L’aventure du colonel Ali Mellah

Par Fateh Adli
Publié le 01 avr 2018
La Wilaya VI historique a très tôt connu des turbulences et des querelles intestines qui ont obligé les chefs de la Révolution à la mettre, à maintes reprises, sous tutelle des commandants issus d’autres wilayas. Ce qui favorisera les dissidences qui, parfois, tournent au vinaigre, comme c’est le cas du mouvement conduit par Chérif Bensaïd dès 1957, le tombeur d’Ali Mellah.
Le harki Chérif Bensaïd
Ali Mellah
A gauche : le colonel Ali Mellah, Boumahdi et le commandant Omar Oussedik
Si M’hamed Bouguerra en compagnie de moudjahidine de la Wilaya IV

Au lendemain du congrès de la Soummam, le CCE désigna le colonel Ali Mellah pour diriger la Wilaya VI (Sud), qui était encore sans chef et en butte aux incursions du MNA qui s’était bien implanté dans les régions des Hauts-Plateaux depuis le déclenchement de la lutte armée,
Natif de Mkira dans la wilaya de Tizi Ouzou en 1924, Ali Mellah adhéra jeune au mouvement national et prit part, en tant que militant de l’OS, au congrès du MTLD de 1947 tenue à Blida. A partir de 1952, le futur responsable de la Wilaya VI devint successivement chef des régions des Ouadhias, Sidi Naâmane, Tigzirt et Azazga, où il participa au déclenchement de la guerre de Libération nationale. Chargé en 1956 de préparer les assises de la Soummam, il fut contraint, alors qu’il était en route vers Ifri, de rebrousser chemin, à cause d’une urgence qui lui avait été signalé dans sa région. Il était, déjà à l’époque, chargé d’implanter les maquis de l’ALN dans les régions du Sud du pays, et de contrecarrer les groupes MNA qui les avaient investies. Ce qui l’empêcha d’assister au congrès. Il chargea alors son compagnon de route, Amar Ouamrane, de lire son rapport, à sa place.   
Au terme du congrès, Mellah fut officiellement désigné colonel de la Wilaya VI. Conscient des enjeux et des difficultés qui caractérisent cette région, il engagea un grand travail de coordination avec les wilayas limitrophes, dont la porosité posait un sérieux problème pour l’implantation de l’ALN.
A la tête d’une des deux zones du nord de cette wilaya, il y avait Amor « Erroudji », un compagnon d’Ali Mellah, originaire de Kabylie, secondé par l’incontournable Chérif Bensaïd. En décembre 1956, les dirigeants de ces zones limitrophes avec la Wilaya IV (l’Algérois), ont été chargés d’encadrer une unité de 300 hommes armés, et de se diriger vers le Sud en vue d’assiéger l’armée du « général » autoproclamé Bellounis. Mais ce dernier évita l’affrontement. En cours de route, les combattants de l’ALN furent confrontés aux troupes de l’armée française au nord de Djelfa, où ils subirent de grosses pertes, des dizaines de morts et de prisonniers. Ce jour-là Chérif Bensaïd et Amar « Erroudji » s’accrochèrent, chacun rejetant sur l’autre la responsabilité de cette déroute. Ce fut alors la rupture entre les deux hommes que tout opposait.
Cet incident n’était en fait que la goutte qui fit déborder le vase et qui accélérera la dissidence au niveau de la Wilaya VI. En mars 1957, un convoi sous le commandement du colonel Ali Mellah, Mustapha Ben Ammar et Chérif Bensaïd, se dirigea vers les frontières ouest pour récupérer des lots d’armes. Sur leur chemin, le groupe de combattants s’accrocha avec une unité de l’armée française à Djebel Nadhor, aux portes de la Wilaya V (l’Oranie). Mystérieusement, Chérif Bensaïd décida, seul, de ne pas rattraper son groupe. Ali Mellah lui envoya un agent de liaison pour le sommer de les rejoindre, et le menaçant même, selon certaines sources, d’une condamnation à mort s’il refusait d’obéir. Mais celui-ci s’obstina dans sa rébellion contre l’autorité de la Wilaya VI.  
Le 31 mars 1957, le commandant de Wilaya Ali Mellah, accompagné de son secrétaire et de son agent de liaison furent surpris tôt le matin, dans les environs de Derrag
(actuellement wilaya de Médéa),
par les «rebelles» dirigé par Chérif Bensaïd. Les trois furent sauvagement assassinés. Alors, commença une impitoyable guerre de vengeance entre les deux camps. Le bras droit d’Ali Mellah, Amor « Erroudji » s’en prendra aux hommes de Bensaïd à Ksar El-Boukhari (zone II) et en tua un certain nombre. Quelques jours plus tard, les
« rebelles » élimineront, à leur tour, « Erroudji » et tous ses fidèles qui restaient encore vivants.
Après la mort d’Ali Mellah, les dirigeants de la Wilaya IV, à leur tête le colonel M’hammed Bouguerra, tenteront de reprendre les choses en main dans cette wilaya du Sud qui devenait incontrôlable. Il eut l’initiative d’annexer les deux zones restées dissidentes (la I et la II) à la wilaya qu’il dirigeait, pour mieux les maitriser. Il confia alors la mission à un nouveau conseil de zone chargé de rétablir la confiance entre le FLN et la population dans cette région. Il chargera en parallèle le commando Ali Khodja de resserrer l’étau sur le groupe des dissidents.
Ces mesures ne furent pas du goût du CCE qui les considéra comme une immixtion dans ses prérogatives. La direction de l’Extérieur s’empressa alors de désigner Ahmed Ben Abderazzak dit Si El-Houes, à la tête de la wilaya VI.   
Lors de cet intermède, le commandant Mira, de la Wilaya III, fut affecté par le commandement de la révolution dans les régions du Sud, avec pour mission d’apporter le soutien aux hommes du colonel Ali Mellah, chef de la Wilaya VI, qui venait d’être assassiné, et pour repousser en même temps les groupes messalistes du MNA qui s’étaient renforcés dans certaines régions limitrophes.

Adel Fathi

FIGURES HISTORIQUES

Un officier au courage incomparable

Le chahid, commandant de l'ALN, Mahmoud Bachène

GRANDES DATES

L’HISTOIRE DE LA TRAGEDIE NUCLEAIRE COLONIALE EN ALGERIE

58e Anniversaire des essais nucléaires coloniaux

MEMOIRE
MOUVEMENT NATIONAL

L'émouvant récit d'un combattant

Le moudjahid Miraoui Mohamed dit Abdellah Chafaï

UNE VILLE, UNE HISTOIRE