A Moscou ou la promotion « Tapis rouge »
Etudiants envoyés à l’étranger pendant la Révolution

Par Fateh Adli
Publié le 06 aoû 2017
De toutes les missions scientifiques lancées par les instances de direction de la Révolution, celle qui fut envoyée à l’ex-URSS demeure la plus médiatisée et la plus mythifiée, mais en même temps la plus décevante. Initiée par le créateur du MALG, Abdelhafid Boussouf, qui voulut perfectionner le savoir-faire et l’expertise de ses cadres dans les domaines des transmissions et des autres segments des services spécialisées de l’ALN, cette formation n’a pas eu les résultats escomptés, même si, à vrai dire, le concepteur de ses services lui-même n’a pas tout misé sur elle.
 A g. : Mustapha Hadjadj-Aoul (dit Mahfoud). A dr. : Gaouar Abdelhafid (dit Aïssa)
Commandant El-Hadj Tewfik Rouaï, à sa gauche Nourredine-Yazid Zerhouni. debout Kasdi Merbah et le fils aîné de El-Hadj Tewfik
Le colonel Amirouche et Hammou Amirouche

Cela s’est passé quelques mois avant l’Indépendance. Boussouf, sentant le besoin d’évolution de ses services, contacta l’ambassadeur de l’URSS à Tunis et lui soumit la demande. Moscou donna aussitôt son accord pour assurer un stage aux jeunes cadres algériens dans un de ses instituts de formation.  Le MALG fournit rapidement une liste des meilleurs éléments de ses services de renseignements (Direction de la documentation et de la recherche, DDR), du contre-espionnage (Direction de la vigilance et du contre-renseignement, DVCR), des transmissions et du chiffre, qui vont effectuer cette promotion qui sera plus tard pompeusement connue sous le nom de «promotion Tapis rouge».
Ils étaient en tout 21 éléments, à leur tête Aïssa Gaouar, directeur-adjoint de la DVCR. Parmi eux, on citera les plus connus : Yazid, Merbah, Hamlat, Chérif et Hellal Amine. La formation durera six mois (de novembre 1961 à avril 1962). Selon les témoignages, les élèves algériens ont eu toute la peine du monde à suivre les cours, d’abord parce que les professeurs russes qui les dispensaient ne maitrisaient pas la langue française. Le recours aux traducteurs n’a pas amélioré leur situation. En plus, les cours étaient, selon les étudiants algériens, rudimentaires. Ils comprirent que les Russes ne voulaient pas leur apprendre les techniques modernes dans els domaines du renseignement et du contre-renseignement. Ils ont même menacé de rompre la formation. Et c’est à partir de là que les enseignants russes se mirent à approfondir leur enseignement sur certaines notions importantes, comme la constitution de réseaux, la manipulation, la mise en place de systèmes de liaisons secrets –ce qu’ils appellent les «boites aux lettres mortes», le micro-point, comment photographier des dossiers miniatures avec des appareils Minox, apprendre à prendre des photos, etc. les Algériens eurent également droit à des cours sur la surveillance microphonique et l’électrotechnique. Autre détail déploré par les stagiaires algériens : à la fin des cours, les Russes confisquaient systématiquement les cahiers des étudiants. Même si certains éléments, très rusés, prenaient soin de filmer tous leurs cours, avant de remettre leurs cahiers.
Ceci pour dire que les membres du MALG ayant suivi cette formation à Moscou rejettent la thèse, très ancrée, selon laquelle les services du MALG ont été formés par les services secrets russes, le très mythique KGB, dans le dessein d’avoir a posteriori le contrôle sur les services algériens
 Ils affirment que ce qu’ils ont appris figure dans des manuels à la portée de tous les étudiants ou chercheurs. Ces témoins s’accordent à dire que les Russes ne leur ont jamais appris, par exemple, les techniques du renseignement : comment former un service ou un agent de renseignement. Or, ils savaient que chaque service avait ses méthodes propres et son mode de travail.  Il faut dire aussi que cette formation n’a presque pas du tout servi à la Révolution, dès lors que les 21 stagiaires sont rentrés un mois après la signature des accords du cessez-le-feu, le 19 mars 1962. Sans doute cet apport a-t-il servi, plus tard, dans le processus d’édification de l’Etat indépendant, et dans la mise en marche, difficile et hasardeuse, des institutions, des différentes administrations stratégiques, et surtout des services spéciaux rattachés à l’ANP. On sait qu’une bonne partie de ceux qui avaient fait «la promotion Tapis rouge» ont intégré les services de renseignement, après l’Indépendance, à l’image de Yazid (Noureddine Zerhouni) ou Merbah (Khalef Abdallah), et y occupèrent des postes clés ; mais, ils étaient en définitive si peu nombreux pour pouvoir constituer une sorte de «caste». Ceci dit, ce stage à Moscou ne donnait aucun privilège particulier aux éléments qui y ont été affectés, dès lors que d’autres cadres du MALG issus d’autres directions, ayant suivi leur formation (il faut plutôt parler d’autoformation) dans les écoles des cadres créées par l’état-major de la wilaya V, de 1956 à 1957, puis par le MALG, à partir de 1958, ont pu servir la nation au même titre que les premiers.   Ce qu’on sait aussi est que, en dehors de cette formation en Russie, le commandement de la Révolution n’a jamais envoyé d’autres cadres pour des stages dans le domaine du renseignement. Une chose à ne pas confondre avec les quelques cas de moudjahidine ayant suivi des études dans des écoles de guerre, notamment au Proche-Orient (Egypte, Irak, Damas…).
Adel Fathi

DOSSIER

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Le Capitaine Vassil Valtchanov

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Documents du Congrès de la SOUMMAM du 20 AOÛT 1956