Les centralistes

Par Fateh Adli
Publié le 07 aoû 2017
Dès le début de la crise du PPA/MTLD, dont la genèse remonte à 1947, un groupe de membres du comité central du parti manifesta son désaccord avec l’autoritarisme exubérant de Messali Hadj, mais tout en gardant la même distance avec les « activistes » (Boudiaf, Aït Ahmed, Ben Bella, Ben M’hidi…) qui cherchaient à imposer l’option de la lutte armée à la ligne de conduite du parti. Ce sont les «centralistes». Au congrès d’avril 1953, alors que Benyoucef Benkhedda, figure de proue de ce courant, était élu secrétaire général, le clash avec les membres de l’OS fut inévitable. Devant cette impasse historique, les militants « activistes » prirent l’initiative de créer le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA), qui donnera naissance au Front de libération nationale.
De g. à dr.: Saad Dahleb - Benkhedda - Boudiaf - Krim
Abdelhamid Mehri

Les centralistes n’ont pas pu suivre le mouvement tout de suite ; ils étaient alors accusés d’attentisme et de fonctionner comme une force d’inertie. Or, la vérité est que certains d’entre eux, et pas des moindres, étaient restés en contact permanent avec ceux qui ont conduit ou préparé l’insurrection armée. On pense notamment à M’hammed Yazid, qui était à l’époque au Caire, et à Hocine Lahouel, pour ne citer que les compagnons les plus proches de Benkhedda depuis les années 1940 à Blida. On ne parle pas évidemment des pionniers comme Krim Belkacem, lui aussi ancien centraliste, qui a rejoint le groupe des Six dès les premiers mois de 1954.     Cela dit, la plupart d’entre eux furet emprisonnés par les autorités françaises et ne furent libérés qu’en avril 1955, et pour certains à la mi-mai. Il s’agit de Benyoucef Benkhedda, Abderrahmane Kiouane, Mohamed Dekhli, Sid-Ali Abdelhamid, Ahmed Bouda, Mustapha Ferroukhi, Abdelhamid Mehri, Saâd Dahlab, Messaoudi Zitouni, Abdelhakim Bencheikh El Hocine, Larbi Demagh-el-Atrous, Koceïr Mustapha. Pendant un temps, ce courant était carrément isolé de la scène politique du mouvement national, alors que l’insurrection battait son plein. Leur libération coïncida heureusement avec celle d’Abane Ramdane, ancien militant du PPA/MTLD et chef de l’OS dans la région de Sétif. Celui-ci, dans son élan d’unificateur des rangs, établit rapidement des contacts avec eux et les rencontrera, la plupart du temps individuellement, afin de sceller l’adhésion au Front de libération de l’ensemble des anciens centralistes, en même temps d’ailleurs que les militants des autres mouvements et partis (UDMA, PCA, ouléma…). Deux d’entre eux, Benkhedda et Dahleb, vont devenir ses plus proches collaborateurs, jusqu’à sa disparition fin décembre 1957. Dès l’adhésion des centralistes, Abane Ramdane prend Benkhedda comme adjoint-assistant chargé de le représenter dans la mise en œuvre et le suivi des grands dossiers. A ce titre, il participe, entre autres, à la création de l’hymne national Qassamen, commandé au nom d’Abane par Rebbah Lakhdar (chez qui Abane organisait ses rencontres avec les différents représentants des partis nationalistes, à Belcourt) au poète nationaliste Moufdi Zakaria, fin 1955, et aussi à la création de l’UGTA, le 24 février 1956, avec Aïssat Idir, lui-même ex-centraliste, comme secrétaire général. Aussi, les militants centralistes fraîchement recrutés eurent une part active dans la préparation de la grève illimitée des étudiants, lancée par l’Ugema, le 19 mai 1956 en signe de solidarité avec la révolution. Des centaines d’étudiants algériens, y compris en France, ont rejoint le maquis lors de cette grève. Ce qui donna un nouveau souffle à la Révolution.
Ce petit groupe participera également, un mois plus tard, au lancement du journal El Moudjahid, l’organe central du FLN et de la révolution, qui a été confié au départ à Benkhedda, puis à Dahlab, avec la collaboration de Temmam, un autre ancien centraliste. Autre rôle, Benkhedda a pris part à l’élaboration de la plateforme de la Soummam (août 1956) avec Abane Ramdane et Amar Ouzegane. Autre militant actif, Abbès Torki, lui, sera chargé de diriger, à partir de septembre 1956, l’Union générale des commerçants algériens (UGCA).
Abdelhamid Mehri est désigné au sein de la Délégation extérieure du Front de libération nationale et occupe le poste de membre du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), puis celui de membre du Comité de coordination et d’exécution (CCE), aux côtés de Saad Dahleb et de Benyoucef Benkhedda. C’est dire que tous ces militants ont eu, grâce à Abane Ramdane qui leur faisait confiance, à occuper des responsabilités importantes, et parfois névralgiques, au sein de l’instance de la direction politique de la Révolution.
Si Abane s’appuya sur eux, c’était aussi une façon de donner à l’insurrection un ancrage éminemment politique, lui qui faisait de « la primauté du politique sur le militaire » son credo. Et ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si ce gotha de militants propulsés par l’architecte du congrès de la Soummam, se trouveront, Benkhedda en tête (en sa qualité de président du GPRA), au-devant de la confrontation fatale avec l’Etat-major général de l’ALN qui revendiquait l’autorité suprême de la Révolution, à l’approche de l’Indépendance.    
 Aussi, dans sa stratégie de la guérilla urbaine, Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi s’appuyèrent sur le même noyau d’anciens centralistes conduits par les inséparables Benkhedda et Dahleb, pour les aider à assurer l’encadrement politique de la Zone autonome d’Alger qui avait, à l’issue du congrès de la Soummam du 20 août 1956, un statut de wilaya à part entière. Leur rôle dans la bataille d’Alger (1957) est illustratif de cet engagement. Les trois s’attelèrent à mettre en place des réseaux de militants et de fidayine dans les quartiers de la capitale, dont la responsabilité fut confiée à Yacef Saadi. Mais, à la création du CCE, Benkhedda sera appelé, au même titre que ses compagnons, à quitter le territoire national, pour continuer à diriger cette haute instance de la Révolution, à partir de Tunis.       
              
Adel Fathi

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