Moudjahid et fin diplomate
Décès du commandant de l’ALN Si Djelloul Khatib

Par Hassina AMROUNI
Publié le 09 avr 2017
Fervent militant de la cause nationale, l’ancien moudjahid Djelloul Khatib nous a quittés dans la nuit du 6 au 7 février 2017, à l’âge de 79 ans. Accompagné à sa dernière demeure par une foule nombreuse, à sa tête plusieurs hauts responsables de l’Etat, le courage et l’engagement du commandant Si Djelloul ont été salués par le ministre des moudjahidine, Tayeb Zitouni, dans une oraison funèbre, prononcée avant son inhumation au cimetière d’El Alia. Le Président de la république a, lui aussi, loué les grandes qualités du défunt, dans un message de condoléances adressé à sa famille, écrivant, notamment : « C’est avec une profonde affliction que j’ai appris le décès du frère Djelloul Khatib, l’un de nos militants qui ont voué leur jeunesse à la libération du pays du joug colonial et contribué avec abnégation et dévouement à l’édification de l’Etat national moderne pour que vive l’Algérie dans la dignité ».
1 - Tahar Zbiri. 2 - Mohamed Chebila. 3 - Abdelkader Laribi. 4 - Djelloul Khatib. 5 -Said l’Indochine
Djelloul Khatib et Tayeb « raffale » au maquis en 1957
1-Bensalem. 2-Djelloul Khatib. A la ligne Morice face au chemin de fer de l’Ouenza.
Au service de Transmission, base de l’Est, 1958
Franchissement de la ligne Morice par les moudjahidine
1- Mohamed Chebila. 2- Djelloul Khatib. 3- Mouloud Khatib (mort au combat avec  le colonel Amirouche en 1959).Tunis 1957
1- Mohamed Chebila. 2- Djelloul Khatib. 3- Mouloud Khatib (mort au combat avec  le colonel Amirouche en 1959).Tunis 1957
Le Vice- Président George H.W. Bush et Djelloul Khatib, Alger 1983
Juan Carlos I et Djelloul Khatib, 1988

Natif de la Casbah d’Alger, Djelloul Khatib voit le jour le 8 octobre 1936. Ralliant très tôt les rangs de l’ALN, il prend part à la Bataille d’Alger en 1956 avant d’être envoyé en Egypte pour une formation militaire. La même année, et suite à la nationalisation du Canal de Suez, le jeune officier est mobilisé à Port Saïd, pour combattre combat aux côtés des Egyptiens contre l’alliance formée par Israël, la France et le Royaume-Uni.
Une fois cette mission accomplie, Djelloul Khatib rejoint ensuite la base de l’Est en Tunisie, avant d’être promu au grade d’officier de l’ALN. Muté à la première compagnie d’acheminement chargée du transport d’armes et munitions aux maquis de la Wilaya III (Kabylie), l’officier assure la liaison entre l’État-Major de l’ALN et les unités combattantes de la Wilaya I (Aurès) et la Wilaya III (Kabylie), chargées de franchir plusieurs fois la ligne Morice. Toutefois, l’une de ses premières missions consiste à assurer la liaison avec le colonel Amirouche.

Internationaliser la lutte algérienne

Alors que la lutte du peuple algérien pour son indépendance s’intensifie à travers tout le pays, les responsables du FLN estiment qu’il est nécessaire d’internationaliser cette lutte légitime afin de bénéficier du soutien des autres nations. A cet effet, on charge Djelloul Khatib de transférer plusieurs journalistes de la frontière tunisienne aux unités combattantes de l’intérieur. Il collabore notamment avec Nevill Barbour, chercheur de l’université d’Oxford et journaliste à la BBC, ainsi qu’avec Stevan Labudovic de l’agence yougoslave Filmske Novosti, le photographe de guerre allemand Dirk Alvermann et Nino Pulejo, journaliste du magazine italien l’Europeo. D’autre part, il contribue à la mise en place du service de transmission et morse avec d’autres jeunes cadres de l’ALN afin de sécuriser les communications au front.
L’année 1958, sera charnière dans la carrière de ce jeune officier puisqu’après avoir été nommé secrétaire général de la Zone Nord puis de l’Etat-major général (EMG) de l’ALN, il travaille  sous l’étroite collaboration du commandement de Houari Boumediene. Avec  d’autres officiers dont Abdelkader Chabou et Slimane Hoffman, Djelloul Khatib aide à jeter bases du renfort militaire aux frontières et contribue à la professionnalisation de l’Armée de libération nationale.

Carrière à la présidence

Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, Si Djelloul est nommé, à l’âge de 26 ans, secrétaire général du ministère de la défense nationale (1962-1965) puis secrétaire général de la présidence (1965-1970). Jouissant de la totale confiance du défunt président Houari Boumediene, il est chargé de piloter plusieurs actions d’envergure de la présidence de la République.
Coordonnant en 1963 et 1965, les rencontres à Alger du leader politique argentin Che Guevara avec le Président Houari Boumediene, Djelloul Khatib est également chargé en 1966 de l’organisation de la rencontre entre le sénateur Edward Kennedy et Houari Boumediene, au cours de laquelle sera balisé le partenariat entre les deux nations dans le secteur des hydrocarbures. La même année, il organise le rapatriement des cendres de l’Emir Abdelkader à partir de Damas, deux ans plus tard, il gère les négociations faisant aboutir à l’accord franco-algérien et, en 1969, il est l’un des artisans du franc succès rencontré par l’organisation du 1er festival culturel Panafricain d’Alger.
Djelloul Khatib est par ailleurs, chargé de la mise en place du COMEDOR, centre d’étude chargé de l’aménagement du Grand Alger et composé notamment du Brésilien Oscar Niemeyer, vedette de l’Establishment architectural. L’organisme en question permet la mise en œuvre de nombreux projets d’envergure dont la première université de l’Algérie indépendante à Constantine.
Djelloul Khatib est par la suite nommé à la tête de plusieurs wilayas du pays (Batna, entre 1973-1976), Constantine (entre 1976 et1980) et Oran (entre 1980 et1982)
Occupant le poste de secrétaire d’État à la fonction publique (1982-1984) du gouvernement de Mohamed Ben Ahmed Abdelghani, il est chargé en 1983, de la coordination de la de George H.W. Bush.

Carrière diplomatique

Entre 1984 et 1989, Djelloul Khatib est appelé à une carrière diplomatique qui le conduit en poste en Argentine. En tant qu’ambassadeur, il intensifie la coopération économique et technique entre les deux pays, notamment dans le domaine du nucléaire civil, aboutissant à la construction en 1989, du réacteur nucléaire Nour en Algérie. En récompense de ses efforts, il reçoit du Président argentin Raul Alfonsin la médaille de l’Ordre du Libertador San Martin. Installé à la tête de la représentation algérienne en terre ibérique, de 1988 à 1989, il parvient, malgré une présence très courte, à remplir pleinement sa mission, en obtenant l’appui politique pour la construction du gazoduc Maghreb-Europe et en contribuant aussi à faciliter les pourparlers sur la question basque.

Hassina Amrouni

Sources :
www.aps.dz
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