Les missions aux pays du Machrek
Etudiants envoyés à l’étranger pendant la Révolution

Par Fateh Adli
Publié le 06 aoû 2017
Dans une étude parue dans le Numéro 8 de la revue universitaire El-Mawaqif, le chercheur et historien Baghdad Kelloufi décortique l’histoire des missions estudiantines algériennes de 1954 à 1962. Il écrit, d’entrée, que les étudiants algériens qui se trouvaient dans certains pays du Moyen-Orient dès le début des années 1950, n’ont commencé à s’organiser et à se structurer qu’après le déclenchement de la Révolution du 1er novembre 1954. Alors qu’ils étaient déjà assez nombreux, à cette époque-là.
De gauche a droite en deuxième position Cheikh Omar Derdour avec au centre Cheikh Bachir El-Ibrahimi et Ahmed Tawfik El-Madani (Portant des lunettes) à Damas
Aboulkacem Saadallah

Eloignés du pays et du mouvement de lutte qui a abouti, en Algérie et en France, à la création de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), les étudiants algériens du Machrek ont fondé en 1958 leur propre organisation, qui s’appelle «Ligue des étudiants algériens au Machrek», regroupant plusieurs collectifs d’étudiants créés à partir de 1956, notamment en Egypte, au Koweït, en Syrie et en Irak. Leur adhésion à l’UGEMA n’interviendra qu’à partir de 1960.  L’auteur nous apprend que l’initiative de création d’une fusion de toutes les ligues d’étudiants algériens au Machrek dans une seule et unique ligue, fut prise en 1956 par les étudiants établis à Damas, où ils étaient plus actifs et surtout plus informés des évolution de l’insurrection algérienne qui était alors à sa deuxième année. Toutefois, cette première tentative fut un échec, à cause de l’absence de la délégation d’étudiants établis en Egypte, pour des raisons financières. Ce projet d’unifier les représentations des étudiants algériens se poursuit tant bien que mal, avec la naissance d’un comité de suivi au niveau de chaque ligue locale. Ce n’est que le 1er septembre 1958 que toutes ces ligues ont pu se réunir ensemble, pour un congrès, dans la capitale syrienne, où toutes les questions inhérentes à la vie des étudiants au double plan pédagogique et matériel, et à leur relations avec la Révolution et à l’UGEMA, ont été débattu en profondeur et sans tabou.  
La délégation venue d’Egypte était représentée par Bachir Kaassis, Ali Meftahi et Mohamed-Salah Djoune. La ligue des étudiants algériens en Syrie était, elle, représentée par Abdelaziz Saad, Lazreg Benallou et Mohamed Mehri. Les étudiants établis au Koweit avaient délégué Mohamed Arbadji, Abdelaziz Yacoubi et Abdelaziz Mechoui. En l’absence des représentants des étudiants d’Irak, le congrès a admis la participation de deux étudiants présents à Damas en qualité d’observateurs. Il s’agit de Lakhdar Ferhat et Rabia Ayoub. Les congressistes ont naturellement choisi Le Caire comme siège de leur ligue, du fait que la capitale égyptienne abritait alors une importante représentation du FLN, mais les réunions périodiques étaient prévues à Damas, pour une raison géographique. La direction issue du congrès a aussitôt engagé des pourparlers, directes ou par correspondances, avec l’UGEMA pour coordonner ses actions avec ce syndicat. Le contact a été au début, selon l’auteur de l’étude, difficile, mais peu à peu l’entente commençait à s’installer. Certains anciens étudiants, comme l’historien Aboulkacem Saadallah, expliquent le froid qui régnait pendant une longue période entre les deux «camps» par la persistance des vieux clivages entre militants nationalistes du PPA /MTLD et adeptes des Oulémas, au motif que les étudiants au Machrek avaient été envoyés par les Oulémas au début des années 1950. Membre à part entière du bureau du Maghreb arabe au Caire, aux côté des représentants du MTLD, l’association des Ouléma avait déjà ses missions scientifiques et prenait en charge financièrement des étudiants algériens venus en aventuriers. Or, il existait bien aussi des étudiants pris en charge directement par le FLN. Cela dit, ces appréhensions ont fait que ces étudiants se sentaient à un moment exclus de la marche révolutionnaire. La situation commençait à changer à partir du 19 mai 1956, date de l’appel historique à la grève illimité des étudiants et des lycéens algériens.   Les échanges entre les deux syndicats ont abouti à des rencontres  pour essayer d’aplanir les divergences et amener la ligue des étudiants au Machrek à adhérer à l’UGEMA. Il a fallu, plus tard, l’intervention directe et énergique de Tewfik El-Madani (anciens des Ouléma), chargé des affaires des étudiants au GPRA, auprès de ces étudiants pour les persuader de dissoudre leur structure et y substituer des sections de l’UGEMA dans les capitales où ils résidaient.  Cette union fut scellée lors du quatrième congrès du syndicat, tenu en juillet 1960 à Tunis. Par ailleurs, pour structurer leur organisation, les étudiants algériens au Machrek n’ont rencontré aucune difficulté. Au contraire, les autorités de ces pays, sachant que ces organisations œuvraient pour le triomphe de la révolution algérienne, ont tout fait pour leur faciliter la tâche. A telle enseigne que les autorités syriennes, par exemple, ne leur ont même pas exigé une autorisation pour organiser leur congrès constitutif.Du côté du FLN, la non-adhésion de ces étudiants à l’unique syndicat estudiantin reconnu par la révolution, à savoir l’UGEMA, n’a pas empêché la direction à l’étranger, à travers notamment le GPRA, de leur apporter toute sorte d’aides, comme le confirme Menouer Merrouche dans un témoignage cité par le chercheur.
Adel Fathi

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