La fin tragique de ses chefs
La Wilaya VI historique

Par Fateh Adli
Publié le 01 avr 2018
Peu connue, car moins médiatisée qu’ailleurs, la lutte armée pour la libération de l’Algérie dans les régions du sud du pays a joué des rôles parfois décisifs dans l’histoire de la Révolution du 1er novembre 1954. Redoutée à la fois pour ses conditions climatiques hostiles et les difficultés de communication et d’organisation qui le caractérisent, le Sud algérien a de tout temps été un casse-tête pour les dirigeants qui n’ont, malgré tout, jamais cédé à la tentation de l’abandonner.
Si Tayeb Djoughlali
Dépouilles des colonels Amirouche et Si El Houes, tombés au champ d'honneur dans la célèbre bataille de Djebel Thameur, le 29 mars 1959
Colonel Mohamed Chabani
A droite : Bellounis, discutant avec des officiers de l’armée française
Ahmed Ben Bella

Signe d’instabilité chronique de la Wilaya VI, tous ses chefs successifs ont connu un sort tragique. A commencer par le colonel Ali Mellah, premier chef à avoir dirigé cette région. Désigné au congrès de la Soummam du 20 août en 1956, à la tête de la Wilaya VI qui venait d’être créée, ce vieux compagnon d’Amar Ouamrane, originaire de Kabylie, fut chargé de la double et périlleuse tâche d’y implanter les structures de l’ALN et de pourchasser les groupes messalistes qui avaient infesté de vastes contres de la région du Sud. Il a même engagé tout un travail de coordination avec les wilayas limitrophes. Mais, à moins d’une année de son arrivée, il fut trahi, selon la version la plus répandue, par un de ses hommes, un certain Amor dit « Erroudji ».
Après la mort d’Ali Mellah, la région du Sud replonge dans le désordre, puis bientôt dans l’inertie. Mais la désignation à sa place d’Ahmed Ben Abderrazk Hamouda, dit Si El-Houes, lui redonna vite son aura et la propulsa au premier rang du combat libérateur. Originaire des Aurès, Si El-Houes connaissait déjà bien la région pour y avoir été affecté par le commandement de la Wilaya I dès 1956, pour structurer les villages et les villes et combattre notamment le tribalisme qui faisait alors rage. Sensible, lui aussi, à l’action de coordination avec les autres wilayas, il assista à la célèbre réunion des colonels d’Oued Asker, en décembre 1958, pour examiner la situation générale de la lutte armée. Chargé avec le chef de la Wilaya III, le colonel Amirouche, de se rendre en Tunisie pour transmettre les doléances des chefs de maquis à la direction de l’extérieur, il tomba au champ d’honneur, en même temps que son compagnon, dans la célèbre bataille de Djebel Tameur, le 29 mars 1959, à la suite d’une embuscade qui leur fut tendue par l’ennemi qui mobilisa ce jour-là une armada de soldats, et qui a aussi coûté la vie à quelque 70 hommes qui accompagnaient les deux dirigeants en partance pour la Tunisie.
Moins connu que Si El-Houes, son successeur «virtuel» Si Tayeb Djoughlali a hérité d’une wilaya plongé dans le chaos, alors que l’armée ennemie resserrait l’étau sur les maquis de toutes les wilayas limitrophes. Le chaos était d’ailleurs tel que cette wilaya fut un moment dissoute et rattachée aux Wilayas I et IV. Moudjahid de la première heure, et originaire du Titteri relevant de la Wilaya IV, Tayeb Djoughlali fut chargé par le colonel M’hammed Bouguerra de réorganiser la Wilaya VI et de traquer les troupes de Bellounis, conduites par le tristement célèbre félon Bensaïdi qui mena la vie dure aux combattants de l’ALN dans les confins sud de la Wilaya IV.
 Si Tayeb Djoughlali tombera au champ d’honneur sur la route le menant à la Wilaya VI, le 29 juillet 1959, lors d’une embuscade qui lui a été tendue près de Djebel Gaaga, non loin de Bou-Sâada. De retour de Tunisie, où il venait d’être officiellement nommé à la tête de la Wilaya VI, Si Tayeb est passé d’abord par la Wilaya IV pour se préparer à rejoindre le lieu de sa nouvelle affectation. Ainsi, le nouveau commandant de la wilaya du Sud a été tué avant même de prendre ses nouvelles fonctions. Une autre version évoque la thèse de complot qui aurait été fomenté par un chef de zone, le capitaine Ali Ben Messaoud, ancien membre du MNA de Messali Hadj. Cette version précise que la nomination de Tayeb Djoughlali à la tête de la Wilaya VI était, en tout cas, mal accueillie par les quatre chefs de zone. Ce qui ne pouvait que lui compliquer la tâche.
Dernier chef de la Wilaya VI, le colonel Mohamed Chabani, le plus jeunes des colonels de la révolution algérienne. Engagé très jeune auprès de Si El-Houes, tous deux natifs de Biskra, il devient en 1958 chef de la zone III de la Wilaya VI, puis, en juillet 1959, il succède à son chef, trois mois après la mort de celui-ci. A l’indépendance du pays, il fait dissidence au gouvernement d’Ahmed Ben Bella, et s’organise en opposition armée, en même temps que plusieurs anciens chefs de la révolution dans d’autres régions du pays. Ben Bella l’accuse alors de complot contre l’Etat et le FLN et, plus grave encore, de tentative de sécession du sud algérien et son pétrole.
 Au bout de quelques mois de résistance, le colonel Chabani est arrêté le 8 juillet 1964 dans la région de Bou-Saada, et détenu dans la prison militaire d'Oran, où une cour martiale a été spécialement mise sur pied par Ben Bella, pour le juger et le condamner à mort un mois plus tard. Il sera exécuté le 3 septembre 1964, alors qu’il était âgé de 30 ans.

Adel Fathi

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