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Par Fateh Adli, avr 2019.

Un rôle précurseur à redécouvrir

La délégation extérieure du FLN

Longtemps sous-estimés, sinon occultés, la place et le rôle des précurseurs de la délégation extérieure du FLN dans le déclenchement et l’aboutissement de la Révolution du 1er Novembre 1954 commencent à être reconsidérés et à être redécouverts, maintenant que ses trois principaux acteurs ne sont plus de ce monde.

Certains auteurs ou intervanants oublient vite, en effet, que les Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed font partie des neuf chefs historiques de la Révolution – avec les six autres qui étaient au pays – et que leur apport a été, à un moment, déterminant, bien que leur arrestation, le 22 octobre 1956, au cours du fameux détournement de l’avion civil marocain qui les conduisait du Maroc à la Tunisie pour rejoindre l’Egypte, y ait mis fin à leur contribution directe.
Pour comprendre l’importance de cette contribution, il faut replacer le déploiement de la Délégation extérieure dans son contexte historique qui remonte aux années 1930-1940. Il faut rappeler que l’arrivée des nationalistes algériens en Egypte, d’abord, s’est faite par petites vagues successives qui n’ont cessé qu’après le départ du GPRA pour la Tunisie, en 1960, sous la contrainte des événements. Le Caire a été la première destination des dirigeants de premier rang du mouvement national en quête d’asile sûr et d’appuis politiques et diplomatiques, mais aussi et surtout de tribune internationale pour faire connaitre la cause algérienne.
Début des années 1950, la crise au PPA était à son apogée. Les membres de l’Organisation spéciale (OS) étaient déterminés à radicaliser leur action après son démantèlement et la vague de répression et d’arrestations qui s’en est suivie. Mais il leur fallait un nouveau cadre pour relancer la lutte et mûrir le processus révolutionnaire en se projetant dans l’avenir. C’est naturellement que les principaux dirigeants de l’OS choisirent l’Egypte, d’abord comme terre d’asile, parce qu’ils étaient tous recherchés. Chadli Mekki fut le premier à y créer un bureau du PPA. Il y eut aussi Bachir El-Ibrahimi des Ouléma et le réformiste Ahmed Mezghenna de l’UDMA. Mais, c’est à l’arrivée de Hocine Aït Ahmed, en mai 1952, que cette délégation commençait à se structurer et à rayonner réellement. Recherché par les autorités françaises, à la suite du démantèlement de l’OS, Aït Ahmed avait été désigné membre de la délégation du PPA-MTLD en exil. C’est à partir de là-bas qu’il mènera une intense activité diplomatique et réussira à donner une visibilité politique au niveau international du mouvement national, avant et après le déclenchement de l’insurrection armée. Il sera rapidement suivi par Mohamed Khider. Membre de l’Assemblée nationale française, Khider, solidaire des militants de l’OS, quittait son poste pour rejoindre immédiatement Le Caire, où il intègre la section algérienne du bureau du Maghreb arabe, qui était alors présidée par Chadli Mekki, au nom du MTLD. Avant de lui succéder au bout de quelques mois.
Troisième chef nationaliste à chercher refuge au Caire, Ahmed Ben Bella. Après son évasion de prison en mars 1952, il rejoint son compagnon Hocine Aït Ahmed. C’est là bas qu’il va réellement forger sa personnalité politique qui lui permettra bientôt de jouer les premiers rôles, aux côtés notamment de Mohamed Khider et de Hocine Aït Ahmed notamment, d’abord au sein du Bureau du Maghreb arabe, puis à la tête de la délégation extérieure du Front de libération nationale, jusqu’au 22 octobre 1956, date de leur arrestation et de leur emprisonnement jusqu’à la proclamation du cessez-le-feu.
Au-delà de son action politique et diplomatique, la Délégation extérieure s’illustra par son activisme sur le terrain de la lutte armée, notamment pour fournir les premières armes aux maquis de l’intérieur. Tout le monde connait le rôle qu’a joué Ben Bella pour assurer l’acquisition et l’acheminement d’importants lots d’armes de guerre, via la Libye. Même loin du théâtre des événements, ils étaient au cœur de toutes les décisions. Lorsque les « six » avaient mis au point leur plan à la veille du déclenchement de la lutte armée, ils désignèrent Mohamed Boudiaf pour rencontrer, dès le lendemain, à Genève, puis au Caire, les trois dirigeants de la Délégation extérieure, Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed, et leur soumettre la liste des objectifs qui devaient être attaqués dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Avec ces derniers, il était également convenu d’annoncer le déclenchement de la Révolution à la radio du Caire le jour-même.
Après le déclenchement de la révolution en Algérie en novembre 1954, la Délégation extérieure de la Révolution va connaitre une nouvelle reconfiguration, pendant que les trois représentants du FLN au Caire continuaient leur redéploiement diplomatique tous azimuts, avec la participation à des conférences internationale et la multiplication des démarches pour inscrire la question algérienne à l’ordre du jour des débats aux des Nations unies.

Adel Fathi

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