Un officier au courage incomparable
Le chahid, commandant de l'ALN, Mahmoud Bachène

Par La Rédaction
Publié le 02 avr 2018
Comme beaucoup de villes d'Algérie, Médéa se distingue par le grand nombre de martyrs dont les rues portent les noms « frères ou fils de . . . ». Nous pouvons lire sur l'une d'elles Rue des fils Bachène. Ils étaient une vingtaine à s'engager dans la lutte de libération mais quatorze d'entre eux ne connurent pas les joies de l'indépendance. ils se sacrifiés les armes à la main. L'un deux deviendra commandant de l'ALN. Il a gagné héroïquement ses galons d'officier. Ses trois frères et son père moururent aussi dans cette longuet coûteuse lutte de libération nationale. Les neufs autres sont ses cousins et oncles. Mourir dans la dignité était le vceu de toute cette grande famille.
Mahmoud Bachène
1- Mahmoud Bachène. 2- Hamid Bachène. 3- Abderrahmane Bachène (le père). 4- Bachir Bachène. 5-Hamidi Bachène.
Colonel Si M'hamed Bougara entouré de djounoud à Chréa. 1- Si Toufik. 2- Bachir Baba Ali. 3- Ben Rekia Mustapha. 4- Mahmoud Bachène. 5- Mustapha Houari. 6- Ghbalou Ahmed. 7- Colonel M'hamed Bougara. 8- Kalache Mohamed. 9- Boualem Oussedik.  10- Benyoucef Boudissa . 11- Tayeb Djoughlali.
Commandant Mahmoud Bachène
Commandant Mahmoud Bachène 2e à droite et ses djounoud
Mahmoud Euldji Chami devant  un avion de l'armée coloniale abattu
A droite, Mahmoud Bachène avec Abidi Osmane dit Si Okba
Mausolée des Chouhada de Médéa où sont enterrés Tayeb Djoughlali et ses compagnons
Redouane Bachène, fils de Mahmoud avec Said Abadou

Au bout des quelques années, il est contraint de quitter l'école, obligé d'aider son père dans ses travaux de maçonnerie. Se produisent alors les événements du 8 mai 1945 avec leurs lots de répressions violentes, d'exactions, d'arrestations et de déportations. A 17 ans, il comprend ce que sont le colonialisme et ses méfaits. Il fait preuve d'une grande maturité politique et il est dit que seules la force et la violence constitueraient la réponse aux tueries du colonialisme. Il est, au même titre que toute sa famille, révolté par ce qui s'est passé à Sétif, Guelma, Kherrata. . .
Survient alors l'appel du 1er novembre 1954 qui va renforcer sa détermination pour la lutte contre le colonialisme. Dès 1955, il passe à l'action en préparant dans la clandestinité la constitution des premiers maquis. Aidé de quelques militants, tous s'affairaient à préparer vivres, armes, refuges, avant de passer à l'action.
ll était très motivé et voyait que la majorité des Algériens vivait dans une précarité insupportable. Il savait que le colonialisme était un système oppresseur, que la colonisation s'était développée au fur et à mesure que le peuple se soulevait et se révoltait, que toutes les belles terres, propriétés des Algériens, confisquées, que le peuple était dépendant, davantage soumis, que l'instruction, la santé lui étaient refusées et que le travail était pénible et mal payé. C'était le cycle infernal du colonialisme qui empêchait de réclamer les droits les plus élémentaires
L'appel du 1er Novembre a donc provoqué dans toute la population indigène une prise de conscience irréversible, celle de rejoindre les rangs de la lutte. C'est ce qu'avait décidé Mahmoud Bachène autant que ses frères, son père ses cousins et ses oncles.
La police française est aux aguets. Elle est informée de l’action que mène Mahmoud et s'est mise à sa recherche. Les arrestations s'ensuivirent, la torture aussi mais rien n'y fit. Tous les Bachène en âge de prendre part à la lutte ont rejoint le maquis.
Mahmoud est déjà un grand responsable politique et militaire en zone 2, de la wilaya IV. Les maquis dans cette wilaya sont déjà très actifs. Les massifs montagneux s'y prêtent pour accueillir un grand nombre de jeunes hommes et femmes de Médéa ou des environs et même d'Alger. Survient l'appel de l'UGEMA du 19 mai 1956. Boudissa Benyoucef étudiant devenu responsable politique dans le secteur, tient une réunion secrète avec quelques élèves du lycée Bencheneb en présence de Mahmoud Bachène.
Ce dernier les prend en charge et les conduira au maquis par groupe de cinq à chaque fois. En juillet 1956, le docteur lsmaïl
Bouderba, médecin algérois, installé à Médéa, reçoit Khatib Youcef Hassan en son cabinet pour le former rapidement à soigner les blessés.
En août 1956, c'est Mahmoud Bachène qui le conduira vers la première infirmerie de fortune installée à Tamesguida. Il organise plusieurs embuscades et participera à de nombreux accrochages et grâce à ses qualités de stratège, il saura éviter le pire à lui-même et aux hommes qui le secondaient, mettant à chaque fois en échec l'armée ennemie.
Comme commissaire politique, il prend part aux travaux du service presse aux côtés de Boualem Oussedik, Ahmed Zemirtine, Abdelkrim Fekhar qui survécurent à la guerre et avaient la chance de vivre l’indépendance du pays. Hadi Hamdi Ahmed Arslane, leur compagnon, tombera, quant à lui, au champ d'honneur.
L'année 1958 va être très difficile pour le FLN et l'ALN de l'intérieur du pays. Les membres du CCE avaient quitté la capitale pour échapper aux arrestations et éviter le même sort que celui de Larbi Ben M'hidi. L'organisation FLN démantelée en 1957 se reconstituait péniblement. Les armes ne parvenaient pas aux djounoud des wilayas de l'intérieur. Les colonels décident alors de se réunir pour débattre des difficultés ainsi que des solutions à apporter en commun. La réunion se tint à Ouled Askeur près de Taher en Wilaya II, du 6 au 12 décembre 1958. Ce fut une période cruciale de la lutte armée, surtout depuis quelques semaines avec l'arrivée de de Gaulle au pouvoir en France, qui avait décidé d'en découdre avec la « rébellion » et obtenir « la paix des braves », c'est-à-dire une reddition sans conditions pour solutionner le problème algériens à sa guise.
A cette réunion assistaient :
- le colonel Hadj Lakhdar pour la Wilaya I
- le colonel Amirouche pour la Wilaya III
- le colonel M'hamed Bougara pour la Wilaya IV
- le colonel Si El Haoues pour la Wilaya VI.
Le colonel de la Wilaya V ne put s'y rendre vu l'éloignement (il lui fallait traverser toute l'Algérie d'ouest en est), aussi la wilaya V, il faut le dire, dépendait du COM (Commandement opérationnel militaire) qui avait à sa tête Houari Boumediene dont les rapports avec l’intérieur devenaient difficiles. Par ailleurs, le colonel Ali Kafi, chef de la Wilaya II n'accepta pas de participer (n'étant pas d'accord avec les résultats politiques du Congrès de la Soummam d'août 1956) mais déléguera l'un de ses adjoints en la personne de Lamine Khan pour s'enquérir des résultats de cette réunion.
Les colonels réclamèrent avec force et en urgence l'aide de l'extérieur. La Wilaya IV envoya deux compagnies de djounoud (plus de 200 hommes) avec armes et bagages à la wilaya VI. Le colonel si M'hamed offrit au colonel Si El-Haoues son arme personnelle, cependant que ce dernier, en retour, lui fait don d'un emblème national.
Aussi le Congrès de la Soummam avait fait du Sud algérien, c'est-à-dire d'un très vaste territoire, une wilaya dont le responsables était le colonel si EI-Haoues. C’était la Wilaya VI qui souffrait aussi d'un manque cruel en hommes et en matériels de guerre. Si M'hamed Bougara, chef de la Wilaya fit savoir à Si El-Haoues qu'il lui affectait deux de ses meilleurs éléments (stratèges et politiques), en l'occurrence le commandant Bougacemi dit Tayeb El Djoughlali et le commandant Mahmoud Bachène, son adjoint avec un groupe de djounoud (une dizaine) ayant déjà fait leurs preuves sur le terrain du combat.
Mahmoud Bachène était en effet un fin stratège, un homme fortement engagé dans la lutte, animé d'un esprit de fraternité sans limites, c'est ce que disait l'ensemble des djounoud qui ont eu à l'approcher. Ce témoignage est aujourd'hui confirmé par le colonel Hassan Youcef Khatib, autant que par le commandant Lakhdar Bouragaâ et de si Belkacem Benhenni, tous responsables en Wilaya IV à l'époque.
Cette wilaya avait souffert des infiltrations opérées par l'armée française qui avait formé des traîtres déguisés en combattants de l'ALN comme les Bellounistes ou même encouragé des dissidents sans foi patriotique à se mettre à son service. il fallait pour la France diviser pour régner, utilisant en la circonstance la ruse de guerre pour affaiblir l'adversaire et tenter d'avoir raison de lui.
C'est ainsi que le 27 juillet 1959 les commandants Bougacemi et Bachène et les djounoud qui les accompagnaient décident de faire une halte pour effectuer une sieste dans une grotte entre Boussaâda et M'sila avant la longue marche nocturne qui les attendait. Une halte fatale qui coûta la vie (source d'information PCEMG/ouest ) à tout le groupe de combattants. Mahmoud Bachène fut enterré non loin de là. Le reste du groupe repose aujourd’hui au cimetière des martyrs, à quelques encablures de Médéa.
La famille Bachène souhaite que les restes de Si Mahmoud soient enterrés aux côtés de ses frères de combat et ont insisté pour que cette décision soit prise par les autorités compétentes.
Le sacrifice n'a pas été vain, l'Algérie est aujourd'hui indépendante comme le voulaient des centaines de milliers comme Mahmoud Bachène. Les hommes d'exception ne meurent pas. Sa mémoire a été honorée puisqu'une promotion d'élèves du Darak ElWatani porte son nom.

Skender Mahmoud Tewfik
(Avocat à Médéa)

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