Un frère de combat
Commémoration du décès de Francis Jeanson

Par Hassina AMROUNI
Publié le 06 aoû 2017
Il y a huit ans, le 1er août 2009, disparaissait le militant nationaliste Francis Jeanson, grand ami de l’Algérie et acteur de notre glorieuse révolution nationale.
Francis Jeanson, le fondateur du réseau «Les porteurs de valises»
Francis Jeanson, le fondateur du réseau «Les porteurs de valises»
Ali Haroun en costume en compagnie de Francis Jeanson et d’autres porteurs de valises

Lors de sa disparition, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, lui avait rendu hommage, en écrivant en substance : «Francis Jeanson fut et restera dans la mémoire des peuples algérien et français l’exemple vivifiant d’un intellectuel lucide et exigeant qui combattit avec rigueur et chaleur, talent et efficacité, la domination coloniale française dans notre pays.» Et de souligner encore que le défunt avait épousé « en mots et en actes la cause de la lutte de libération nationale de notre peuple, convaincu qu’il contribuait, dans le même temps, à libérer la France de sa boursouflure coloniale ». 

Parcours d’un intellectuel engagé

Toute la vie de ce militant anticolonialiste aura été un engagement constant contre les injustices et guerres avec toutes leurs infamies. Portrait d’un intellectuel engagé.
Francis Jeanson naît à Bordeaux le 7 juillet 1922. Elève studieux, il entame des études de philosophie qu’il est contraint d’interrompre en raison d’une tuberculose précoce.
Lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, Francis n’a que 17 ans et n’y accorde que peu d’intérêt, pourtant ce ne sera plus le cas à sa majorité puisqu’il est rattrapé par l’appel du STO (Service du travail obligatoire). Pour y échapper, il fuit en 1943 vers l’Espagneoù il décide de rallier les Forces françaises libres en Afrique du Nord. En 1945, il entre à Alger Républicain où il exerce comme journaliste-reporter. Il fait la connaissance d’Albert Camus et de Jean-Paul Sartre avec lequel il noue une solide amitié, renforcée par des idées communes autour des questions de liberté et d’existentialisme. Ce dernier luiconfie entre 1951 et 1956 la gérance de la revue Les Temps modernes et, à sa demande, Francis Jeanson rédige en 1952 un article sur l’œuvre de Camus L’Homme révolté, critique violente qui crée un grand malaise entre les deux écrivains. Parallèlement, sur recommandation de son ami Emmanuel Mounier, Francis Jeanson fait partie du comité de lecture des éditions du Seuil, avant de reprendre, entre 1950 et 1955, la direction de la collection « Écrivains de toujours », suite au décès de son ami. Nourrissant des idéaux anticolonialistes, Francis Jeanson va, au lendemain du déclenchement de la guerre de libération nationale, afficher son soutien à la cause du peuple algérien en  publiant en 1955 avec sa femme Colette L’Algérie hors la loi, un ouvrage dans lequel il dénonce la politique d’intégration française et affirme la légitimité de la lutte du FLN. L’ouvrage en question suscite une vive polémique y compris dans les milieux de la gauche mais devient, néanmoins, le manifeste d’une génération de militants anticolonialistes qui estiment que « nul n’a le droit de priver un homme (ou un peuple) de sa liberté, de sa dignité, de son droit inaliénable à l’indépendance, qu’on lui impose par la force des règles et des valeurs qui ne sont pas celles de son histoire ».

Le réseau Jeanson

Après cette première action de soutien, Francis Jeanson décide de passer à l’action en apportant une aide effective aux militants du FLN. Après une première réunion organisée le 1er juin 1957 par le Mouvement pour la Paix au siège de la Fédération de la Métallurgie CGT au cours de laquelle est débattu le problème algérien, Francis Jeanson initie une seconde rencontre le 1er octobre de la même année pour discuter des grandes lignes d’une action d’aide au Front de libération nationale, en métropole comme en Algérie. Le lendemain, le réseau Jeanson voit le jour au Petit-Clamart. Il est question d’héberger les militants recherchés par les autorités françaises, d’organiser leur traversée clandestine des frontières, du transport, du transfert de fonds et du recrutement. Après les premiers contacts avec Salah Louanchi, Francis Jeanson met en place de véritables filières avec l’aide d’amis tout aussi acquis à la cause du peuple algérien. Jacques Vignes, un ami d’enfance, lui apporte une aide conséquente dans le franchissement de la frontière franco-espagnole car connaissant parfaitement cette région frontalière. Une fois de l’autre côté, les militants du FLN étaient pris en charge par d’autres membres du réseau, en l’occurrence Etienne Bolo, Davezies ou Vignes. Ils passaient la nuit dans une villa relais d’Ascain, où Paule Bolo vivait avec ses enfants.
Il faut savoir qu’outre le transport des membres du FLN, le convoyage des fonds était également très important en raison des très importantes sommes récoltées auprès de plus 300 000 algériens de France. L’argent était ensuite transféré en Suisse, sous l’étroite surveillance d’Henri Curiel, membre du réseau Jeanson. D’autres personnalités intellectuelles, parmi lesquelles de nombreux artistes dont Jacques Charby, Daniel Sorano, Cécile Marion, Colette Jeanson, Laurence Bataille mais aussi le père Robert Davezies, Hélène Cuénat, Daniel Campagno et d’autres encore étaient chargés d’autres missions dont celle de trouver des « planques » aux militants du FLN. Selon les historiens, le réseau Jeanson aurait mobilisé pas moins de 4000 membres.

Arrestations et condamnations

En 1959, deux membres du réseau, Abdel Cherrouk et Mouloud Ouraghi sont condamnés à mort. Le réseau continue ses actions de soutien, suscitant la réprobation d’une partie de la société française qui traite ces militants anticolonialistes de « traîtres à la France ». Francis Jeanson publie alors en 1960 un ouvrage intitulé Notre guerre, dans lequel il explique à l’opinion publique ses motivations et celles des membres de son réseau. Immédiatement saisie, cette publication entraine une série d’arrestations, précédant le démantèlement du réseau en 1960. En fuite à l’étranger, Francis Jeanson est jugé par contumace et condamné à 10 ans de réclusion. Amnistié en 1966, il revient s’installer à Paris où il est chargé par André Malraux de travailler à la création des Maisons de la culture, et dirige celle de Chalon-sur-Saône de 1967 à 1971. Il participe également à des expériences de psychiatrie ouverte.
Francis Jeanson décède le 1er août 2009 à Arès, il avait 87 ans.
 
Hassina Amrouni

http://next.liberation.fr/culture/2009/08/04/francis-jeanson-pose-ses-va...
http://www.universalis.fr/encyclopedie/francis-jeanson/
http://www.reflexiondz.net/Le-reseau-Jeanson-ou-les-porteurs-de-valises_...

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