Aïn Sefra, ou la porte du désert

Par Hassina AMROUNI
Publié le 01 avr 2018
Située à environ 60 km au sud de Naâma, le chef-lieu de wilaya, Aïn Sefra a de tout temps fait rêver visiteurs et poètes.

Le vieux ksar d’Aïn Sefra ou Aïn Safia – autre nom par lequel la cité se fera connaître – a été créé en l’an 987 de l’Hégire, correspondant à 1586, par les enfants de Mohamed Ben-Chaïb dit « Bou-Dekhil » également orthographié « Boutkhil ». Ces derniers, contrairement aux habitants des autres ksour de la région, n’étaient pas d’origine berbère mais arabe. Ils prétendaient même (sedjira à l’appui) faire partie de la descendance du prophète Mohamed (QSSSL), par sa fille Fatima. On les appelait, dans la région « As’hab el Qasr » ou les « Bou Dekhil ».
Originaire de Zemmorah, Mohamed Bou-Dekhil vivait avec ses enfants, sa famille et ses serviteurs chez les Arbaouat, dans la région d’El Bayadh. Il y possédait beaucoup de biens dont le puits de Hassi el Abiod. Lorsqu’il maria sa fille Slamet à Sidi Cheikh, il lui fit don du puits, ce qui déplut à ses quatre autres fils qui n’hésitèrent pas à revendiquer leur part d’héritage. S’ensuit alors un long conflit entre les deux camps qui se soldera par la défaite des fils de Sidi Bou-Dekhil qui se verront forcés de prendre la fuite vers Aïn Sefra.
Installés, dans un premier temps, sous une kheima, les frères Bou-Dekhil décident de construire des maisons qu’ils entourent d’une muraille afin de se protéger des attaques des Ouled Sidi-Cheikh et des autres tribus qui leur étaient hostiles. Ils rachètent aux Beni-Amer et Ouled en Nehar les terres de l’oued Bridj, ce qui leur permet d’étendre leur droit de propriété depuis Sekhouna jusqu’à Ressaf.
Au fil du temps, d’autres tribus comme les Laghouat Ksel, Beni Snouss, Hamyan, Doui Menia, Ouled Meddah, Ouled Djerir ou Ouled el Hossein viendront s’installer au cœur de ce ksar, cohabitant ainsi avec les Ouled Sidi Bou Dekhil ou leurs descendants, les Ouled Daoudi.
Construit à plus de 1000 mètres d’altitude, entre l’oued et une longue ligne de dunes qui le séparent de Djebel Mekter, le ksar était composé de maisons grises, formant des quartiers séparés par des ruelles étroites. Au début, il était partagé en deux parties, l’une occupée par les Ouled-Daoudi et l’autre par les Ouled-Youcef, Ouled Atta et Ouled-Meddah. Ces trois dernières avaient, du reste, interdiction formelle de franchir le domaine des Ouled-Daoudi, sous peine d’être tués. Cela n’était pas sans donner naissance à un immense sentiment d’animosité qui, souvent se soldait par des échanges de tirs de coups de feu. Si environ 260 maisons étaient dénombrées en 1849, il n’en restait plus que 120 en 1950. Une soixantaine de familles était partie s’installer ailleurs, à Tlemcen notamment.

Avènement de la colonisation française

Après avoir envahi El Djazaïr en 1830, les troupes françaises étendent leur hégémonie sur d’autres régions du pays. Une progression tactique qui ne se fait pas sans effusion de sang.
Bien que le premier caïd investi par les autorités françaises, un certain Larbi Ben-Allal, ait été nommé par décision en 1861, le poste de garde d’Aïn Sefra est installé en 1882, au lendemain de l’insurrection de Bouamama afin d’avoir un œil sur une région en ébullition et contrôler cette porte du Sahara.
Dès lors, les Français entreprennent de construire la ville européenne, afin de permettre aux familles de colons désirant s’installer à Aïn Sefra de jouir du confort et des commodités.
La voie ferrée atteint Ain Sefra en 1887, permettant ainsi de rompre l’isolement. Les colons qui s’établissent à Ain Sefra travaillent dans divers domaines. Certains colons occupent des postes dans l’administration locale ou les transports, d’autres possèdent des bars, des hôtels ou des restaurants mais les plus grands commerces sont gérés par les juifs. Les autochtones travaillent, pour leur part, comme journaliers ou manœuvres à la gare ou dans les Ponts et Chaussées etc.
Parmi la population locale, quelques familles de notables musulmans possédaient des maisons mais on ne manquait pas de désigner leur quartier de résidence sous l’appellation de « village nègre » afin de bien le distinguer du quartier européen.
La population musulmane était largement minoritaire (2000), comparée aux colons et militaires français (10 000) installés à Ain Sefra mais elle tentait, tant bien que mal de maintenir un semblant de normalité dans sa vie quotidienne et ce, en dépit des nombreuses injustices auxquelles elle faisait face au quotidien. D’ailleurs, cela ne fera qu’agrandir le hiatus séparant les deux communautés et ce, jusqu’au déclenchement de la guerre de libération nationale.

Hassina Amrouni
 
Sources :
https://www.reflexiondz.net/UNE-VILLE-UNE-HISTOIRE-Ain-Sefra-le-bastion-...
Aperçu historique sur Ain Sefra par Hadj Ahmed Derdour
*Divers articles de presse

DOSSIER

Le monde progressiste aux côtés des Algériens

Soutien des pays asiatiques et européens à la Révolution algérienne

GUERRE DE LIBERATION

L’engagement et le sacrifice intégral pour la patrie

Mourad BOUKECHOURA - Membre de L’Organisation Spéciale O.S

MOUVEMENT NATIONAL
FIGURES HISTORIQUES

LA PLUME ET LE FUSIL AU MAQUIS

Mohamed LEMKAMI alias Si ABBAS

CONTRIBUTION