L’UGCA ou l’arme de la grève

Par Fateh Adli
Publié le 10 avr 2017
Conscients du rôle et de la place des commerçants et artisans au sein de la société algérienne, aux côtés des autres forces vives comme les travailleurs ou les étudiants, mais surtout de leur apport politique et financier à la Révolution, les dirigeants du FLN ont très tôt fait de les sensibiliser et de les mobiliser dans le cadre d’une lutte globale contre l’occupation. Ainsi, les premiers contacts initiés par Abane Ramdane avec un petit noyau de militants activant dans le secteur commercial, conduit par un ancien du mouvement national, Abbas Torki, aboutirent dès 1955 au projet de création d’une Union générale des commerçants algériens (UGCA), dont l’objectif était d’apporter son soutien, et celui des commerçants algériens, à l’insurrection par des cotisations régulières, mais aussi par une action politique et médiatique soutenue qui, conjuguée à celle menée sur le terrain par le FLN/ALN et les autres organisations de masses, créées d’ailleurs durant la même période, devrait ancrer davantage le mot d’ordre de la lutte au sein des populations civiles.
Grève des huit jours
Abbas Torki
Déclaration du GPRA à l’ONU

Au premier congrès de l’UGCA, organisé les 13 et 14 septembre 1956 au mythique club Taraqi, place des Martyrs à Alger, Abbas Torki sera naturellement élu président.  Près de 800 délégués venus de toutes parts ont assisté à ces assises. Dès le lendemain, une délégation a été dépêchée à Paris, Tunis et Tripoli pour porter la voix de l’Algérie combattante et obtenir l’appui international à la cause algérienne. La contribution de l’UGCA s’illustra également par la collecte des fonds au profit des maquisards et de l’organisation civile du FLN dans les villes algérienne, et même à l’étranger et notamment en France, où beaucoup de commerçants algériens ont dès le début de l’insurrection affiché leur adhésion qu’ils ont prouvée à plusieurs reprises. Mieux encore, les militants de l’UGCA n’ont pas négligé l’aspect médiatique, en lançant une revue spécialisée, intitulée Economie algérienne, sous la direction de Saïd Ouzeggane, avec comme rédacteur en chef Akli Yeloul.     
L’UGCA va, ensuite, se distinguer par un rôle héroïque et décisif qu’elle joua lors de l’historique grève des huit jours – du 28 janvier au 4 en février 1957 –, qui survint en pleine Bataille d’Alger. Le succès éclatant de cette action donnera un nouveau souffle à la guérilla qui était durement secouée par la répression des forces coloniales et qui se solda par la neutralisation ou l’arrestation de tous ses dirigeants dans la capitale.  
Cet évènement, considéré par les historiens commune l’une des plus importantes étapes de la guerre de libération, a démontré que tout le peuple algérien était mobilisé autour du FLN et du mot d’ordre de la Révolution, puisque travailleurs et commerçants, à travers tout le territoire national, ont conjugué leurs forces ce jour-là dans un même élan. Selon des statistiques reconnues par les autorités coloniales, le taux d’adhésion à la grève a atteint 80 % pour s’élargir à 90 % durant les derniers jours de la grève. Une répression féroce s’abattit sur les grévistes. Dans toutes les villes, les commerçants et travailleurs algériens ont subi le même régime : emprisonnement ferme, assignation à résidence, suspension, destruction de locaux commerciaux par les éléments de l’armée française qui défonçaient les rideaux des commerces dans une vaine tentative de briser la grève. D’autres mouvements de désobéissance civile avaient été enclenchés par l’UGCA, à travers plusieurs villes comme Alger Constantine, Béjaïa, Oran et Tlemcen depuis 1956. Des centaines d’entre eux ont été arrêtés et condamnés à de lourdes peines.

Communiqué de l’UGCA sur la grève des 8 jours

Dans un communiqué signé par son président Abbas Torki, et paru dans Résistance algérienne nº 20 du 1er au 10 février 1957, l’UGCA informe l’opinion des différents enjeux politiques et révolutionnaires de cette grève. Nous en publions ici le texte intégral :  « Les commerçants algériens, à la veille de la grève de 8 jours, que le peuple algérien se prépare à observer, tiennent à enregistrer les paroles prononcées récemment par le général Massu dans un communiqué à la presse.
Dans ce communiqué on avertit la population que les établissements fermés pendant la grève seraient défoncés par la force, et que les autorités ne garantiraient pas les disparitions de marchandises et les dégâts résultant des destructions de locaux et de matériel.
Nous prenons note de cet appel officiel au vandalisme. La plus haute autorité militaire française en Algérie ne se contente pas de contester notre droit à la grève – manifestation pacifique de notre mécontentement – de plus, elle lance pratiquement un appel aux pillards de toutes sortes en leur promettant implicitement l’impunité.
L’opinion française et internationale saura apprécier toute la portée de ces violations des libertés les plus élémentaires en Algérie. Les commerçants algériens, en tous cas, sont décidés à faire face au chantage et aux menaces, à la violence et à l’hystérie colonialistes avec la même détermination.
Ils se joindront à leurs compatriotes, à l’ensemble de leur peuple pour observer, durant ces huit jours, la grève de protestations contre la politique de guerre et d’extermination que mène la France dans notre pays, pour réclamer l’intervention des Nations unies en vue d’un retour a la paix en Algérie, dans le cadre de l’indépendance du peuple algérien.
Un grand nombre des nôtres emplissent les prisons et les camps de concentration : les commerçants, cible facile pour les forces de l’arbitraire, n’ont jamais été épargnés : c’est une nouvelle épreuve que leur promet le général Massu ; ils sauront y répondre par la volonté et la foi qui brisent les tyrannies les plus aveugles.
Ils tiennent à rappeler, à cette occasion, leur confiance totale en l’action du Front de libération nationale, représentant authentique du peuple algérien engagé dans la Révolution. Ils adressent à l’opinion mondiale et aux représentants des nations libres appelés à examiner à l’ONU le problème algérien, un appel solennel pour mettre fin à l’agression colonialiste en Algérie et contribuer au retour de la paix dans notre pays par la reconnaissance inconditionnelle du droit de l’Algérie à l’indépendance.
Ils dénoncent à la conscience mondiale le véritable appel au meurtre lancé vendredi 18 janvier au soir par les autorités militaires françaises d’Algérie à se faire complice de la répression et de la terreur (…)
Quelle que soit la fureur que mettra le général Massu à poursuivre les paisibles populations au cours de ces huit jours de solidarité nationale, quels que soient les excès de la police et de l’armée française, les commerçants algériens, de même que tous leurs frères, démontreront à la face du monde leur inébranlable volonté de faire échec aux forces du mal, de triompher des manœuvres d’extermination dont certains clans nourrissent l’espoir.
Nous sommes certains de notre victoire, car nulle force au monde n’est en mesure d’endiguer les forces de la libération. »

Adel Fathi

CONTRIBUTION

Le choix du retour dans une Algérie dévastée

Cheikh Abdelkader El-Medjaoui (1848-1914)

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
GUERRE DE LIBERATION

L’odyssée du « Dina »

Les armes de la Révolution algérienne

MEMOIRE

Une grande figure de la Révolution

Décès du moudjahid Mohamed Lemkami

MOUVEMENT NATIONAL
UNE VILLE, UNE HISTOIRE

La cité héroïque

Histoire de la ville de Bordj Bou Arréridj