La réunion fatale pour le chef de la zone 4, de la wilaya 1
Si Mansour raconte la fin de Khélaifia Rebai

Par La Rédaction
Publié le 06 aoû 2017
La zone 4 de la Wilaya I, Aurès-Nememchas, regroupant Ain M’lila, Ain Beida, Oum El Bouaghi et Meskiana, est l’une des régions la moins médiatisées postindépendance. Pourtant, elle a donné les meilleurs de ses fils et connu les batailles les plus meurtrières.
Le chahid Khelaifia Rebai
Si Zeghdani présent dans la réunion
Combattants de la zone 4 da la wilaya 1

Au déclenchement de la guerre, cette région était en ébullition et n’attendait que le feu vert pour entrer en action. Aux premiers contacts avec le PC des Aurès, les volontaires affluaient par dizaines, voire des centaines pour agrandir les rangs de l’ALN avec pour seul et unique objectif de combattre la France coloniale. Dès 1955, la zone 4 allait plonger dans les atrocités de la guerre. Les premiers chefs ont connu des fortunes diverses. Chaâbane Laghrour, frère de Abbas, et Brahim Delfi, qui ont rejoint la révolution en 1954, sont tombés au champ d’honneur avant la tenue du Congrès de la Soummam, à l’issue duquel, Hamdi Ali, alias Ali El-Harkati, est nommé chef de la zone 4. Il rejoindra plus tard la Tunisie et sera liquidé en compagnie d’Abane Ramdane, au Maroc en 1957. Amar Radjai, dit Fertouhi prend le relais et mourra à son tour durant la nuit du 30 juin 1960, alors qu’il tentait de traverser la ligne Morice au niveau des frontières algéro-tunisiennes. Fantazi Mohamed, dit Hoggas, est quant à lui, tombé au champ d’honneur avec tous les éléments de son groupe dans la fameuse bataille de Chebka, en mars 1958, en plein mois de Ramadhan. Le moudjahid Titel est le seul survivant de cette bataille qu’il relate souvent dans tous ses détails. La mort de Hoggas a semé le trouble dans cette zone où les luttes intestines sont apparues au grand jour. Il aura fallu beaucoup de doigté pour rétablir un tant soit peu la situation. Hadi Mahmoud dit Mahmoud Kebaïli puis Amara Chaâbane tomberont également au champ d’honneur dans une région où la guerre faisait rage. Deux chefs d’envergure, connus pour leur dévouement à la cause, leur courage et leur bravoure. Ils ont inscrit en lettres d’or leur passage à la tête de la zone en question. A la mort de Chaâbane Amara, Khélaifia Rebaï, dit ammi Rebaï, a assuré l’intérim en attendant que le PC des Aurès, dont le chef est Tahar Zbiri, désigne un nouveau chef. Bakhouche Abdellah, dit Si Mansour, aujourd’hui responsable de l’ONM de la wilaya d’Oum El Bouaghi, raconte avec force détails cet épisode. « En 1960, la guerre tire à sa fin et la zone s’est retrouvée sans chef. Amara Chaâbane, mort dans un accrochage à Djehfa, région frontalière entre Oum El Bouaghi et Guelma, Khélaifia Rebaï est désigné pour assurer  l’intérim », affirme Si Mansour, rencontré dans son bureau. Si Rebaï était le chef du secteur 2 (Oum El Bouaghi) depuis 1958, date de la mort du charismatique Hoggas. Il écumait la région de Chebka, une zone rocailleuse et inaccessible à l’ennemi. Ce dernier refuse même de s’y aventurer sans l’appui des avions bombardiers et des hélicoptères. C’est la raison qui fait que les Moudjahidine s’y replient à la moindre alerte et au moindre mouvement des troupes françaises. Si Rebaï, connu pour son courage est investi de la lourde mission de maintenir l’ordre dans les rangs de l’ALN tout en harcelant l’ennemi et lui mener la vie dure. Une mission qu’il accomplit avec toute la vaillance d’un combattant hors-pair comme en témoigne son compagnon, Si Mansour. «Si Rebaï était un valeureux moudjahid. Il ne reculait jamais devant le danger et tous ceux qui l’ont côtoyé diront qu’il était un chef, voire un dirigeant aux valeurs incontestables ». La mort de Chaâbane Amara a semé le trouble et la zizanie dans les rangs de l’ALN et le PC tarde à choisir son remplaçant. Si Rebaï convoque une réunion avec le chef de la Zone 1 (Ain M’lila), Maouche Derga. Une rencontre de très haute importance, tenue dans la demeure de Ammar N’Bouzid, à Foum El Anba, aujourd’hui dépendant de Ain Zitoune, regroupant les deux grandes tribus de la région, les Haraktas et les Seguenias. Etaient présents, et en plus de Si Rebaï et Derga, Si Mansour, de son vrai nom Bakhouche Abdellah, Bouaziz Rabah dit Zeghdani (Oum El Bouaghi), Mahmoud Sahnoun (Oum El Bouaghi), Abdelhamid Guesmia (Ain M’lila), Boutarfa Mohamed (Ain M’lila) et Madjid Gamil, dit Mahfoud (Ain Fakroun). Mais avant la tenue de ce conciliabule, des émissaires sont envoyés à Kimmel, le PC de la Wilaya 1, pour rencontrer Tahar Zbiri et le mettre au courant de la situation tout en appuyant l’idée de voir Khélaifia Rebaï confirmer dans son poste. Ainsi, Si Mansour Bakhouche, Habata Bachir, Hmenna Boursas, dit El-Kahira, et Saïd Kabèche se sont rendus au poste de commandement avec pour seule mission d’appuyer le chef intérimaire de la zone 4. Mais la situation allait connaître une tournure inattendue et en même temps fatale pour Khélaifia Rebaï et un peu plus tard pour Maouche Derga. A l’issue de la réunion, et suite à une délation, sept hélicoptères survolaient Lefdjoudj. Mansour, Bouterfa et Rebaï ont enfourché des chevaux pour se réfugier dans des maisons abandonnées au pied du mont Lefdjoudj. « Je portais une kachabia blanche alors que Rebaï portait une autre de couleur bleu », relate Si Mansour. Les hélicoptères sont appuyés par les avions bombardiers et les renforts arrivés de Canrobert (Oum El Bouaghi) et Baghaï, village situé à quelques encablures de Khenchela. Un moudjahid de faction est abattu par les tirs d’un bombardier alors qu’un autre est brûlé vif. Les autres combattants se réfugient dans la demeure de Belgacem Lemmouchi. Pour faire diversion, j’ai pris un bébé dans mes bras et une vieille du nom de Kehila m’a accompagné jusqu’à l’oued que j’ai réussi à traverser. J’ai été alors pris en charge par Achour Benouadheh qui m’a aidé à atteindre Timerganine (lacs salés), terre des Haraktas », se remémore Si Mansour dont la mémoire est encore intacte malgré le poids des années. Toute l’armée a alors convergé vers Si Rebaï, caché dans une botte de foin. Des témoins racontent qu’un goumier a posé la main sur le foin et a touché Si Rebaï qui l’a abattu d’une rafale. Il a en plus blessé un soldat français avant de se réfugier derrière une maison abandonnée. La confrontation est alors inévitable et ce chef allait donner du fil à retordre à l’armée ennemie. Il en abat plusieurs soldats et goumiers avant d’être abattu par les tirs d’un half-track. Si Rebaï venait de tomber au champ d’honneur. L’ennemi a fêté sa mort et son corps sans vie a été exposé à Oum El Bouaghi, en plein centre-ville, puis à Ain Beida, à la caserne du Boulevard du sud, aujourd’hui école primaire. Maouche Derga, le chef du secteur 1, connaîtra le même sort quelque temps plus tard à Lefdjoudj même. Entre temps, le PC des Aurès a d’abord désigné Ammar Braïk à la tête de la zone 4 mais celui-ci s’est rendu à la France à Ain Kercha et finalement le choix s’est porté sur Mohamed Hadjar  qui a assuré cette fonction jusqu’à l’indépendance. Avant de clore cet épisode de la guerre de libération Si Mansour a versé de chaudes larmes à l’évocation de ses compagnons d’armes.
Zoubir Khélaifia

CONTRIBUTION
FIGURES HISTORIQUES

Le Chahid sans sépulture

Le Chahid Saâd Djerboua

MEMOIRE

Il avait l’Algérie au cœur

Décès du moudjahid et diplomate Redha Malek

MOUVEMENT NATIONAL

Un frère de combat

Commémoration du décès de Francis Jeanson

UNE VILLE, UNE HISTOIRE