Les étudiants français solidaires de l’UGEMA
Union Nationale des étudiants de france

Par Fateh Adli
Publié le 10 avr 2017
S’il est une organisation syndicale ou sociale française ayant ouvertement milité pour la fin de la guerre en Algérie, c’est l’Union nationale des étudiants de France. Même si cet engagement actif a été l’aboutissement d’un lent processus de maturation, marqué par des déchirements parfois douloureux, mais qui seront salutaires pour l’avenir et l’honneur de cette frange, dynamique mais toujours incomprise, de l’élite française.

Créée en 1907 dans la ville française de Lilles, l’UNEF s’était, au début, assigné comme mission d’assurer la coordination des assemblées générales des étudiants, en rechignant au débat politique. D’ailleurs, au commencement de l’insurrection en Algérie, en 1954, ce syndicat des étudiants français refuse de se positionner pour ne pas, justifient-ils, diviser le mouvement sur une question à laquelle il n’était pas, à vrai dire, suffisamment sensibilisé. Mais, très vite, des dirigeants de l’UNEF vont jeter les jalons d’un dialogue avec l’Union générale des étudiants musulmans d’Algérie (UGEMA), créée en 1955, et dont les membres étaient très actifs dans les universités françaises.
Les partisans de l’Algérie française au sein de l’UNEF s’opposent à ce premier engagement, mais au congrès de Strasbourg en avril 1956, le syndicat opte, après un débat passionné, pour le maintien des relations syndicales avec l’UGEMA, sans pour autant afficher un quelconque soutien aux revendications des indépendantistes algériens. Les choses vont s’accélérer en juillet 1956, deux mois après la grève générale à laquelle avait appelé l’UGEMA, sur instruction du FLN pour exprimer un soutien massif des lycéens et étudiants au combat libérateur. Des membres de l’UNEF organisent alors une conférence nationale estudiantine pour discuter du « problème algérien », reconnaissant par-là l’existence d’une lutte algérienne pour l’indépendance.
Ce n’est qu’à partir de 1959 que les étudiants français vont dégager une position tranchée et offensive par rapport à la question algérienne. C’est ainsi que l’UNEF devient l’organisation d’avant-garde dans le combat pour l’autodétermination du peuple algérien. Elle organise un grand meeting le 27 octobre 1960 pour la paix en Algérie et participe à la manifestation du 8 février 1962 contre l’OAS qui finit par un bain de sang devant la station de métro de Charonne, à Paris.
Cette action de l’UNEF contre les ultras de l’Algérie française et autres soutiens actifs des généraux putschistes, était répercutée en Algérie par le Ceald (Comité étudiant d’action laïque et démocratique), qui regroupait des étudiants libéraux, juifs, chrétiens et musulmans, et qui affrontait à l’université les nervis de l’Association générale des étudiants d’Alger (AGEA), composée essentiellement de dissidents de l’UNEF et dirigée par le sanguinaire Pierre Lagaillarde, «l’étudiant parachutiste». Celui-ci, pour l’histoire, avait achevé dans le tunnel des facultés à Alger le secrétaire de la Wilaya III, Mohand-Saïd Aïssani, seul survivant de la célèbre bataille de Djebel Thameur du 29 mars 1959, blessé et capturé par l’armée française avant d’être transféré à Alger pour être interrogé à l’hôpital. Lagaillarde va encore se distinguer dans toutes les actions politiques et armées menées par l’OAS.
Conséquence de cet engagement des étudiants français en faveur de l’autodétermination du peuple algérien : l’armée française a dû affronter près de 12 000 cas de refus de passer le service militaire en Algérie, entre désobéissance, objection de conscience et désertions. Ce mouvement a commencé depuis les premiers mois de l’insurrection, pour aboutir à de grandes manifestations étudiantes contre «la guerre d’Algérie», organisées par l’UNEF en 1960. Parmi les jeunes déserteurs français, certains ont carrément choisi le camp de la révolution et du FLN. C’est le cas du Réseau Jeanson (Francis), plus connu sous le nom des «porteurs de valises», qui était un groupe constitué essentiellement d’intellectuels et d’étudiants engagés, qui dotait le FLN de fonds et de faux papiers. Ce mouvement extraordinaire culminera par le fameux «Manifeste des 121» qui a été rendu public le 6 septembre 1960 comme signe de contestation contre le procès qui inculpa les membres du réseau Jeanson, démantelé au début de la même année.
En 1961, en pleine crise politique entre l’état-major de l’armée et le gouvernement, l’UNEF pèse de tout son poids pour éviter un basculement dans le camp des ultras de l’Algérie française et des généraux putschistes, et réussit à amener la majorité des étudiants sur une position contre la guerre, pour les négociations et l’indépendance.

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