L’accord avec le PCA

Par Fateh Adli
Publié le 06 aoû 2017
L’adhésion des communistes au mot d’ordre de l’insurrection armée, sous la bannière du Front et de l’Armée de libération nationale, fut un des succès les plus retentissants à ajouter au palmarès d’Abane Ramdane, l’unificateur. Car, à l’époque, les nationalistes avaient surtout noté la position peu flatteuse du PCF – dont le PCA était encore proche – qui venait de voter, à l’Assemblée nationale, les pouvoirs spéciaux qui allait réprimer sauvagement la guérilla à Alger en 1957.
Henri Maillot
Bachir Hadj Ali
Sadek Hadjeres

Mais soucieux de l’unité des rangs, Abane a tout fait pour parvenir à un accord avec les dirigeants communistes. Il était même prêt à consentir une exception pour accepter l’entrée de ce parti en tant que structure au sein du FLN, alors que la règle, au départ, était d’admettre les adhésions individuellement, comme c’est le cas avec tous les autres partis du mouvement national (UDMA, ouléma…). Dans un message aux dirigeants FLN basés au Caire daté du 15 mars 1956 : il a écrit : « (…) Si les communistes (entendre les pays socialistes, ndlr) veulent nous fournir des armes, il est dans nos intentions d’accepter le parti communiste algérien en tant que parti au sein du FLN si les communistes sont en mesure de nous armer… »
Il faut rappeler que dès avril 1956, le militant communiste Henri Maillot a réussi, avec un groupe de «Combattants de la libération» affiliés au PCA, à s’emparer d’un camion d’armement des troupes coloniales au profit de la résistance algérienne. L’action avait eu aussitôt un impact considérable. Les médias colonialistes s’en sont fait écho, alors que les états-majors de l’armée française étaient pris de panique à l’idée qu’il y ait des complicités au sein de leurs unités militaires. Le PCA était, pour ainsi dire, le seul parti algérien, en dehors du FLN, à créer son propre maquis et à mener la guerre contre l’occupant. C’est pourquoi toute négociation avec ses dirigeants devaient tenir compte de cet aspect. Ses rencontres avec les dirigeants communistes débutèrent en printemps 1956 à Alger.
Ses premiers interlocuteurs étaient Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjerès. Pour le chef du FLN et son compagnon, Benyoucef Benkhedda, il était essentiellement question de sonder les prédisposions du PCF et de son maquis à collaborer avec les maquis de l’ALN, avant de parvenir rapidement à un accord politique. Sadek Hadjerès, ancien militant du mouvement national et successeur de Bachir Hadj Ali à la tête du PCA, puis du PAGS jusqu’au début des années 1990, a témoigné de cet épisode. Il écrit: « Nous en avions fini provisoirement avec les échanges concernant nos groupes armés et avions précisé certaines modalités des prochains contacts pour les poursuivre après consultation de nos instances respectives. Benkhedda, sans doute pris par un autre rendez-vous, sort le premier. La discussion se poursuit alors avec Abane. Il est détendu et visiblement satisfait de la franchise de nos discussions, avec dans le regard une pointe d’affabilité souriante. »
D’entrée, Benkhedda et Abane expliquèrent à leurs interlocuteurs que l’efficacité de l’action nécessitait, selon eux, de transcender les clivages entre différents partis et, pour cela, le seul moyen était que les partis s’effacent. Sans aller jusqu’à exiger la dissolution du PCA, les responsables du FLN mettaient en avant le principe selon lequel le Front de libération se proposait de drainer les forces patriotiques en un seul mouvement et seulement sur la base des adhésions individuelles.
« Nous avons dit, raconte Saddek Hadjerès, que nous comprenions bien l’importance d’une organisation et d’une discipline monolithiques pour tout ce qui concernait le combat et les structurations militaires. Nous estimions cependant qu’en ce qui concernait la mobilisation politique, la propagande, l’éducation etc., gagneraient plutôt à réaliser la cohésion dans des formes de coordination plus souples, plus rassembleuses et par là même plus efficaces. On ferait ainsi de l’autonomie d’opinion et d’expression des organisations qui le souhaitent, un facteur supplémentaire de large rassemblement. A condition bien sûr que cette structuration plus souple s’accompagne d’un solide consensus et d’une plate-forme d’action reposant à la fois sur l’indépendance comme objectif démocratique et social et sur la lutte armée et de masse comme moyen d’y parvenir. »
Les dirigeants communistes se sont vite montrés enthousiastes et ne voyaient aucune contradiction avec le rôle de noyau dirigeant auquel le FLN aspirait, tant que l’autonomie politique des individus qui décidaient d’y adhérer était respectée. Au cours de cette discussion, les deux parties ont évoqué la question syndicale qui tenait tant à cœur les militants communistes et dont c’était un peu l’apanage.
Abane leur a dit : « J’aimerais avoir votre avis, nous sommes indécis. La création de l’UGTA, deux mois auparavant, nous a fait problème. Des responsables syndicaux anciens et expérimentés, membres du FLN, ne sont pas à l’aise, ils auraient voulu ne pas quitter l’UGSA (ex-CGT), ils disent que la division syndicale n’est pas une bonne chose. » Il cite Belmihoub, responsable connu des cheminots, et d’autres encore moins connus. Il leur a aussi demandé ce qu’ils pensaient d’Amar Ouzegane, ancien militants du PCA, qu’on verra bientôt au congrès du 20 août 1956, et qui rédigera la fameuse plateforme de la Soummam. D’ailleurs la touche communisante qu’il dû laisser dans ce document n’aura pas échappé à certains des détracteurs du congrès, qui l’ont pris comme argument de «la dérive anti-islamique» de ces assises.
Dans son témoignage, l’ex-chef du PCA poursuit : « Abane, on le voyait bien, était farouchement attaché à l’hégémonie politique du FLN. Aucun doute à ce sujet, peut-être même que cela pouvait s’exprimer chez lui par des impulsions autoritaires. Il nous paraissait néanmoins dans son fond attentif à un certain esprit rassembleur, tout au moins tant qu’il estimait maîtriser le processus de prééminence incontestée du FLN et de son appareil. Comme l’entretien qui venait de s’achever venait de le montrer, il était apparemment ouvert à des formes consensuelles permettant d’aplanir les obstacles à un plus large rassemblement dans l’intérêt de la lutte. » Une seule chose que Saddek Hadjerès dit regretter, c’était la décision prise unilatéralement par le FLN de créer l’UGTA, le 24 février 1956, et son «caractère politicien» par rapport à ce que devrait être la vocation d’un large mouvement syndical.
 
 Adel Fathi  

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