Il y a 61 ans, le chahid Arezki Bouzrina était exécuté
Avril 1958/2019

Par Hassina AMROUNI
Publié le 09 avr 2019
Dans un article consacré au chahid Arezki Bouzrina, paru dans le numéro du mois de décembre 2018 de la revue Memoria, nous évoquions le parcours mémorable de cet artisan de la liberté de l’Algérie. Nous focalisions alors notre propos sur les exploits sportifs de cet athlète multidisciplinaire et sur son combat jusqu’à la mort, en sacrifice pour son pays.
A la lecture de l’article à la mémoire de son grand-père, son petit-fils nous fera parvenir d’autres documents pour enrichir ce second article, en y apportant, toutefois deux petits correctifs concernant sa date de naissance et les circonstances de sa mort en martyr.  Né en 1913 à la Casbah d’Alger, Arezki Bouzrina surnommé « H’didouche » entre à l’école coranique de Sidi Ramdane pour y apprendre le saint Coran mais dans cette Algérie colonisée, il sait que connaître la langue de l’occupant peut être une ar
Gymnastes Dragons d’Alger - 1934  : de dr.a g. : Ahmed Ghermoul, Arezki Bouzrina
Equipe de Basket en 1930 : de g. a dr. : Legouini, Hassaini, Bouzrina Hdidouche, Abdelhamid Mohammed, Zebentout
Gymnastes du St Eugenois : Arezki Bouzrina 2e à droite
Fin des années 1930. Piscine Municipal d’Alger: Hdidouche assis au centre.

A la lecture de l’article à la mémoire de son grand-père, son petit-fils nous fera parvenir d’autres documents pour enrichir ce second article, en y apportant, toutefois deux petits correctifs concernant sa date de naissance et les circonstances de sa mort en martyr.
Né en 1913 à la Casbah d’Alger, Arezki Bouzrina surnommé « H’didouche » entre à l’école coranique de Sidi Ramdane pour y apprendre le saint Coran mais dans cette Algérie colonisée, il sait que connaître la langue de l’occupant peut être une arme redoutable et un moyen de faire connaître, voire d’imposer ses opinions aussi, insiste-t-il auprès de son père pour l’inscrire dans une école pour entrer en possession de ce que Kateb Yacine appellera plus tard « le tribut de guerre ». Son père l’inscrit donc dans une école privée dirigée par les Pères Blancs à Hussein-Dey. Il y étudiera avec assiduité jusqu’à décrocher son certificat d’études.
Ne voulant pas s’arrêter à mi-parcours, il poursuit sa scolarité et finit par acquérir cette aisance oratoire et cette culture qui lui permettront plus tard de pouvoir s’adresser sans complexe à ses adversaires, notamment les magistrats et le maire d’Alger.
Parallèlement à ses études, Arezki Bouzrina mène une brillante carrière sportive, glanant titres et médailles en gymnastique et natation. Entre 1933 et 1939, Arezki Bouzrina est co-fondateur des Gymnastes Saint-Eugénois (GSE) et nageur sous la bannière du même club. Un an plus tard, il porte les couleurs des Dragons gymnastes algérois (DGA) et participe à la fondation de la section basket-ball du Mouloudia Club d’Alger (MCA) puis de la section gymnastique du même club, l’année suivante.
En 1944, il est membre fondateur, assesseur, président des sections basket-ball et natation de la Jeunesse sportive musulmane algéroise (JSMA).
Dans une déclaration hautement symbolique, ses compagnons de la vie sportive lui rendront hommage en disant que « H’didouche croyait en la formation éducative et sociale du sport et était convaincu qu’à travers la pratique sportive, il était possible de favoriser l’éveil des jeunes à la conscience nationaliste ».
Bouzrina profitera, en effet, de la visibilité et de la popularité que lui offrait une belle carrière sportive pour faire un travail de militant notamment auprès des jeunes qui suivaient ses exploits sportifs avec grande fierté. H’didouche qui est membre de l’Etoile Nord-Africaine (ENA) puis du PPA avant de rejoindre les rangs du PPA-MTLD, va très vite se faire remarquer pour ses qualités d’organisateur. Ce qui l’amènera, en novembre 1947, à participer à la création de l’OS.
Pleinement engagé dans le mouvement militant, il sera contraint de quitter son emploi de fonctionnaire au sein de l’entreprise des Transports algérois (TA) pour travailler à son compte, au marché de la Lyre et s’adonner ainsi plus librement à ses activités partisanes.
Cultivant une verve et une fougue militante puisée dans son goût pour la justice et son attachement viscéral pour la liberté, il devient très vite le porte-parole syndical des marchands de fruits et légumes. D’ailleurs, ce même syndicat deviendra très vite un vivier de militants qui n’hésiteront pas, au lendemain du déclenchement de la guerre de libération nationale, à prendre les armes pour défendre le pays.
Activement recherché par les autorités coloniales après le démantèlement l’OS, H’didouche continue à activer dans la clandestinité. Il fera ainsi partie de ceux qui allaient déclencher la Révolution de novembre1954, de même qu’il sera avec son ami Ahmed Ghermoul et d’autres militants derrière l’initiative qui conduira à la création de trois instances syndicales, en l’occurrence l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), l’Union générale des commerçants algériens et la troisième destinée à défendre les droits des paysans algériens.
Toujours en première ligne, il s’investit corps et âme dans une lutte qu’il sait salutaire pour le peuple algérien et ce, même au péril de sa vie. Les témoignages sur son engagement et son sacrifice ultime ne manquent pas. A ce titre et dans son ouvrage intitulé Vérités sur la Révolution algérienne, paru en 1970 chez Gallimard et réédité par l’Anep en 2005, Mohamed Lebdjaoui écrit : « Début 1955, la première mitrailleuse, volée à la caserne d’Orléans à Alger a été envoyée au maquis kabyle. H’didouche et Ghermoul, au nom du FLN, la chargèrent dans un camion appartenant à un grand charcutier européen de la capitale, et dont le chauffeur, Omar Ouargli, ancien contrôleur des tramways algériens, était gagné à la cause du FLN ». Et, à la question de savoir qui a organisé le premier groupe armé, le même acteur de la guerre de libération et auteur ajoutera : « Le premier groupe de trois a été constitué par Bouzrina Arezki dit H’didouche, mon premier responsable à Alger, un homme dont on n’a pas suffisamment souligné les mérites exceptionnels. Le chef de ce premier commando se nommait Ahmed Loghrab ».
De son côté, Amar Ouzegane (ancien chef du PCA) fera savoir: « Quelques jours après le déclenchement de la lutte armée, des amis me recommandèrent à H’didouche (Bouzrina), responsable du FLN du grand Alger et activiste du Comité de préparation de la Révolution. Son bras droit est Ahmed Ghermoul, contrôleur de tramway, militant chevronné des syndicats et ancien militant communiste ». Ce qui confirme « le recrutement par Hdidouche de Amar Ouzegane qui devait contribuer à la rédaction de ce qui va être appelé initialement la Plate-forme d’Alger et qui servira de base pour la Plate-forme de la Soummam ».
Là encore, Khalfa Mammeri, dans son premier ouvrage sur Abane Ramdane, va apporter un éclairage précieux concernant la préparation du congrès de la Soummam et ses principaux acteurs et citera le rôle joué par Arezki Bouzrina « Il est pratiquement impossible de donner la date exacte à laquelle fut prise la décision de réunir un congrès de la Révolution algérienne. Comme dans le cas de tous les grands évènements historiques, il est probable que l’idée en ait mûri lentement et progressivement. On peut par contre situer avec suffisamment de précision la période à laquelle l’idée a pris une forme et des contours relativement nets. Les témoins consultés citent plus fréquemment mais sans grande précision les premiers mois de 1956. Ils se fondent surtout sur l’existence, peu avant cette période, d’un « Comité d’études » dirigé par H’didouche, marchand de légumes mais si dévoué à la cause patriotique, et comprenant Ouzegane, ancien secrétaire général du PCA, Mohamed Lebjaoui, futur responsable de la Fédération FLN de France ».

Un an après le déclenchement de la Révolution de novembre 1954

En 1955, la guerre bat son plein et la peur commence à changer de camp. Pour marquer cette date du 1er novembre, les Algériens multiplient les actions, gelant les transports (pas de tramways) et en fermant les marchés, obligeant les Français à se déplacer à pied et à retourner à la maison le couffin vide. Le principal artisan de cette grève ne sera autre que H’didouche, responsable politico-militaire d’Alger. Il sera d’ailleurs partisan de grèves cycliques (de 24 et 48h) qui perturbent le quotidien des colons dans l’Algérois.
En janvier 1956, l’appel à une trêve civile est lancé par Albert Camus afin d’amener les deux communautés, algérienne et française, à vivre ensemble de façon pacifique. « Albert Camus se rendit compte qu’une force occulte d’une puissance gigantesque était derrière le comité d’initiative, organisateur de la réunion ».
Amar Ouzegane, dans son ouvrage Le meilleur combat, paru en 2006 aux éditions Anep, écrit à ce propos : « Le FLN a participé – effectivement et secrètement – à rendre impuissante la contre-manifestation ultra. Non prévue dans le riche plan d’action du comité d’organisation de la trêve civile, l’originale fortification où l’homme immobile remplace la pierre des remparts, a toujours été une énigme pour nos collègues. A l’époque, nous l’avions expliquée comme un mouvement spontané surgissant de la solidarité religieuse des musulmans en faveur du cercle musulman menacé. En vérité, le chef d’orchestre clandestin était notre frère Hdidouche, responsable d’Alger. Il prit, seul, l’initiative de mobiliser la Casbah pour encercler les commandos fascistes. Cette tactique pacifique pouvait surprendre chez un militant politico-sportif, Bouzrina Arezki, président du dynamique syndicat des marchands de légumes et d’une brillante société omnisports ».
Arezki Bouzrina jouera, par ailleurs, un rôle important en réactivant l’organisation de la Zone autonome d’Alger. C’est, à cet effet, son organisation qui sera derrière le recrutement du jeune étudiant chimiste Taleb Abderrahmane qui deviendra l’artificier de la ZAA ainsi que des fidaiyate Samia Lakhdari, Zohra Drif et Djamila Bouhired (informations rapportées par Yacef Saâdi dans son livre La Bataille d’Alger (tome 1).
Militant infatigable et acteur incontestable de la guerre de libération nationale dont il est l’un des valeureux martyrs, Arezki Bouzrina sera arrêté au mois d’avril 1958 et exécuté par étranglement durant la deuxième quinzaine du même mois sous les ordres des sinistres Godard et Massu, dans l’enceinte de la caserne Pélissier à Bab-el-Oued.
On refusera de remettre à la famille le corps de leur fils chahid. Il sera enterré au cimetière d’El Kettar par les parachutistes de la 10e DP, sous la surveillance des hélicoptères de l’armée coloniale.
Après l’indépendance et pour se souvenir du sacrifice de ce digne fils de l’Algérie, le marché de la rue de la Lyre portera le nom du chahid Arezki Bouzrina, ainsi qu’une rue dans le quartier de la Basse-Casbah, la rue Ahmed Bouzrina, en référence à son nom de guerre « Si Ahmed).

Hassina Amrouni
Sources :
El Watan du 09/10/2008 et du 20/08/2016.
*Articles de la presse nationale

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