Fer de lance de la lutte ouvrière
L’UGTA

Par Fateh Adli
Publié le 10 avr 2017
En Algérie, pour des raisons objectives dues à la répression systématique qu’exerçait l’administration coloniale sur les « Indigènes », mais aussi à l’absence d’une activité industrielle performante, le syndicalisme algérien demeura timoré et limité à quelques tentatives d’actions sous la bannière de la CGTU (Confédération générale du travail unitaire), qui est resté, malgré toutes les ouvertures, un syndicat français. Cette dernière a réussi, relativement, à capter une partie du prolétariat algérien, parce qu’elle était la seule organisation ouvrière française qui soutenait ouvertement le droit des Algériens à l’indépendance.
Atallah Benaissa
Atallah Benaissa
Le Cachet de l’UGTA
Atallah Benaissa en médaillon

Ceci dit, le véritable engagement des Algériens dans l’action syndicale commence après la l’abolition du Code de l’indigénat de sinistre mémoire, en 1943. Leur adhésion massive à la CGT (Confédération générale des travailleurs), qui fusionnait avec la CGTU à la faveur de la lutte antifasciste, marqua l’essor du syndicalisme algérien et une plus grande mobilisation de la masse ouvrière algérienne. Mais comme la majeure partie des Algériens était exclue du secteur économique moderne, il fallait penser à élargir ce champ d’action aux commerçants, aux dockers, aux paysans et aux chômeurs. Et c’est, d’ailleurs, chez ceux-là que le mouvement national, représenté essentiellement par le PPA/MTLD, va réellement trouver un profond ancrage populaire. Cela n’empêchait pas l’existence de nombreux militants nationalistes au sein des organisations syndicales traditionnels, affiliées principalement à la CGT. Ces militants faisaient, en réalité, plus de politique que d’action syndicale proprement dite.  
Pour mieux canaliser le mouvement, une commission syndicale a été créée début des années 1950, au sein du MTLD sous la présidence de l’ancien cégétiste et nationaliste Aïssat Idir. Cette dynamique conduira à la création, en 1954, de l’Union générale des syndicats algériens (UGSA). En parallèle, un autre mouvement, clandestin, mais plus politique et plus populaire, activant au sein des partis nationalistes, notamment le PPA-MTLD, donnant une priorité au combat anticolonial, aboutira à la création, le 24 février 1956, de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), qui accompagnera l’insurrection armée déclenchée deux ans plus tôt. Cette initiative a été  lancée dans le sillage du projet d’unification des rangs cher à Abane Ramdane qui, à sa sortie de prison en avril 1955, multiplia les rencontres avec les acteurs politiques et syndicalistes de différents horizons. La mise en place d’organisations de masses affiliées au Front de libération national sera d’un apport salutaire pour l’essor de la révolution, comme on le verra lors de la Bataille d’Alger, avec les multiples grèves lancées notamment par les dockers, les commerçants.
Ont pris part à la création de cette première grande confédération syndicale purement algérienne, outre Abane Ramdane, Aïssat Idir, Mohamed Flissi, Benyoucef Benkhedda, Benaissa Atallah, Hassen Bourouiba et Tahar Gaïd. La direction a été confiée au vieux routier du syndicalisme Aïssat Idir, qui fut aussitôt nommé membre du CNRA. Pendant deux mois, celui-ci se consacra à la mise en route du syndicat et établit des liens avec la Confédération internationale des syndicats libres (CISL). L’UGTA jouera également un rôle prépondérant dans le projet d’union maghrébine, en participant notamment à une rencontre à Bruxelles, le 5 juillet 1956, avec les syndicats tunisien (UGTT) et marocain (UMT), suivie par la conférence de Casablanca les 18, 19 et 20 décembre 1956. Les dirigeants des trois centrales ont même envisagé, à l’instar des partis nationalistes des trois pays du Maghreb, l’unification de leurs organisations.
Des grèves patriotiques soutenues par le syndicat conduisent à une arrestation massive de ses dirigeants les 23 et 24 mai 1956. Aïssat Idir est arrêté ainsi qu’une quarantaine de syndicalistes. Incarcéré d’abord à la prison de Berrouaghia, il est ensuite déplacé de prison en prison (Bossuet, Serkadji). Soupçonné d’être un membre du Comité de coordination et d’exécution (CCE), il est inculpé d’atteinte à la sûreté externe de l’État Français. Il sera assassiné le 27 juillet 1959 par l’armée française.
Soumis aux dures conditions de la clandestinité, à l’instar de tous les militants nationalistes, les syndicalistes de l’UGTA connurent la prison, la torture et même la liquidation physique dans les geôles coloniales. Mais l’action syndicale et sociale prendra une autre dimension avec notamment les grèves générales, à l’image de la fameuse grève des huit jours, qui signaient l’entière adhésion des forces vives à la cause nationale.  
Cela dit, la création de l’UGTA n’a pas eu les faveurs de tous les syndicalistes algériens. Les communistes du PCA, par exemple, qui voyaient la lutte syndicale un peu comme leur apanage, ont d’abord contesté la décision « unilatérale » prise par la direction du FLN de créer une centrale syndicale. Aussi, sur le fond, ils estimaient que la division syndicale n’était pas une bonne chose et que, à ce titre, il fallait maintenir une forte présence des syndicalistes algériens au sein de l’UGSA.
En pleine crise de l’été 1962, alors que les rivalités entre l’Etat-major général de l’ALN et le GPRA, soutenu par certaines wilayas de l’intérieur, avaient atteint un point de non-retour, l’UGTA a appelé à une grève générale pour crier le refus de la guerre intestine qui minait l’indépendance du pays. Or, d’aucuns ont reproché aux dirigeants de l’UGTA d’avoir pris position dans le conflit qui s’était exacerbé à Alger, entre les partisans du Bureau politique du FLN, représenté à l’époque par Ben Bella et Khider, et les combattants de la wilaya IV, avant l’arrivée des unités blindées de l’armées des frontières en août 1962.  Cet appel a, néanmoins, permis au peuple algérien, meurtri par les drames de la guerre et de la colonisation, de descendre dans la rue et de scander son slogan : « Sebaâ s’nin barakat ! »
 
Adel Fathi

CONTRIBUTION

Moudjahid et fin diplomate

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La valeureuse wilaya IV en mouvement