Quand le drapeau algérien est exhibé à Paris

Par Hassina AMROUNI
Publié le 02 avr 2018
1958. La guerre d’Algérie bat son plein. Villes, villages et hameaux du pays vivent depuis déjà quatre longues années dans une terreur sans fin. Mais de l’autre côté de la Méditerranée, la vie suit son cours.
Défilé du 14 Juillet 1958
Le jeune Mohamed Tidjani
Une coupure de presse de l'époque  relatant le fait
La délégation algérienne au festival mondial de la jeunesse, à Moscou, août 1957
En ce 14 juillet, des milliers de Français sont amassés aux abords du boulevard des Champs-Elysées à Paris, pour assister au défilé des troupes françaises. Les plus hautes autorités civiles et militaires françaises sont également là, assises aux premières loges pour suivre les festivités. Des milliers d’Algériens – 4000, plus précisément – y participent également. En fait, c’est le  5e bureau de l’armée française, chargé de l’action psychologique et dirigé par le colonel Godard, qui les a réunis, dans le but de montrer à l’opinion internationale l’image de « la fraternisation » entre les deux peuples. Un vaste programme est préparé pour l’occasion comprenant un défilé militaire de tous les corps d’armée, dont celui de l’Armée d’Afrique, avec les tirailleurs algériens, sénégalais, les harkis, celui de la jeunesse et aussi des notables représentant les colonies. De la tribune officielle où se trouvent de Gaulle et ses nombreux invités, le spectacle est plaisant avec cette fanfare qui, la première, ouvre la procession des troupes, sous le soleil assommant du mois de juillet. Même dans le ciel, les patrouilles de l’aviation de France exécutent des figures périlleuses, laissant derrière leur passage une trainée de fumée tricolore. Les nombreux badauds applaudissent au passage des convois, quand arrive le tour des 4000 Algériens de défiler. Pour les Français, c’est un grand moment car il fallait absolument montrer au reste du monde que les Algériens étaient du côté de la « mère patrie », eux qui ont déjà perdu la face, en avril 1955, lors de la conférence de Bandung où la cause algérienne avait été internationalisée par la délégation du FLN. Donc à travers cette exhibition fallacieuse, les autorités françaises espéraient que les sympathisants de la cause du peuple algérien parmi les grands dirigeants du monde de l’époque, notamment le sénateur Kennedy, les pays d’Europe de l’Est, les pays non alignés ou les pays arabes, changeraient d’avis sur cette guerre. Grand coup de théâtreLorsque le convoi algérien arrive devant la tribune officielle, un jeune (ou plusieurs, selon d’autres sources) sort des rangs et s’approche, en brandissant le drapeau algérien ! Le drapeau algérien vient d’être exhibé pour la première fois au défilé des Champs-Elysées.Ce coup de théâtre était loin d’être prévu, ni même attendu. C’est une gifle, pire, un terrible affront pour la France. Dans la tribune officielle, la gêne est perceptible, les visages se congestionnent, se défont. On ne sait plus que faire, que dire. Bien sûr, le service d’ordre s’empresse de mettre la main sur ce jeune « voyou », cet « égaré ». Le courageux jeune homme est emmené loin de la foule pour subir ce que les milliers d’autres Algériens subissent lorsqu’ils sont arrêtés par les services français : les vexations, voire la torture. Alors que des agents commencent à le malmener, un haut responsable de la Croix-Rouge internationale intervient pour convaincre les agents de ne pas le maltraiter.A la Une de la presse du lendemainLe lendemain, ce fait, gravissime pour les uns et héroïque pour les autres, fait la Une de la presse qui donne plus de détails sur l’identité du jeune homme. Il s’appelle Mohamed Tidjini et il est âgé de 17 ans (il est né à Belcourt, en 1941). Les services français qui détenaient le jeune Tidjini depuis la veille dans leurs geôles n’avaient, désormais, pas d’autre choix que de le relâcher. C’est ce qu’ils feront quelques jours plus tard. Une fois libre, Mohamed Tidjini décide de quitter Alger par peur d’être repris et tué. Il rejoint alors les maquis de l’ALN, dans la Wilaya IV, convaincu que sa place est au combat auprès de ses frères. Il meurt, les armes à la main, dans la région de Lakhdaria, vers la fin de l’année 1961. Présent au défilé, Ammar Layachi se souvient…Dans un témoignage rapporté par le quotidien Le Soir d’Algérie, Ammar Layachi, ancien membre de la Wilaya V historique, faisait partie des 4000 Algériens qui ont pris part au défilé du 14 juillet 1958. Il raconte : « Je m’appelle Ammar Layachi, je suis né le 16 décembre 1940 à Bône. Nous étions de jeunes sportifs de 16 à 17 ans qui, le 7 juillet 1958, faisaient pour la première fois la traversée de Bône à Marseille par bateau. Jusqu’à notre arrivée à Marseille, nous croyions naïvement que ce voyage était une sorte de colonie de vacances organisée par nos clubs. Nous ne savions pas encore que nous venions pour le défilé du 14 Juillet, pour crier « Algérie française ! ». Une fois à Paris, nous avons été pris en charge dans un camp de toile militaire situé à Maison Laffitte en banlieue parisienne. Malgré l’interdiction de quitter le camp, nous avons trouvé le moyen de « faire le mur » pour aller à Paris : notre but était de fuir et d’entrer en contact avec des responsables FLN de la fédération de France. Il était impensable en effet de défiler en scandant «Algérie française !». Cependant, comment faire pour établir un contact ? Où chercher ? Nous avons alors marché dans le quartier latin, découvrant la ville, à la fois émerveillés et perdus. Des militants FLN, étonnés de cette inflation subite de jeunes musulmans dans les rues de Paris, nous ont abordés. Après avoir écouté nos explications, ils nous ont demandé de les suivre dans un établissement, « Le Tam-Tam » pour discuter plus tranquillement. Ledit établissement était tenu par le père de la grande diva algérienne Ouarda el Djazaïria.Nous étions impressionnés par ces hommes déterminés et de toute évidence très bien organisés. Ils nous parlaient de leur engagement et nous voulions leur prouver que nous étions des leurs. Nous leur avons dit que nous n’irions pas défiler, que nous allions fuir. Ils nous ont écoutés. Puis, ils nous ont dit qu’ils avaient une meilleure idée : il fallait au contraire participer, mais en donnant une autre tournure à l’évènement. Semer le trouble en brandissant l’emblème national algérien. Ils nous donnèrent des instructions très précises : les drapeaux qu’ils nous remettraient devaient absolument être brandis devant la tribune officielle. Ni avant ni après.Le jour venu, le défilé a commencé normalement. Arrivés devant la tribune officielle et comme prévu, nous avons brandi les drapeaux algériens en criant et en répétant : “A bas l’Algérie française ! A bas l’Algérie française !”, “vive l’Algérie libre et indépendante !”,”Tahia el Djazair !”. L’effet de surprise a été total : les autorités françaises étaient tétanisées à la vue de l’emblème national. Cependant, pris de panique, certains camarades sont sortis des rangs. Ils ont été repérés et arrêtés par la police. Ils étaient facilement repérables avec leur tenue kaki. Mon groupe était composé de 10 jeunes. Nous n’avions pas été arrêtés parce que, contrairement aux autres, nous n’avions pas quitté les rangs durant la cohue. Rentrés au camp, nous avons vite changé de tenue vestimentaire et pris la fuite pour rejoindre nos contacts FLN. Trois mois plus tard, nous étions acheminés clandestinement dans différentes directions : pour certains au Maroc, pour les autres en Tunisie. Nous allions grossir les rangs de l’ALN, accomplir notre devoir : lutter contre le colonialisme.« A peine sortis de l’enfance, nous venions de franchir un pas lourd de conséquences. Subitement, nous avons pris conscience d’avoir laissé sur les quais du port d’Annaba une vie qui, désormais, appartenait au passé ; de ne peut-être plus jamais retrouver nos familles et nos repères. Ce témoignage me donne enfin l’occasion de rendre un vibrant hommage à mes frères de la fédération de France qui, au péril de leur vie, nous ont hébergés, nourris, protégés et conseillés. Dans cet exil moral et géographique, durant cette épreuve d’entrée en clandestinité, nos frères à Paris ont été notre seule famille. Merci mes frères !»Hassina AmrouniSources : http://www.algerie-focus.com/blog/2013/ ... s-elysees/http://www.lesoirdalgerie.com/articles/ ... 5898&cid=2
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