».
Les moudjahidine venaient de les prendre par surprise. Retranchés dans une grotte, ils commencent à tirer sur les paras qui tombent comme des mouches. Les moudjahidine les délestent de leurs uniformes pour les porter et semer ainsi la confusion dans les rangs des paras. Gagnés par la panique, ces derniers perdent leurs repères et ne parviennent plus à se situer au milieu de cette végétation dense, contrairement aux moudjahidine qui sont dans leur élément. Malheureusement, le groupe retranché dans la grotte finit par être encerclé. Si certains parviennent à prendre la fuite, en empruntant un souterrain menant jusqu’aux abords de l’hôpital de la ville, les autres malheureusement, ne s’en sortent pas. Voyant, en effet, leur sort scellé, ils préfèrent mourir en martyrs plutôt que de se rendre à l’ennemi. Ne parvenant pas à les déloger, les paras utilisent alors un lance-flammes et les brûlent vifs.
Face à la violence des combats, toute la région de Miliana, d’El-Khemis jusqu’à Hammam Righa est quadrillée par les troupes françaises. Dans la ville et les villages, les villageois continuent d’être harcelés, maltraités, violentés. Ils sont tellement nombreux à avoir été arrêtés que, dans la cour de la caserne, des tentes sont dressées pour contenir les milliers de civils qui y arrivent. Les séances de tortures les plus abjectes se multiplient : chalumeau, baignoire, …toutes les pratiques de torture sont permises puisque supervisées par Bigeard et Massu. Cela va durer des semaines. Et nombreux sont ceux qui meurent sous la torture. Ces martyrs sont jetés dans une fosse commune, creusée dans le cimetière de Koudiet el Ghrab et quand leur nombre devient trop important, des corps sont enterrés dans l’enceinte même de la caserne. Bigeard et Massu iront même jusqu’à exposer certains cadavres au niveau du Rond-point, autour du jet d’eau à effet de dissuasion.
Pendant six longs mois, Bigeard et ses troupes font vivre l’enfer aux Milianis. Le paysage environnant n’y échappe pas puisque des arbres centenaires et des vergers entiers sont rasés pour empêcher les moudjahidine de s’y cacher.
Ils seront plus de 1100 martyrs à mourir sous la torture ou durant les combats. Presque chaque famille de Miliana compte un martyr, si ce n’est plus.

Hassina Amrouni

Source :
http://www.algermiliana.com/pages/miliana/miliana-nostalgie-et-souvenirs...

DOSSIER

Un duo improbable

Adjel Adjoul - Mostefa Benboulaïd

GUERRE DE LIBERATION

L'héroïne oubliée

La Moudjahida condamnée à mort Mme Ghomrani Zohra dite Houria

FIGURES HISTORIQUES

Le Moudjahid Benmaouche Ali

Évocation de l’un des héros de la wilaya III historique

GRANDES DATES

Les massacres du 8 Mai 1945

Le visage horrible de la France coloniale

UNE VILLE, UNE HISTOIRE