Lettre du colonel Amirouche aux étudiants
Etudiants envoyés à l’étranger pendant la Révolution

Par Fateh Adli
Publié le 06 aoû 2017
Contrairement à une certaine idée reçue, le colonel Amirouche a, dès son ascension à la tête de la Wilaya III, orienté ses efforts pour la formation des jeunes cadres de la Révolution et veillé à leur épanouissement. Selon plusieurs témoignages, dont notamment ceux de Hammou Amirouche et Djoudi Attoumi, deux ex-officiers de l’ALN en Wilaya III, Amirouche a été l’un des chefs les plus soucieux de l’avenir des jeunes lettrés, voire le plus engagé dans ce domaine. Pour preuve, il n’aurait pas attendu des instructions pour sélectionner, au niveau de sa wilaya, tous les jeunes moudjahidine aptes à suivre des études en Tunisie et a assuré leur prise en charge durant tous leur cursus scolaire.
Colonel Amirouche au milieu de jeunes combattants
Djoudi Attoumi
Hammou Amirouche

Ces témoignages estiment le nombre de cadre envoyés par ses soins à plus de trois cents. A Tunis, Amirouche, via les représentants de la Wilaya III, mit sur pied une structure d’accueil pour les inscrire, les héberger et les orienter. Il alloua tout un budget pour mener à terme cette noble mission. Soucieux des conditions de leurs études, il chargea en août 1958 son vaguemestre en Tunisie de distribuer une somme de 3 millions de francs.  Dans ses Mémoires, Akfadou, un an avec le colonel Amirouche, Hamou Amirouche, alors âgé de 17 ans, démonte tous les stéréotypes véhiculés sur le parcours du charismatique colonel. Pour lui, Amirouche ne nourrissait pas une sainte horreur pour les lettrés et les intellectuels. Au contraire, il les avait en estime. «Ceux qui calomnient Si Amirouche, écrit-il, et l’accusent d’être anti-intellectuel occultent délibérément sa clairvoyance et sa vision qui l’incitèrent à établir ce centre d’étudiants avec les fonds de la Wilaya III. Aucun autre chef de wilaya, à ma connaissance, ne fit preuve d’une aussi sagace initiative». L’auteur révèle que c’est sur initiative de son chef que fut créé en 1957 à Tunis le centre des étudiants de la Wilaya III. Un centre financé par la Wilaya III, du moins jusqu’en 1959. «En mars 1959, parmi les doléances élaborées à l’issue d’un conseil de wilaya réuni en session extraordinaire et que Si Amirouche devait présenter en personne au GPRA, figurait une demande d’aide matérielle régulière, une bourse en quelque sorte, à accorder aux étudiants dont la prise en charge, selon le conseil de Wilaya, incombait au gouvernement et non à la Wilaya III», témoigne encore Hamou Amirouche.
D’après Abdelhafid Amokrane, autre compagnon du colonel Amirouche, le chef de la wilaya III aurait commencé cette opération en émettant une instruction à toutes les zones de la Wilaya III leur commandant de rassembler les étudiants dans certains centres pour ensuite les envoyer selon leurs prédispositions dans des instituts en Tunisie, en Egypte, en Syrie, en Irak et même en Arabie Saoudite pour y suivre une formation militaire, littéraire ou en sciences humaines, et par la suite rejoindre les différentes structures de la Révolution. Beaucoup de ces diplômés se verront attribués différents postes importants après l’indépendance. Une action qui dénote, selon l’ex-ministre des Affaires religieuses, «le coté visionnaire» d’Amirouche, pensant à l’Algérie d’après l’indépendance. Pour les encourager et les conscientiser sur l’intérêt des études qu’ils suivaient et du combat qu’ils menaient pour la libération de leur pays, il s’est adressé à eux à travers un message daté du 8 mars 1958, c’est-à-dire quelques mois avant la découverte du fameux complot des « Bleus » qui va gravement ternir l’image du colonel de la wilaya III, et dans lequel il sera accusé, y compris par ses pairs, d’avoir été peu amène avec de jeunes intellectuels, soupçonnés à tort de servir comme agents de l’ennemi. Cette lettre est tellement émouvante, tellement illustrative de la place qu’occupait l’étudiant dans l’Algérie combattante, qu’elle mérite d’être portée à la connaissance du plus grand nombre.  
En voici le texte :

“ Frères étudiants !
Servir la patrie, écrit le colonel Amirouche, est la seule devise de tous les Algériens. Vous qui êtes dans les villes, dans les universités, dans les lycées, chaque chose autour de vous sent la révolution qui vous incite à penser à tous les instants à votre devoir. Votre travail, c’est l’attention soutenue qui ne doit jamais vous éloigner de la cause algérienne. Partout, votre conduite, vos gestes doivent vous désigner comme des combattants. Au même moment, des frères, des étudiants comme vous luttent dans le maquis. Vous aussi, vous luttez pour votre pays. Lutter, c’est servir son pays de n’importe quelle façon. Mais l’intention demeure seule valable, surtout pour des étudiants qui ne peuvent ne pas être conscients de leur existence d’Algériens. L’Algérie a besoin de tous ses fils pour achever la révolution politique qui libérera le peuple du colonialisme. Pour continuer la révolution, elle aura besoin d’éléments conscients de l’intérêt supérieur de l’Algérie, elle aura besoin de patriotes.
En mémoire de tous ceux qui sont tombés dans le maquis pour notre peuple encore courbé sous le poids de l’injustice et de lâches répressions, vous, étudiants algériens, vous devez plus que jamais prouver au monde que vos actions, qui ne se séparent pas de la révolution, ne sont pas négligeables.
Pour une Algérie libre et démocratique, tous les Algériens uniront leurs sentiments et leurs énergies dans un même élan de sacrifice.”



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