Un musée à ciel ouvert
Frenda et son patrimoine

Par Hassina AMROUNI
Publié le 06 aoû 2017
Pour ceux qui connaissent le passé séculaire de Frenda, visiter la région, c’est avant tout aller sur les traces des rois berbères du Ve siècle dont les tombeaux défient majestueusement le temps, les éléments et la bêtise de l’homme ou encore sur celles d’Ibn Khaldûn, dont la célèbre Moqaddima a vu le jour dans l’une des grottes troglodytes de Taoughzout.
Les Djaddar époque Byzantine
Les constructions de l’époque byzantine
Carrière d’Ibn Khaldoun

Sur les monts des Djebels Lakhdar ou Araoui, treize tombeaux royaux appelés djeddars ou ajdars trônent majestueusement, témoins d’un passé millénaire qui n’a pas encore livré tous ses secrets.  
Selon les archéologues et les historiens qui se sont penchés sur le patrimoine archéologique de la région, les djeddars remonteraient aux Ve et VIe siècles. Après le départ des Romains et jusqu’à la conquête arabe, c’est-à-dire entre 429 et 671, des roitelets berbères à la tête de principautés ont dominé la région. Selon le chercheur Adrien Berbrugger qui a longuement travaillé sur les djeddars, ces derniers remonteraient à une période post-byzantine.
De son côté, le spécialiste de l’histoire des berbères, Gabriel Camps relèvera que les djeddars seraient la « forme magnifiée » des tombeaux de pierre sèche connus dans le nord de l’Afrique depuis six mille ans.
Regroupés au niveau de deux sites, trois sur Djebel Lakhdar et dix sur Djebel Araoui, les djeddars ont des dimensions différentes certains atteignant même une base de 46m de largeur et 18 mètres de hauteur. Le plus ancien monument date du Ve siècle et la construction des treize djeddars  s’étale sur deux siècles.
Au vu des ornementations et décorations retrouvées sur les pierres de certains djeddars (colombes entourant un calice, bovins, chevaux, lions, etc), le chercheur Yves Modéran,  spécialiste de l’histoire romaine, indique que les trois plus anciens djeddars pourraient dater du IVe et du tout début du Ve siècle, et être l’œuvre de princes païens d’origine saharienne, ce qui remettrait en cause l’idée que Rome aurait dominé la région jusqu’en 455. Quant aux djeddars du Djebel Araoui, érigés de la fin du Ve jusqu’au VIIe siècle, et comportant des fresques chrétiennes, ils auraient servi de sépulture à des chefs chrétiens d’un état berbéro-romain, successeur de Rome en Maurétanie.  
Depuis 2002, les autorités algériennes tentent de faire classer ces monuments funéraires sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Le travail considérable effectué par l’archéologue algérienne Fatima Kadira Kadra depuis les années 1970 devraient convaincre les plus réticents de la valeur civilisationnelle de ces tombeaux et de la nécessité de les sauvegarder pour la mémoire de l’humanité.

Les grottes d’Ibn Khaldûn

Autre site méritant le détour de tout visiteur dans la région de Frenda, c’est celui abritant les grottes troglodytes (protohistoriques), communément appelées « Grottes d’Ibn Khaldûn ». Classé en 1949, reclassé et protégé par le gouvernement algérien en 1968, ce site situé à Taoughzout est devenu le refuge d’Abdel-Rahmân Ibn Khaldûn et a vu naître sa célèbre Moqaddima ou introduction à l’Histoire universelle. L’intérieur est spacieux et Ibn Khaldûn aimait s’y réfugier, trouvant dans ce lieu le calme et le repos nécessaires pour pouvoir s’adonner librement à l’écriture.
Exposées, aujourd’hui, aux différents aléas atmosphériques (effondrements, infiltration d’eaux…) et à la dégradation occasionnée par des visiteurs inconscients, ces grottes suscitent l’inquiétude de nombreuses associations locales et de nombre d’intellectuels qui ne cessent de tirer la sonnette d’alarme pour que soit enfin préservé ce site historique.

Hassina Amrouni
 
www.memoria.dz (mai 2014)
www.aps.dz (10/5/2013)

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