Il était l’un des conseillers du colonel Amirouche
Il y a 60 ans, Tahar Amirouchen tombait en martyr

Par Hassina AMROUNI
Publié le 08 avr 2019
Figure emblématique de la Wilaya III historique, Tahar Amirouchen fait partie de ces martyrs peu connus de la génération postindépendance. Pourtant, il fut l’un des proches conseillers du colonel Amirouche, lequel le nomma secrétaire du conseil de wilaya.
Tahar Amirouchen
Tahar Amirouchen
Au Congrés de la Soummam. De g. à dr. : Mesbah Hamid, Amirouchene Tahar et Aissani Smail
Au congrès de la Soummam : Tahar Amirouchen n°6

Natif d’El Kseur, dans la wilaya de Bejaïa, Tahar Amirouchen y voit le jour le 7 août 1930 (1929, selon d’autres sources). Il grandit ainsi dans une Algérie soumises aux pires injustices coloniales. Affûtant sa fibre patriotique au sein des Scouts musulmans d’El Kseur « Persévérance » dont il sera l’un des membres fondateurs, en 1943, aux côtés de Saïd Souag et d’autres, Tahar Amirouchen intègrera ensuite les rangs du MTLD.
En parallèle à ses activités militantes, il devient, après des études au Cours complémentaire, commis greffier près le tribunal d’El Kseur où il jouit du grand respect de ses chefs, notamment un juge français anticolonialiste et de ses camarades dont Hocine Salhi, Oukmamou Arezki pour son abnégation, ses valeurs humaines et ses principes.

Une des élites de la ville d’El Kseur

Dès le début de la guerre de libération nationale, Tahar Amirouchen et ses compagnons investissent le terrain de la lutte et, au début de l’année 1956, après le démantèlement de cette cellule, il rallie le front de libération nationale où il rencontre Amirouche Aït Hamouda. C’est le début d’une collaboration qui mènera les deux hommes à présider aux destinées de la Wilaya III historique.
Dans un témoignage livré sur les colonnes d’un quotidien national, l’ancien officier de l’ALN, Djoudi Attoumi se souvient que « Tahar était un seigneur de la guerre ; il fut l’un des hommes qui ont fait la gloire de la Wilaya III et du colonel Amirouche ; il a marqué de son empreinte tous les responsables et tous les combattants qui l’ont approché ou qui, comme moi, ont eu le privilège de collaborer avec lui. Très proche d’Amirouche, on lui doit la mise en place du PC de la Wilaya III historique qui donna un souffle nouveau à l’état-major de la Wilaya III et à l’organisation des archives. Tahar Amirouchen est devenu l’homme essentiel de la Wilaya III qui a eu une chance inouïe de l’avoir dans ses rangs. Il lui a insufflé un type d’organisation, le choix des hommes, une discipline, à l’image d’Amirouche. Il prenait des initiatives, toujours dans l’intérêt de la révolution. Son action permanente était d’organiser, d’ordonner, de contrôler et de commander. Ce fut un honneur pour moi de l’avoir comme premier chef dans les maquis. Et c’est à ce titre que je devais lui rendre hommage. Alors que j’étais encore adolescent, c’est lui, avec Amirouche qui ont complété mon éducation et ma formation. Avec une taille comme la sienne, de 1m80, il était imposant et avait le sens du commandement et de l’autorité, deux qualités qui étaient innées chez lui. De l’avis des proches de l’état-major de la Wilaya III, il n’avait d’égal qu’Amirouche. »
Ce dernier trouve en lui le « collaborateur idéal » et compte sur lui pour être « l’un des cerveaux de la Wilaya III ». Sur ce point, Amirouche ne se trompe pas puisque les deux hommes parviennent à créer ensemble le premier PC de la Wilaya III à Mezouara (dans la daïra de Sidi Aich), en même temps que Salhi Hocine. Et Djoudi Attoumi de préciser : « Il est vrai qu’à l’époque, il y avait déjà deux autres responsables aux côtés d’Amirouche, à savoir son frère Hamid Amirouchen et son ami Rachid Tariket qui n’étaient certainement pas étrangers à ce choix, ainsi que Hamid Mahdi et Tayeb Mouri, ses deux gardes du corps ». Mais Amirouchen et Amirouche formaient le « parfait duo ». A travers leur entente et complémentarité ainsi que leur patriotisme, leur fougue et les valeurs qu’ils défendent, ils servirent la révolution avec la plus grande abnégation.
Le PC de Wilaya est géré par Amirouchen « à la perfection ». « Il en a fait une machine qui fonctionnait bien, malgré l’état de guerre permanent, la vétusté du matériel et toutes les difficultés que nous rencontrions. Malgré les insuffisances, le travail se faisait à merveille. Chacun de nous donnait le meilleur de lui-même et compensait les insuffisances par le souci permanent de bien faire, par la foi du combat libérateur et par l’esprit de sacrifice. Chacun de nous se sentait responsable de la réussite de la mission du PC de la Wilaya III. Tahar Amirouchen était conscient du rôle qu’il devait jouer en Wilaya III et il le prit à bras-le-corps », témoigne encore l’ancien officier de l’ALN qui précise qu’Amirouchen qui jouissant de la confiance et de l’estime d’Amirouche dont il était le conseiller politique, « prenait la liberté de rédiger des notes et de les adresser aux responsables des Zones et aux membres du Conseil de la Wilaya, le tout bien sûr dans l’esprit du colonel Amirouche ».
Avec ses compagnons Hamel Lamara, Amyoud Smail, Ferhani Abdenour, Aissani Md Said, Maître Youcef Benabid, il y avait un respect mutuel. « Il les considérait comme ses égaux et il voulait qu’ils ne souffrent aucune autorité qui pèserait sur eux; leur âge, leur culture et leur modestie y étaient pour quelque chose! Nous sentions chez lui et pour eux, un respect, une amitié et peut-être une complicité. Ensemble, nous constituions l’équipe du PC de la Wilaya III à notre grand bonheur et au grand bonheur d’Amirouche. Cette atmosphère, cette ambiance allait susciter chez toute l’équipe, un travail de qualité, une répercussion de bon aloi à travers la Wilaya III qui forcera l’admiration de l’ennemi en la situant au sommet de la révolution », assure encore Djoudi Attoumi.
Fort de qualités humaines intrinsèques et de valeurs patriotiques, Tahar Amirouchen est le soutien inébranlable sur lequel s’appuie le colonel Amirouche. Il assure le travail d’information, rédigeant notes, tracts, instructions, rapports et analyses et ce jusqu’à la mort du colonel Amirouche. « Alors, il devint l’ombre de notre ancien chef de Wilaya et atténuait quelque peu, cette perte immense ».
Après l’arrivée du commandant Abderrahmane, Tahar Amirouchen, affecté par la mort de son compagnon, demande à être muté dans les Aurès. C’est là qu’il tombe au champ d’honneur le 16 juillet 1959 dans le massif de la Hodna au cours de l’opération « Etincelles ».
Après l’indépendance, une rue et une polyclinique à El Kseur seront baptisées à son nom afin que la génération postindépendance se souvienne du sacrifice consenti par ce chahid pour le recouvrement de la dignité et de la liberté de l’Algérie et du peuple algérien.

Hassina Amrouni

Source
http://www.lexpressiondz.com/actualite/270994-l-homme-essentiel-de-la-wi...

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