« Nous ne ferons pas de meilleurs cadavres ! »
UGEMA

Par Fateh Adli
Publié le 10 avr 2017
Créée neuf mois après le déclenchement de l’insurrection, et plus précisément le 8 juillet 1955, à la faveur d´une motion votée à l´unanimité par les étudiants de l’AEMAN (Association des étudiants musulmans nord-africains) quatre mois plus tôt à Alger, l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA) n’a connu son véritable essor que suite à la grève historique du 19 mai 1956, qui a permis à des centaines de lycéens et d’étudiants de rejoindre le maquis. Parmi les membres fondateurs de l’UGEMA, on citera Belaïd Abdesselam, Ahmed Taleb El-Ibrahimi, Mohammed Benyahia, Aissa Messaoudi, Mohamed Menouar Merrouche, Abdelhamid Mehri et parmi les martyrs, Taleb Abderrahmane, Benzerdjeb, Benbaâtouche et Amara Lounis Mohamed. Ces jeunes militants avaient créé, avant l’UGEMA, l’Union des étudiants algériens (UNEA), dans laquelle étaient admis les juifs et les pieds-noirs. Cette UNEA sera dissoute à l’avènement de l’UGEMA qui s’était imposée comme structure unique dans une conjoncture qui appelait l’unité des rangs.
Bureau de l'UGEMA, le 12 Février 1956

Déclenchée d’abord à Alger, cette première grève générale et indéterminée des cours et des examens a très rapidement gagné tous les lycées, puis tous les campus universitaires en France où près d’un millier d’Algériens suivaient leurs études dans différentes filières. Des assemblées générales et des réunions non-stop, encadrées par des membres de l’UGEMA parfois dépêchés d’Alger, ont été organisées partout en Europe pour convaincre les étudiants de répondre à l’appel de la patrie et les exhorter à adhérer massivement au mot d’ordre de la grève, vitale, pour préserver l’unité des rangs.
A cette époque, l’UGEMA regorgeait d’éléments brillants, dévoués et déjà prédestinés à jouer des rôles plus importants, tels que Mohamed Khemisti, Dr Lalliam et surtout Mohammed-Seddik Benyahia qui en était le président jusqu’à son affectation au GPRA, en tant que négociateur.
Dans l’appel rédigé à cet effet et diffusé à grande échelle, on peut lire ces phrases d’une hauteur de vue exemplaire et qui resteront gravées dans la mémoire collective de l’intelligentsia algérienne : « Avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres ! A quoi donc serviraient-ils ces diplômes, qu’on continue à nous offrir, pendant que notre peuple lutte héroïquement... Pour le monde qui nous observe, pour la nation qui nous appelle, pour le destin historique de notre pays, serions-nous des renégats ? »
D’aucuns estiment que l’afflux des étudiants dans les maquis, à partir de 1956, suite à la grève historique lancée par l’UGEMA, affiliée au FLN, a donné un autre visage à l’insurrection armée déclenchée deux ans plus tôt, en ce sens que cet apport en nombre et en qualité, puisque des milliers de lycéens et d’étudiants dans les différentes universités, y compris dans les pays arabes, formeront l’ossature des nouvelles structures mises en place lors du congrès de la Soummam, du 20 août 1956, conférera une dimension universaliste au message de Novembre. Il fournira aussi l’élite dont aura besoin l’Algérie indépendante pour réussir sa transition dans tous les domaines de gestion, après le départ des Français.
Ces flux d’étudiants qui ont accepté de quitter les bancs d’école, pour rejoindre la lutte armée contre l’occupant, ont été orientés vers deux directions distinctes : les maquis, pour servir de cadres, de secrétaires, d’intendants ou même d’aides-soignants dans les infirmeries des différentes zones de l’ALN, ou les écoles de formation des opérateurs radio et des cadres des transmissions et de la communication de l’ALN, basées essentiellement au Maroc et en Tunisie. C’est le cas notamment d’un bon nombre d’étudiants qui avaient quitté les universités françaises. Une fois sur place, ils reçurent une formation intensive, doublée d’une instruction militaire dispensée par des officiers de l’ALN des wilayas limitrophes. Beaucoup ont été ensuite affectés aux différents services créés par le MALG, en Egypte, puis en Tunisie, voire surtout à Tripoli où se trouvait la principale base de renseignement de la Révolution. Ces jeunes étudiants vont briller dans la mise en place d’un système de communication efficace qui a servi pendant la révolution et aussi lors du passage à l’indépendante. Que ce soit dans le contre-espionnage, les transmissions ou l’écoute radioélectrique, ces jeunes cadres presque auto-formés alimenteront, à l’Indépendance, l’essentiel des cadres des transmissions affectées dans les différentes institutions du pays, à commencer par les secteurs stratégiques comme la Radiotélévision.   
Il faut dire que l’appel de l’UGEMA était déjà un manifeste pour la défense de la mémoire des intellectuels algériens lâchement assassinés par les forces coloniales, qui étaient autant d’arguments convaincants pour justifier cette décision qui a été saluée unanimement par les étudiants et lycéens et les libérait de la «fausse quiétude» dans laquelle ils étaient installés. « Etudiants algériens ! Après l’assassinat de notre frère Zeddour Belkacem par la police française, après le meurtre de notre frère aîné le docteur Benzerdjeb, après la tragique fin de notre jeune frère Brahimi du collège de Bougie, brûlé vif dans sa mechta incendiée par l’armée française pendant les vacances de Pâques, après l’exécution sommaire dans un groupe d’otages de notre éminent écrivain Réda Houhou, secrétaire de l’institut Ibn Badis de Constantine, après les odieuses tortures qu’on a fait subir aux docteurs Haddam de Constantine, Baba Ahmed et Tobbal de Tlemcen, après l’arrestation de nos camarades, Amara, Lounis, Saber et Taouti aujourd’hui arrachés aux geôles de l’administration française, celle de nos camarades Ferrouki et Mahidi, après la déportation de notre camarade Mihi, après les campagnes d’intimidation contre l’UGEMA, voici que la police nous arrache des mains, un matin à la première heure, notre frère Ferhat Hadjadj, étudiant en propédeutique et maître d’internat au lycée de Ben Aknoun, le torture, le séquestre pendant plus de dix jours (avec la complicité de la justice et de la Haute administration algérienne prévenues de son affaire), jusqu’au jour où nous apprenons, atterrés sous le coup de l’émotion, la nouvelle de son égorgement par la police de Djijelli, aidée de la milice locale ».
En exhortant les étudiants et les intellectuels à adhérer massivement au FLN/ALN, les rédacteurs de l’appel – qui étaient eux-mêmes étudiants – s’adressaient à des personnes doublement responsables pour leur statut d’hommes de conscience. C’est pourquoi, ils les interpellent en ces termes forts : « Etudiants et intellectuels algériens, pour le monde qui nous observe, pour la nation qui nous appelle, pour le destin héroïque de notre pays, serions-nous des renégats ? »  
  Adel Fathi

CONTRIBUTION

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