Accords d’Evian
La fin d’une guerre atroce, le début d’une paix retrouvée

Par Alyssa Moncef
Publié le 02 juin 2012
Il y a 50 ans, la guerre d’Algérie prenait fin et le peuple algérien, meurtri, accédait enfin à la liberté après sept années de guerre atroce ayant fait plus d’un million et demi de morts. Le 18 mars 1962, l’Algérie combattante et la France observent un cessez-le-feu, prélude à l’indépendance qui interviendra le 5 juillet 1962. Les accords, signés dans la ville française d’Evian, devenaient effectifs à partir du 19 mars, scellant ainsi l’indépendance du pays après 132 ans de colonialisme abject. S’asseoir à la table des négociations ne s’est pas fait de gaieté de cœur, côté français. Les négociations officielles ont débuté le 20 mai 1961.
Krim Belkacem levant le bras droit avec ses compagnons négociateurs
Evian, 1961, Krim Belkacem (au premier plan ) et Ahmed Francis (au centre
Photo souvenir de la délégation algérienne présente à Evian

Discussions autour de l’intégrité territoriale

Durant ces négociations ont été posés tous les problèmes inhérents à l’intégrité territoriale. Les Français voulaient, en effet, appliquer l’autodétermination au nord du pays mais pour les Algériens, il n’était pas question de créer un Etat dans un Etat. S’est posé aussi le problème de souveraineté concernant la base de Mers El Kébir, là encore, du côté algérien, il ne pouvait y avoir d’enclave de souveraineté sur le territoire algérien. Aussi, fallait-il étudier toutes les perspectives, y compris pour le problème des Européens afin d’avancer et parvenir à un accord entre les deux parties. Néanmoins, la constante qui revenait, sans cesse, est qu’il était hors de question de remettre en cause la souveraineté et l'intégrité territoriale de l’Algérie.

Pour ce qui est des problèmes économiques, ils se posaient par rapport au Sahara. Les Français voulaient des assurances concernant les «droits acquis» en Algérie. Dans «Les accords d’Evian» de René Galissot (1), Réda Malek témoigne : «Pour le GPRA, il n’y avait là aucun problème, sur le plan des principes. Il n’était pas question de poursuivre la guerre pour des problèmes économiques, pour arracher des concessions sur le plan économique. L’appel du 1er novembre 1954 donnait pour objectif à cette lutte l’indépendance de l’Algérie, l’unité de son peuple, l’intégrité de son territoire. A partir du moment où ces trois conditions étaient réalisées, la paix était possible. Et c’est ce qui s’est passé».

Afin de régler cette question épineuse du Sahara, les négociateurs algériens ont fait savoir à leurs interlocuteurs qu’ils étaient «d’accord pour développer une coopération économique très poussée au Sahara, à condition qu’on nous reconnaisse la souveraineté sur le Sahara» (1). Ce qui amènera les Français à suspendre les négociations de façon unilatérale.

Les négociations reprendront à Lugrin et cette fois, le GPRA focalisera les discussions sur le Sahara. Conscient que le problème de cette région stratégique de l’Algérie resterait pendant, De Gaulle reprend l’idée avancée par le GPRA, à savoir la reconnaissance de la souveraineté algérienne, en échange d’une coopération commune.

Les pourparlers reprendront autour de diverses questions économiques, financières, à Bâle, aux Rousses et à Evian.

A Evian des questions se sont posées avec acuité. Selon Lakhdar Ben Tobbal (1) : «Le problème numéro un qui s’est posé à Evian c’était les Français d’Algérie. Nous avons négocié huit jours sur ce point et quatre jours pour les relations entre les deux Etats». D’autre part, il ajoutera que des discussions difficiles ont tourné autour des bases militaires. «Elles ont failli être à l’origine de la rupture des négociations et de la reprise de la guerre. En particulier, en ce qui concerne la base de Mers-El-Kébir et les expériences nucléaires au Sahara». Des terrains d’entente finiront par être trouvés pour parvenir à la signature des accords de paix. Ainsi, les pourparlers qui ont eu lieu à Evian du 7 au 18 mars 1962 ont abouti à un cessez-le-feu, mettant fin aux opérations militaires et à la lutte armée sur tout le territoire algérien avec des garanties relatives à l’autodétermination et à l’organisation des pouvoirs publics en Algérie durant la période transitoire définies par les deux parties.

L’Etat algérien allait enfin avoir droit à la reconnaissance et exercer pleinement sa souveraineté tant au niveau national qu’international et ce, dans tous les domaines notamment la Défense nationale et les Affaires étrangères.

Par ailleurs, l’Etat algérien souscrivait sans réserve à la Déclaration universelle des droits de l’homme, fondant ses institutions sur les principes démocratiques et sur l’égalité des droits politiques entre tous les citoyens sans discrimination de race ou de religion.

De la coopération entre la France et l'Algérie

Au volet de la coopération entre les deux Etats, les accords d’Evian stipulent que «les relations entre les deux pays seront fondées, dans le respect mutuel de leur indépendance, sur la réciprocité des avantages et l'intérêt des deux parties».Ainsi, l’Algérie doit garantir »les intérêts de la France et les droits acquis des personnes physiques et morales dans les conditions fixées par les présentes déclarations. En contrepartie, la France accordera à l'Algérie son assistance technique et culturelle et apportera à son développement économique et social une aide financière privilégiée».

Pour ce qui est du respect de l’indépendance commerciale et douanière de l'Algérie, il est indiqué dans le document paraphé par les deux parties que «les deux pays détermineront les différents domaines où les échanges commerciaux bénéficieront d'un régime préférentiel. L'Algérie fera partie de la zone franc. Elle aura sa propre monnaie et ses propres avoirs en devises. Il y aura entre la France et l'Algérie liberté des transferts dans des conditions compatibles avec le développement économique et social de l'Algérie» (…) Chaque pays pourra créer sur le territoire de l'autre un office universitaire et culturel, dont les établissements seront ouverts à tous». La France s’est ainsi engagée à apporter son aide à la formation de techniciens algériens, de même que des personnels français, notamment des enseignants et des techniciens, pourront apporter leur aide et leur expérience, à la demande du gouvernement algérien par accord entre les deux pays.

Règlement des questions militaires

Ayant été au cœur de nombreux clashs entre les deux pays, lors des négociations, un terrain d’entente satisfaisant les deux parties a, finalement, été trouvé, faisant avancer les conciliabules. Selon les accords, «les forces françaises, dont les effectifs auront été progressivement réduits à partir du cessez-le-feu, se retireront des frontières de l'Algérie au moment de l'accomplissement de l'autodétermination ; leurs effectifs seront ramenés, dans un délai de douze mois à compter de l'autodétermination, à quatre-vingt mille hommes ; le rapatriement de ces effectifs devra avoir été réalisé à l'expiration d'un second délai de vingt-quatre mois. Des installations militaires seront corrélativement dégagées». Par ailleurs, l’Algérie s’engage à concéder à bail à la France «l'utilisation de la base de Mers El-Kébir pour une période de quinze ans, renouvelable par accord entre les deux pays», de même qu’elle permet à la France «l'utilisation de certains aérodromes, terrains, sites et installations militaires qui lui sont nécessaires».

Enfin, si un quelconque litige venait à intervenir, l’Algérie et la France devront s’engager à le résoudre de manière pacifique, en ayant recours soit à une conciliation ou encore à un arbitrage. A défaut, la Cour internationale de justice tranchera.

 

 

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