L’adhésion difficile mais utile des Ouléma

Par Hassina AMROUNI
Publié le 06 aoû 2017
Dans le cadre de ses contacts tous azimuts avec les acteurs du mouvement national pour les amener à se dissoudre dans le Front de libération national qui venait de déclencher l’insurrection armée, Abane Ramdane déploya d’immenses efforts pour convaincre les représentants de l’Association des ouléma qu’il savait aussi réticente que les autres formations politiques comme l’UDMA ou le PCA, en raison de leur lourd passif lié à leur politique assimilationniste.
Tewfik El Madani
Benbella et Mohamed Khider
Larbi Tébessi

Il faut dire que les avis divergent sur l’adhésion de l’association des oulémas au mot d’ordre de la révolution de Novembre. Si beaucoup d’anciens élèves des oulémas avaient répondu à l’appel du 1er Novembre 1954, sa direction a mis du temps pour se convaincre de l’option radicale. C’est bien seulement après le congrès de la Soummam, que des cadres de cette association seront intégrés, pour la première fois, au sein des instances de direction de la révolution.
Après le soutien solennel formulé par l’intrépide et irréductible Larbi Tebessi, vice-président de l’association, en faveur de la lutte armée, plusieurs membres actifs de ce mouvement réformiste ont adhéré, individuellement comme préconisé par Abane Ramdane, au FLN. On citera notamment Ahmed Taleb El-Ibrahimi, fils du président de l’association Cheikh Bachir El-Ibrahimi, Amar Mellah, qui aura plus tard une histoire mouvementée qui l’amènera, en 1967, à tenter d’assassiner le président Houari Boumediene, et Mohamed-Salah Yahia, qui aura lui aussi à jouer un rôle prépondérant dans le système politique de l’Algérie postindépendance. On trouve également de futurs cadres comme Louardi Guettal, Brahim Mezhoudi, Hachemi Hadjerès et beaucoup d’autres. Mais le plus connu de tous restera Cheikh Tewfik El-Madani qui intégra, grâce à l’appui d’Abane Ramdane, le Conseil national de la Révolution algérienne, dès 1956. Il deviendra, après l’indépendance, ministre des Affaires religieuses. Il fut la première personnalité de l’association des oulémas contactée par Abane Ramdane. Celui-ci le chargea rapidement de rejoindre la Délégation extérieure du FLN au Caire, avec comme mission de coordonner l’action de la représentation algérienne avec la Ligue arabe et de mener des actions diplomatiques dans le monde arabe, en vue d’attirer la plus large adhésion possible des pays arabes à la cause algérienne. C’est ainsi que Tewfik El-Madani visita le Koweït, le Liban, l’Irak, la Syrie et l’Arabie saoudite. A la création du GPRA, en septembre 1958, il fut chargé des affaires culturelles, des relations extérieures et des affaires des étudiants algériens au Caire.    
Au même moment, le guide et successeur de Cheikh Abdelhamid Ibn Badis à la tête de cette illustre association, Cheikh El-Ibrahimi, préféra garder son autonomie d’action en continuant d’activer au Moyen-Orient. Or, partout, il était accueilli non seulement comme un grand théologien et réformiste, digne des héritiers Cheikh Mohamed Abdou et Rachid Redha, mais aussi comme un dirigeant révolutionnaire et homme politique. Même si, pour lui, l’esprit réformiste n’était jamais antinomique avec l’engagement pour la lutte de la libération nationale.
Bachir El-Ibrahimi avait quitté l’Algérie en 1952 pour s’établir en Egypte, où il retrouvait notamment les membres de la Délégation extérieure du MTLD (le trio Ben Bella, Aït Ahmed et Khider). Il participa à de nombreuses rencontres où il fit connaître les positions de l’association, et réclama l’indépendance de l’Algérie. L’action politique de l’Association fut, cette époque, marquée par des déclarations de plus en plus radicales de ses personnalités, à l’approche du déclenchement de la guerre de libération nationale. Abbas Bencheikh El Hocine annonçait presque le soulèvement en proclamant que l’Algérie « …se lèvera aussi comme tous les pays arabes. » Tewfik El-Madani inaugurait la médersa de Batna par ses mots : « Un autre colonialisme est venu, mais l’heure viendra bientôt où il devra, lui aussi, disparaître. »
     En janvier 1956, l’assemblée générale de l’association publia une résolution dans laquelle elle réclamait l’indépendance de l’Algérie et demandait au gouvernement français de « négocier avec les représentants authentiques du peuple algérien ». Dans un manifeste publié à cette date, l’Association reconnaissaient qu’« il n’est pas possible de résoudre de façon définitive et pacifique l’affaire algérienne autrement qu’en reconnaissant solennellement et sans détour la libre existence de la nation algérienne, ainsi que sa personnalité spécifique, son gouvernement national, son assemblée législative souveraine et ceci dans le respect des intérêts de tous et la conservation des droits de chacun ». Le 12 février 1956, Larbi Tebessi affirmait l’objectif politique de l’Association des oulémas : « Un Etat algérien indépendant et démocratique. » Il sera arrêté et assassiné le 4 avril 1957 par des parachutistes de l’armée française.

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