Kalaâ N’Ath Abbès, une citadelle chargée d’histoire

Par Hassina AMROUNI
Publié le 09 avr 2017
« Les Ath Abbas ont toujours maintenu leur liberté, sans payer aucun tribu ni au Roi, ni au Prince. En 1550, ils avaient pour Chef Abdelafis (Abdelaziz), l’un des plus braves guerriers de l’Afrique ». Marmol, 1662
Le village Ath Abbès ou N’Ath Abbès, bâti sur un piton rocheux à plus de 1000 mètres de hauteur
Mausolée du sultan Ahmed fondateur du royaume indépendant  de la Kalaâ des Ath Abbès
Anciennes maisons du village d’Ath Abbès
Pièce de monnaie hafside de Béjaïa (1249-1276)
Le marché de la commune d’ighil Ali durant la période coloniale

Perchée à quelques 1000 mètres d’altitude sur la chaîne montagneuse des Bibans, la Kalaâ des Beni Abbès, Ath Abbès ou N’Ath Abbès est rattachée à la commune d’Ighil Ali, dans la wilaya de Bejaïa. Difficile d’accès, ce village qui ne compte aujourd’hui que quelques 300 habitants était, par le passé, l’un des noyaux économique, militaire et intellectuel d’Afrique du Nord. Bâtie sur un piton rocheux à plus de 1000 mètres de hauteur, la kalaâ était une citadelle très difficile d’accès, car d’une part, entourée de précipices et, d’autre part, ceinte d’un mur défensif. Dépendant de la Kalaâ des Beni Hammad, cette citadelle était, à l’origine, occupée par un contingent militaire. Ce fort hammadite assurait ainsi le contrôle des « portes de fer », lieu de passage stratégique dans cette région des Bibans mais aussi de la vallée de la Soummam. Sur place, on y trouvait une place d’armes, lieu de présentation des troupes, située devant la Grande Mosquée, aujourd’hui appelée Loudha Laâli ainsi qu’une fonderie.

Arrivée des Ath Abbès

Au lendemain de la prise de Bejaïa par les troupes de Pedro Navarro, le dernier sultan hafside de Bejaïa, Abou El Abbès Abdelaziz, sentant la fin de son règne arriver, enjoint à ses fils de fuir pour avoir la vie sauve. L’Émir Abderrahman, l’Émir El Abbés et une partie des habitants de Bejaïa, fuyant l’occupation espagnole de la ville, trouvent refuge en 1510 dans cette partie des montagnes. La kalaâ fortifiée est alors le lieu idoine pour échapper aux tueries abjectes commises par les troupes de soldats espagnols contre les populations autochtones comme ce fut le cas lors de la prise d’Oran.
Les émirs jouissent alors très vite d’une aura et se font des alliés parmi les grandes tribus kabyles de la région. Quelques années plus tard, Ahmed fils d’Abderrahman réussit à fédérer autour de lui les populations locales avant de se proclamer « sultan de la Kalaâ ».
La citadelle devient un lieu de rayonnement économique, commercial et culturel. En effet, tirant avantage de sa position stratégique -située sur le chemin entre Alger et Constantine-, elle accueille des vagues d’exilés Juifs, Catholiques et Musulmans qui, après avoir fuit l’inquisition espagnole, ont trouvé dans ce lieu, un havre de paix et de sérénité. Disposant d’une culture et d’un savoir faire séculaires, ils contribuent à l’essor de la Kalaâ N’Ath Abbès qui compte en ce XVIe siècle une population se situant selon les sources entre  70 000 et 80 000 habitants.  
La ville se développe, comptant un palais, un quartier juif avec synagogue, un quartier andalou avec des maisons typiques, une mosquée et même une fabrique d’armes. Toutefois, cette montée en puissance ne laisse pas indifférent, pire, elle inquiète même les Espagnols qui y voient une menace constante pour leurs intérêts et leur présence dans le pays. Après moult tractions et pourparlers, ils parviennent par contracter une alliance avec Abdelaziz El Abbès, petit-fils d’Abderrahmane El Abbès et souverain du royaume N’Ath Abbès.
La Kalaâ continue à couler des jours paisibles mais son inaccessibilité ne dure qu’un temps puisqu’elle subit en 1516 un assaut des frères Barberousse qui tentent d’isoler les Espagnols en s’attaquant à leurs alliés kabyles. Au cours de cet affrontement, les troupes de l’Emir Abdelaziz Abbès se voient infliger une cuisante défaite de la part des troupes turques, suite à quoi, le sultan n’a pas d’autre choix que de céder à leur demande en rompant son alliance avec les Espagnols. Après ce triste épisode, les Ath Abbès, conscients de leur vulnérabilité face à l’ennemi, décident de bâtir un mur d’enceinte afin de se prémunir et parer à une éventuelle autre attaque ennemie.
Quelques années plus tard, aux alentours de 1550 et alors que leur hégémonie s’étend sur presque toutes les régions du pays, les Ottomans reviennent à la charge, en tentant deux nouvelles expéditions sur la Kalaâ N’Ath Abbès mais cette fois, la défaite a changé de camp. Hassan Pacha se voit de ce fait contraint de signer un pacte de paix avec le sultan Abdelaziz. Un an plus tard, les Turcs lui demanderont son appui pour lancer une expédition contre Tlemcen. 6000 Kabyles selon certaines sources, 2000 selon d’autres, sont envoyés en renfort des troupes ottomanes vers l’ouest du pays. En 1552, c’est un nouveau revirement de situation et un début de mésalliance entre Ath Abbès et Turcs. En effet, ces derniers sentant la montée en puissance du peuple kabyle veulent le mettre à genoux. Les troupes envoyées pour en découdre avec eux croient pouvoir en venir à bout mais c’était sans compter avec les aléas météorologiques et le relief fort accidenté des territoires des Ath Abbès.
Le royaume des Ath Abbas continue à être une puissance militaire crainte dans toute l’Afrique du Nord et ce, durant plusieurs siècles. Il déclinera au début du XIXe siècle, miné par les multiples luttes intestines pour le pouvoir.

La Kalaâ à l’ère de l’invasion française

Après la prise d’Alger par les troupes coloniales françaises, beaucoup de villages, menés par leurs chefs de tribus et guidés par des guerriers farouches, tentent de résister à la machine militaire, plus forte en hommes et plus puissante en armes. C’est le cas des Ath Abbès qui, sous la houlette de Cheikh El Mokrani luttent armes à la main jusqu’au sacrifice ultime. La chute du royaume des Ath Abbas intervient en 1871, avec l’écrasement de la révolte d’El Mokrani et la mort de ce dernier.

Guerre d’Algérie

Durant la guerre d’Algérie et alors que les combats font rage à travers tout le pays, la région des Bibans subit elle aussi les bombardements ennemis dès 1956. En 1958, la Kalaâ fait partie des 17 villages du nord de la Petite Kabylie à être déclarée zone interdite et vidée de ses habitants, dans le cadre du plan Challe. Une mesure qui aura pour conséquence de priver les moudjahidine qui se trouvent dans les maquis, de ressources et de soins mais la lutte continuera de plus belle jusqu’à la victoire finale et la libération du pays du joug colonial.

Hassina Amrouni
 Sources :
- quintessences.unblog.fr
- www.takorabt.com
-Divers articles de presse

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