Il avait l’Algérie au cœur
Décès du moudjahid et diplomate Redha Malek

Par Hassina AMROUNI
Publié le 06 aoû 2017
Fin politicien, intellectuel racé mais surtout, moudjahid de la première heure, Redha Malek s’est éteint à l’âge de 86 ans, le 29 juillet dernier, vaincu par la maladie.
Redha Malek
MOHAMED BEN YAHIA -KRIM BELKACEM -AMA BEN AOUDA -LAKHDAR BEN TOBBAL -REDHA MALEK -SAAD DAHLAB- MOHAMED SEGHIR
Redah Malek

Le destin de cet homme a depuis toujours été lié à l’Algérie. Une Algérie qu’il avait au cœur et qu’il a défendue contre le colonialisme français mais aussi contre le terrorisme intégriste, notamment dans les années 1990, à l’époque où il était chef du gouvernement.

Retour sur un parcours élogieux

Natif des Aurès, Redha Malek voit le jour à Batna le 21 décembre 1931. Etudiant brillant, il obtient une licence en lettres et philosophie de l’Université d’Alger, avant d’aller poursuivre ses études à Paris. Lors du déclenchement de la guerre de libération nationale, le jeune étudiant ne peut rester insensible à l’appel du Front de libération nationale. Aussi, en 1955, il fonde avec un groupe de jeunes mû par le même idéal de liberté, l’Union générale des étudiants musulmans d’Algérie (UGEMA), une organisation qui sera le prolongement de l’engagement de la jeunesse estudiantine algérienne envers notre glorieuse révolution armée.
C’est d’ailleurs, cette même organisation qui, dix mois seulement après sa création, allait à travers sa section d’Alger appeler à une grève générale, appel qui sera suivi en masse.
En 1957, Redha Malek et Abane Ramdane prennent la direction du journal El Moudjahid. Ronéotypé à Alger, l’hebdomadaire est l’outil de propagande de la Révolution au travers duquel le FLN diffuse l’information mais aussi fait un travail de propagande afin d’éveiller la conscience du peuple ainsi que l’opinion internationale sur les crimes abjects commis en Algérie par l’occupant colonial.
Sa clairvoyance, la finesse de ses analyses politiques mais surtout son engagement militant le désignent comme le porte-parole tout indiqué de la délégation algérienne qui prend part aux  négociations des Accords d’Evian conclus le 19 mars 1962. Une mission dont il s’acquitte avec beaucoup d’aisance, en témoignent les conférences de presse animées durant les différents rounds des négociations et qui seront une riposte cinglante à la guerre psychologique déclarée par la partie française.
Autour de cet épisode majeur de l’Histoire de l’indépendance de l’Algérie, Redha Malek avait déclaré en 2012 à l’APS que «Ces Accords n’étaient pas seulement un moyen de mettre un terme à une guerre extrêmement dure de 7 ans et 8 mois, mais aussi, il s’agissait d’une occasion pour montrer d’une façon éclatante que l’Algérie était devenue adulte et qu’elle ouvrait droit à la souveraineté».

Carrière diplomatique

Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, Redha Malek met ses talents de fin diplomate au service de l’Algérie. Il sera tour à tour nommé ambassadeur en ex-Yougoslavie, puis en France en 1965, et en ex- URSS en 1970.
En 1976, il est l’un des principaux rédacteurs de la charte nationale. Un an plus tard, il quitte la diplomatie pour prendre les rênes du ministère de l’Information et de la Culture. En 1979, retour à la diplomatie. Alors qu’il est ambassadeur d’Algérie aux Etats-Unis, la diplomatie algérienne est sollicitée pour servir d’intermédiaire entre les Etats-Unis et l’Iran dans la grave crise des otages américains. Redha Malek sera l’un des principaux négociateurs qui conduira au dénouement de ce conflit et à la libération, le 20 janvier 1981, après 444 jours de détention, des 52 otages américains. Redha Malek est ensuite nommé, en 1982, ambassadeur en Grande-Bretagne.

Carrière politique

De retour en Algérie, il quitte la diplomatie pour la voie politique. Dès l’arrêt du processus électoral, en janvier 1991, il est nommé à la présidence du CNT (Conseil national de transition), créé après la démission du Parlement, avant d’intégrer, en juillet de la même année, le Haut conseil de l’Etat, instance de présidence collégiale (instaurée après la démission du défunt président Chadli Bendjedid). Nommé ministre des Affaires étrangères en février 1993, puis chef de gouvernement au mois de juillet de la même année, Redha Malek aura des positions tranchantes et sans équivoque vis-à-vis des islamistes intégristes qui, après la dissolution du FIS ont entrepris de mettre le pays à feu et à sang.
On se souviendra d’ailleurs de sa célèbre phrase, prononcée lors des funérailles de l’une des victimes de l’hydre intégriste, le regretté Abdelkader Alloula. En ce 16 mars 1994, et alors qu’une foule nombreuse est réunie dans un cimetière à Oran, pour rendre un dernier hommage au grand dramaturge, Redha Malek, prononce cette phrase : « La peur doit changer de camp » qui restera célèbre. L’appel n’est pas sans écho puisque de nombreux anciens maquisards de l’ALN vont encadrer les premiers groupes d’autodéfense et de Patriotes pour défendre leurs villages et leurs familles, notamment dans les maquis de la Mitidja, du Djurdjura ou du Dahra.
Après avoir quitté le Gouvernement, Rédha Malek fonde sa propre formation politique l’Alliance Nationale, Républicaine, ANR, avec son compagnon de combat Mustapha Lacheraf, aux côtés de Mohamed Said Mazouzi, Salim Saâdi, Ali Haroun, Abdelkader Ouadahi...
Le parti politique se veut comme un rempart pour défendre les valeurs démocratiques et républicaines, mises en péril par l’islamisme intégriste.
En 2009, Redha Malek met fin à sa carrière politique, en se retirant de la présidence du parti. Il entreprend alors l’écriture de plusieurs ouvrages sur l’Histoire de la Révolution algérienne et la politique dont on citera « L’Algérie à Évian : histoire des négociations secrètes, 1956-1962 » ou « Arrêt du processus électoral, enjeux et démocratie ».
Il anime également plusieurs conférences sur les thèmes de l’histoire, des Accords d’Evian, apportant ainsi des témoignages vivants de cette partie de notre histoire révolutionnaire.
Redha Malek laisse derrière lui le parcours d’un homme de grande stature. Son engagement durant la guerre de libération, ses positions courageuses au moment où l’Algérie sombrait dans le chaos des années 1990 forcent le respect.
Dans une lettre adressée à sa famille, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika lui rendra un bel hommage, en écrivant : « L’Algérie vient de perdre l’un de ses hommes émérites et vaillants fils, le grand militant et moudjahid, le frère et compagnon d’arme, Redha Malek, l’ami de tous, qui a œuvré dans la discrétion et parti en silence, mais dont la voix résonnera à  jamais dans l’histoire de l’Algérie (…). Fort de ses points de vue judicieux et ses positions fermes, le défunt a marqué sa présence dans le parcours de l’Algérie moderne à travers tous les postes qu’il a occupés, en toutes circonstances, au sein des institutions de l’État en tant que ministre, chef du gouvernement et acteur essentiel de la scène politique qu’il contribua à animer sur des bases démocratiques, soucieux en cela de la préservation des institutions de l’État en leur conférant un caractère civil et en édifiant une société moderne ».
Redha Malek a été le 30 juillet2017 au carré des martyrs, au cimetière d’El Alia, à Alger.

Hassina Amrouni

Sources :

Plusieurs articles de la presse nationale

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