L’UDMA de Ferhat Abbas

Par Fateh Adli
Publié le 07 aoû 2017
Conscient de la place et de l’importance de Ferhat Abbas et de son courant politique pour le succès de la Révolution, en dépit des tergiversations dont étaient empreintes ses positions depuis les années 1930, l’architecte du congrès de la Soummam, Abane Ramdane, en politique averti et visionnaire, a très tôt fait de le contacter et d’essayer de le convaincre d’adhérer au mot d’ordre de la Révolution. La suite des événements a prouvé la pertinence de cette démarche. L’apport du vieux militant nationaliste, longtemps taxé de petit bourgeois et de libéral assimilationniste, à l’essor de la Révolution, se passe, en fait, de tout commentaire.
Ferhat Abbas entouré de ses militants à Frenda
Abane Ramdane
Messali Hadj

Il faut dire aussi que cette adhésion n’était que l’aboutissement d’un long cheminement et d’une lente rupture qui a mûri depuis la Seconde Guerre mondiale. Ferhat Abbas avait proposé le Manifeste du parti algérien, approuvé par le PPA et les Oulémas, mettant clairement en avant l’indépendantisme du PPA : une république algérienne disposant de sa nationalité et de sa citoyenneté propres. Après le rejet, tout à fait prévisible, du Manifeste par le gouvernement et la classe politique française dans son ensemble, les nationalistes algériens, à leur tête Ferhat Abbas, créent, en 1944, les Amis du manifeste et de la liberté (AML), pour défendre son programme et lancer une campagne de sensibilisation auprès des populations. En 1946, au sortir des événements tragiques du 8 mai 1945, il fonde l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA). Sans jamais vouloir couper les ponts avec les nationalistes dits radicaux du PPA, et plus tard de sa vitrine légale, le MTLD, il affirma qu’il œuvrait pour «l’entente et la compréhension» entre Algériens et Européens dans le cadre d’un «Etat libre, rattaché à la France». Pour les militants du PPA/MTLD qui voulaient, au contraire, accélérer le processus de décolonisation par une radicalisation accrue de leur action, en créant notamment la branche paramilitaire du parti (l’OS), il n’y avait, en effet, rien à espérer de ces «pacifistes». Pourtant, le basculement révolutionnaire opéré par Ferhat Abbas ne tarda pas à avoir lieu, et son ascension sera fulgurante et d’un apport incomparable, à la mesure du personnage qui, comme durant toutes les crises qu’avait connues le mouvement national, a su insuffler une dynamique politique au combat libérateur. Après sa démission de l’Assemblée, à la suite d’une succession de déboires, il durcit progressivement ses positions politiques à l’égard de la colonisation, tout en se démarquant des appels à l’action armée émanant des groupes d’activistes au sein du MTLD, puis de l’OS. Il est vrai aussi que les événements vont très vite s’accélérer, transcendant ainsi tous les clivages qui divisaient alors les différents courants nationalistes.
Ferhat Abbas a vu venir cette rupture imminente et définitive, et en était déjà bien conscient, mais préféra rester à l’écart –pas trop longtemps, néanmoins – de ce bouillonnement qui donnera naissance au Front de libération nationale et annoncera le 1er novembre 1954 le déclenchement de la lutte armée. Dès le mois de mai 1955, il décide secrètement de rejoindre le FLN, après de maintes rencontres avec les chefs de l’Algérois, notamment Abane Ramdane et Amar Ouamrane. Abane venait juste de sortir de prison. Après avoir contacté les militants nationalistes les plus influents, il prend en charge la direction politique de la capitale. Le 1er avril 1955, il publie un appel à «l’union et à l’engagement du peuple algérien» qui signe l’acte de naissance d’un véritable Front de libération, dans lequel il caractérise le combat libérateur par sa devise unitaire : «La libération de l’Algérie sera l’œuvre de tous », qui deviendra son leitmotiv durant tout son parcours.
C’est d’ailleurs durant la même période, et presque de la même manière, que le futur architecte du congrès de la Soummam a pu convaincre des figures politiques, au début dubitatives, appartenant à des courants aussi divers que l’UDMA, les Oulémas ou le PCA, de rallier le FLN ; lesquelles figures se verront même, quelque temps plus tard, occuper des postes de responsabilité au sein des plus hautes instances de directions de la révolution (CNRA, CCE, GPRA...). Pour Abane, comme pour Ben Mh’idi, il y avait comme un souci sérieux et impératif de renforcer «le politique» et de ne pas laisser la révolution aux seules mains des militaires. D’où la fameuse devise du congrès, très contestée par d’autres : «La primauté du politique sur le militaire». L’adhésion des Ferhat Abbas, Benyoucef Benkhedda, Ahmed Francis était, en ce sens, la bienvenue.  Des témoignages affirment que la rencontre entre Abane et Abbas a eu lieu à Alger en mois de mai 1955, où le dirigeant du FLN lui lança sur un ton rébarbatif, mais fraternel : «La révolution est déclenchée M. Abbas, elle n’est l’œuvre ni de Messali ni de votre UDMA. Tout cela, c’est dépassé, ce sont des vieilleries à accrocher aux magasins des accessoires. Votre devoir est de rejoindre le front. Nous avons besoin d’hommes comme vous. Il n’est pas possible que vous restiez à l’écart. »
Quelques semaines plus tard, Abbas annonce publiquement son ralliement et la dissolution officielle de son parti, l’UDMA, lors d’une conférence de presse au Caire le 25 avril 1956. Car, c’était en Egypte que la délégation extérieure de la Révolution était alors installée, avant le célèbre détournement d’avion du 22 octobre 1956.
Dès le 20 août 1956, à l’issue du congrès de la Soummam, Ferhat Abbas est nommé, avec l’appui d’Abane Ramdane et de ses pairs, membre titulaire du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), qui en comptait alors moins d’une vingtaine, puis intègre le Comité de coordination et d’exécution (CCE), dès sa création en 1957. C’est dire que, très vite, les dirigeants de la révolution avaient compris l’importance du rôle que devait jouer l’ancien leader de l’UDMA qui venait juste de les rejoindre. Fin diplomate, homme de consensus, il était bien l’homme qui convenait le mieux dans une conjoncture exigeant une offensive diplomatique tous azimuts pour faire entendre la voix de l’Algérie dans le monde et porter la cause algériens dans les tribunes internationales. C’est alors naturellement qu’il sera nommé à la tête du premier gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) à sa création le 19 septembre 1958, puis du second GPRA, élu par le CNRA en janvier 1960.
Adel Fathi

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