Iguersafène, le village des 99 martyrs

Par Hassina AMROUNI
Publié le 05 avr 2018
Il y a soixante ans, le village d’Iguersafène, village du chef-lieu de la commune d’Idjeur, daïra de Bouzeguène à quelque 70 kilomètres à l’extrême Est du chef-lieu de wilaya de Tizi-Ouzou, subissait la barbarie de l’occupant colonial.

Dès le déclenchement de notre glorieuse révolution, ce petit village, niché au cœur du massif forestier des montagnes de l’Akfadou, est devenu l’un des exemples de l’engagement aux côtés des combattants de l’ALN.
Les habitants de ce petit hameau qui comptait, à l’époque quelque 800 habitants, vivaient en effet, depuis l’arrivée des Français, dans le dénuement le plus total. Outre la rudesse de la nature, ils étaient également soumis à l’injustice de l’administration coloniale. Aussi, au lendemain du 1er novembre 1954, 350 villageois montent au maquis, ralliant ainsi les rangs de l’Armée de libération nationale. Les autres se mettront au service de la révolution, à laquelle ils apporteront une aide logistique, nécessaire pour ne pas dire souvent salutaire.
Outre l’approvisionnement en denrées alimentaires et en effets documentaires, les habitants du village d’Iguersafène accueillaient régulièrement dans leurs modestes masures les moudjahidine auxquels ils offraient le gîte, le couvert et la protection.
Tous les villageois étaient des « moussabiline », tant chacun accomplissait son rôle envers le pays, en y apportant sa modeste mais valeureuse et ô combien courageuse contribution.
Malheureusement, des traîtres trahiront le serment de novembre pour servir la cause coloniale. Tout au long de la guerre de libération, ces harkis fourniront à la France des informations sur les moudjahidine et leur soutien.
Le village d’Iguersafène sera ainsi trahi par ces félons. L’armée française est informée, en effet, de l’engagement des villageois envers l’ALN, aussi, ils n’hésitent pas à déployer les gros moyens pour engager des représailles envers les pauvres villageois.

Arrestations et torture

4 décembre 1957. Débarquant dans le village lourdement armés, les soldats français investissent toutes les maisons, saccageant tout sur leur passage, bousculant femmes et enfants et arrêtant des dizaines de villageois. Embarqués manu militari à bord de camions, ils sont dirigés vers des camps de concentration ou des prisons, notamment celle de Berrouaguia où ils subissent les pires actes de torture. Parmi les militants nationalistes arrêtés lors de ces opérations de représailles, un certain Akli Mohand Ameziane.
Durant plusieurs jours, le village d’Iguersafène est encerclé par les éléments de l’armée française. Les villageois sont terrorisés par toute cette violence déployée par l’occupant colonial qui ne ménage ni les vieux ni les femmes et encore moins les petits. Pire encore, avant de quitter les lieux, ils mettent le feu aux habitations et, à coups de mortier bombardent tous les recoins du village.
Rien n’a pas été épargné. Ni maisons, ni bétails, ni récoltes. Iguersafène n’est plus qu’un tas de gravats.
La mort dans l’âme, nombreux sont ceux qui choisissent l’exil vers les localités environnantes. En attendant, sans doute, des jours meilleurs.
Cependant, le combat pour eux n’est pas fini et poursuivre leur engagement envers la révolution ne souffre aucun doute.
Le village d’Iguersafène deviendra connu pour avoir offert à l’Algérie 99 de ses meilleurs enfants. 99 martyrs, tous sacrifiés sur l’autel de la liberté. Parmi eux, neuf demeurent des martyrs sans sépulture.

Cimetière des martyrs et musée de la révolution

Au lendemain de l’indépendance, et pour que le passé et la mémoire révolutionnaires de ce village soient transmis aux générations futures, un musée a été aménagé au niveau du cimetière des martyrs d’Iguersafène. Une stèle sur laquelle ont été gravés, en lettres d’or, les noms des 99 chouhada a été érigée sur un espace vert de 1000m2 avec dalles bétonnées et arrosé par un jet d’eau. Quant au musée, il possède trois salles fournies en documents, archives historiques et livres consacrés à la guerre d’Algérie. Des photos de chouhada et de moudjahidine permettent de mettre un visage sur ceux dont le sacrifice ne sera jamais vain.
Certains parmi les moussabiline, encore vivants aujourd’hui, dont Saïd et Mohand Raab, Amar et Mohand Kassouri mais aussi les moudjahidate Amrane Zahra et Ouardia, continuent à maintenir vivace cette mémoire, un geste contre l’oubli, salué par toute la génération postindépendance.

Iguersafène après l’indépendance

Il a fallu attendre 1969 pour que le village soit reconstruit par une mission humanitaire danoise. Depuis, les villageois, jaloux de leur passé et de leur village, œuvrent à en faire un modèle d’engagement, de vivre ensemble et de bien-vivre surtout. Il faut savoir, en effet, qu’Iguersafène a été classé en 2014, village le plus propre de Kabylie, servant ainsi d’exemple voire de référence pour les villages et localités environnants. Tout cela grâce au comité de village et à l’association écologique Alma qui ne cessent d’œuvrer à la sensibilisation des villageois au combat écologique. Un défi relevé haut la main.

Hassina Amrouni
Sources :
https://lebouzeguenepost.com/iguersafene-le-village-au-99-martyrs-au-coe...

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