Le héro oublié
Le chahid Bahri Hafid dit Abdelhafid

Par La Rédaction
Publié le 10 avr 2017
Ils sont nés pour mourir les armes à la main. Leur destin était tracé et ils savaient à l’avance que la mort les attendait quelque part. Ils l’ont défiée avec désinvolture. Ils avaient du courage à en revendre et une inébranlable conviction que seul le sacrifice suprême pourrait rendre la liberté à leur pays. Ils n’ont pas hésité un seul instant à rejoindre le maquis tout en ayant l’intime certitude qu’un jour ou l’autre leurs noms viendraient s’ajouter à la longue liste des maquisards tombés au champ d’honneur. Bahri Hafid dit Abdelhafid faisait partie de cette engeance de combattants ayant tout laissé tomber pour répondre à l’appel de la patrie. Il a vendu sa maison, le seul bien qu’il possédait, et est parti à la conquête de la liberté. Il a juste donné un peu d’argent à sa mère et à sa femme et distribué le reste à ses compagnons d’armes dont les familles étaient démunies. N’est-ce pas là un lourd sacrifice que peu d’êtres humains oseraient consentir de nos jours ?
Moudjahidine de Ain M’lila : de g. à dr. : Ghadbane Brahim, Kherchouch Rachid, Boughrara Allaoua

Dans les Aurès-Nememchas, Mostefa Benboulaïd a mis tous ses biens à la disposition de la révolution et il n’est pas le seul puisque pas mal de combattants lui ont emboîté pas. Ils ont épousé la juste cause et mis tout le reste de côté, y compris ce qu’ils possédaient de plus cher. Abdelhafid, cet enfant des Aurès, est né en 1921 au douar Ouled Melloul, berceau de nombreux baroudeurs. Un bourg situé à quelques encablures de Souk Naâmane, dépendant de la circonscription d’Ain M’lila. Issu d’une famille paysanne, pauvre et indigente, il passe son enfance dans sa tribu. Comme tous les indigènes de son âge, il n’a pas connu les bancs de l’école. La dure enfance lui a appris l’amour de la terre ancestrale et lui a également inculqué cette haine viscérale du colonialisme. Une fois grandi, il a ressenti le besoin de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais il est rattrapé par le service militaire. Incorporé dans l’armée française, il apprend le maniement des armes. Le retour à la vie civile n’est pas du tout reluisant. A cette époque, tous les Algériens peinaient à joindre les deux bouts, notamment dans cette région réputée pour sa pauvreté. Bien évidemment, ce retour aux sources était inévitable. C’est dans la terre qu’il gagne sa vie. Ça ne fait pas nourrir certes, mais ça permet tout de même de résister aux vicissitudes de la vie, imposées par un colonialisme des plus cruels. Il repart une seconde fois en France mais n’y reste pas longtemps. Il est rappelé par son destin. Il s’installe à Ain M’lila où il exerce différents métiers. Le petit commerce lui permet de survivre avec sa mère et sa femme. La guerre a déjà éclaté et Ain M’lila faisait partie des villes ayant fourni un contingent de combattants, le 1er novembre 1954. Hadj Moussa Torche était à la tête de cette première fournée de Moudjahidine ayant pour mission de commettre des actions armées le jour de l’insurrection.  Entre autres, Kassa Torche, Allaoua Harkat, Sigha Saïd dit Zadi, Hammadi Rebaï, Mosbah Benabid, Mellah Kassa, Ghenam Abdelhamid, des combattants de la première heure tous arrêtés suite à une délation. Abdelhafid attendait patiemment son tour et celui-ci interviendra lorsque les Moudjahidine de Djebel Bouarif prennent contact avec lui. L’occasion propice pour qu’il fasse ses preuves à travers des actions armées dans la ville d’Ain M’lila. La plus spectaculaire d’entre elles est indubitablement celle où, au début de l’année 1956, il a lancé une grenade contre un groupe de colons qui a fait un mort, répondant au nom de Julien Edouard, et plusieurs blessés avant de s’évanouir dans la nature. La réaction de l’armée française ne s’est pas fait attendre puisque toute la ville d’Ain M’lila est prise d’assaut pour débusquer l’auteur de l’attentat dont la description est fournie par un dénonciateur. Des arrestations sont opérées, la nuit même de cet attentat, et un grand nombre de civils sont conduits pour interrogatoire à l’école El-Orfane. Abdelhafid est également arrêté et interrogé et fort heureusement, il est relâché. Un miracle d’autant que de lourds soupçons pesaient sur tous les natifs d’Ouled Sellam, à Souk-Naâmane, dont il est issu. Bahri a compris que lesFrançais finiront tôt ou tard par lui mettre la main dessus. Il part alors à la rencontre de son destin. Le chemin du maquis est le plus indiqué dans pareille circonstance. Il quitte Ain M’lila en direction des Aurès où les Djebaïlia donnaient du fil à retordre aux soldats ennemis. Sa famille perd sa trace et toutes les recherches entreprises pour le localiser ont été vaines. En réalité, Si Abdelhafid a définitivement divorcé avec la vie familiale et épousé la juste cause. Il prend part à plusieurs rudes batailles et des témoins ont, au sortir de la guerre d’Algérie, rapporté son courage, sa vaillance durant les accrochages. Son expérience dans le maniement des armes lui a non seulement été utile durant les batailles mais lui a servi également à être promu au rang de sergent. Un grade mérité grâce auquel il dirige une section. Cette même section qui va être anéantie en 1961 dans les monts des Aurès, à Tahmamte, à Batna, lors d’une bataille qui a vu l’entrée en jeu des avions dont les bombes larguées n’ont laissé aucune chance aux moudjahidine. Si Abdelhafid venait de tomber au champ d’honneur quelque temps seulement avant le recouvrement de l’indépendance. Il était écrit qu’il ne reverrait plus sa famille ni même sa région natale. La révolution en a voulu ainsi.

Zoubir Khélaifia

DOSSIER

Tunis, capitale de l’Algérie combattante

L’aide de la Tunisie à la Révolution algérienne

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Le Capitaine Vassil Valtchanov

GUERRE DE LIBERATION
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PROCÈS-VERBAL DE LA REUNION ET EXTRAITS DE LA PLATE-FORME

Documents du Congrès de la SOUMMAM du 20 AOÛT 1956