Qui a tué le colonel Tayeb Djoughlali ?

Par Fateh Adli
Publié le 01 avr 2018
Le parcours et le sort mystérieux et tragique de Tayeb Djoughlali résument toute la confusion qui régna dans la Wilaya VI depuis le début de la lutte armée. Comme tous ses prédécesseurs, Tayeb Djoughlali n’est pas issu des régions du Sud, ni n’a gravé ses échelons dans les structure de cette wilaya. C’est plutôt dans la Wilaya IV (Algérois et Ouarsenis) qu’il a fait ses premières armes et assumé ses premières missions de responsabilité.
Colonel Si Tayeb Djoughlali
 Commandant Si Mahmoud Bachène
Etat-Major de la WilayaIV. PC Ouled Wahid. Février 1957. 1- Si M'hamed Bouguerra. 2- Capitaine Tayeb Djoughlali, chef Zone II. 3- Mahieddine Benzemirli. 4-Ahmed Arselane.  5- Mahmoud Bachène, lieutenant adjoint, chef de zone. 6- Tayeb Oussedik, commandant adjoint de la Wilaya IV.  7- Boudissa, lieutenant Zone II. 8- Rachid Kebaili, lieutenant Zone II.
Mohamed Saïki, capitaine de l'ALN (en médaillon) discutant avec  un colonel français, août 1962 à Rocher Noir, Boumerdès

Cet ancien compagnon du chahid Souidani Boudjemaa, un des précurseur de la lutte armée dans l’ex-zone IV, fut d’abord désigné responsable de la zone II de cette wilaya, puis connut une ascension fulgurante, puisqu’il sera promu au grade de commandant en 1957, avant d’être nommé chef de Wilaya VI, à la mort de Si El-Haouès en mars 1959, avec le grade de colonel.
En 1958, il s’est rendu en Tunisie pour y demeurer quatre mois. C’est durant ce séjour qu’il fut promu au grade de colonel pour devenir le nouveau commandant de la Wilaya VI, succédant ainsi au colonel Si El Haoues à ce poste. Choisi par le commandement de la révolution pour ses qualités de fin stratège, mais aussi et surtout pour sa parfaite connaissance du vaste territoire du Sud, Si Tayeb Djoughlali s’apprêtait à prendre ses nouvelles fonctions en se dirigeant vers le PC de wilaya, quand il tomba, le 29 juillet 1959, dans une embuscade tendue par l’armée ennemie – selon la version officielle – dans la région de Had S'hari, dans l'actuelle wilaya de Djelfa, plus précisément dans le Djebel Gaâgaâ. Il y trouva la mort, en compagnie de treize combattants, parmi lesquels on cite le commandant Si Mahmoud Bachène.
Son règne à la tête de la Wilaya VI est considéré comme le plus court de toute l’histoire de la Révolution. C’est pourquoi, d’ailleurs, son nom est très peu cité par les historiens, alors qu’il a eu à assumer une des missions les plus difficiles et les plus périlleuses dans cette région aux confins des Wilayas IV et VI, et où les mouvements de sédition étaient les plus fréquents et les plus intenses. Une situation qui sera, plus tard, aggravée par l’affaire dite de « la paix des braves » signée par les chefs de l’état-major de la Wilaya IV, auquel Si Tayeb Djoughlali demeurait attaché, avec les autorités politiques françaises.    
Si les circonstances de la mort du successeur de Si El-Haoues sont connues, plusieurs versions avancent qu’il a été plutôt victime d’un «complot». Ainsi, d’après les partisans de cette hypothèse et aussi des témoignages crédibles d’anciens officiers de l’ALN, Si Tayeb Djoughlali s’est vite heurté, après sa nomination à la tête de la Wilaya VI en avril 1959, à des réserves plus ou moins affichées des quatre chefs de zone de cette wilaya du Sud, à savoir : Ali Ben Messaoud, Slimani Lakehel, Mohamed Belkadi et Mohamed Chaabani. Ne pouvant pas poursuivre sa tâche face à l’hostilité de ses officiers, Si Tayeb aurait vite fait d’alerter la direction de la Révolution à l’extérieur, en envoyant des messages radio à partir de la wilaya I, demandant la mise à l’écart des quatre responsables indélicats et leur remplacement par d’autres officiers dont il aurait proposé les noms. C’est ainsi que ces derniers, découvrant le pot aux roses, auraient décidé de l’éliminer dans cette embuscade attribuée par certains à l’armée coloniale.   
Le capitaine de l’ALN, Mohamed Saiki, dans ses mémoires, adhère à cette thèse, en estimant que le colonel Djoughlali a été victime d’une «terrible machination» qui a été fomentée par les quatre chefs de zone sus-cités. Il dit que le colonel avait désigné près une quinzaine d’officiers et de cadres pour renforcer l’encadrement de certaines zones de sa wilaya, citant le capitaine Mohamed Bachel, Khaled Mekkaoui et Mokhtar Ben Badoui. « Mais l’obsession du pouvoir, écrit le moudjahid, a obnubilé ces responsables de zone, au point de décider d’éliminer tous ces cadres nouvellement nommés, en tête desquels le colonel Tayeb Djoughlali lui-même… ».
De son côté, El-Hadi Derouaz, dans une biographie du colonel Mohamed Chaabani (éditée en arabe), donne une autre lecture de cette affaire, à l’opposé de la première. Pour lui, deux facteurs principaux ont précipité la fin de Si Tayeb Djoughlali. Il y a d’abord, selon l’auteur, un «manque de discipline et de fermeté» visible chez le nouveau colonel de la Wilaya VI, et même une certaine légèreté dans son comportement quotidien et dans sa façon de s’habiller, ce qui aurait fait que son image de chef s’est peu à peu ternie aux yeux de ses subordonnés. L’autre facteur, selon ce témoignage, c’est l’apparition de velléités de sédition grave dans la Wilaya IV et d’un plan de déstabilisation visant à «compromettre» ses chefs, dans la perspective, explique-t-il, de la signature de « la paix des braves » avec le général de Gaulle. Selon l’auteur, Si Tayeb Djoughlali fait partie de ces chefs «compromis» ; ce qui a exigé l’intervention des autres responsables pour « mettre un terme » au complot, en procédant à la liquidation du chef.   
  La thèse d’une élimination par les frères d’armes est corroborée par Mohamed Teguia dans son ouvrage-référence : L’Armée de libération nationale en Wilaya IV. Cet ancien officier de l’ALN témoigne que la nomination du colonel Djoughlali était dès le départ rejetée par les principaux chefs de zones de la Wilaya IV, qui lui reprochaient essentiellement de ne pas être issu de leurs rangs.
Enfin, ce qui accrédite cette thèse de « complot interne », c’est qu’après la mort de Tayeb Djoughlali, l’état-major de la Wilaya IV, qui était la tutelle traditionnelle des régions du Sud, décide de dissoudre une nouvelle fois la Wilaya VI, de répartir son territoire entre les wilayas I, IV et V, et surtout de condamner et d’exécuter, sur ordre du colonel Salah Zaamoum, les deux principaux instigateurs de l’assassinat du colonel Djoughlali, à savoir : Ben Messaoud et Belkadi. L’exécution eut lieu le 17 décembre 1959. Une nouvelle page se tourne dans le sang.
Fath Adli

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